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Critique d'album

Savages


Silence Yourself


(06/05/2013 - Pop Noire / Matador - Post-Punk Gothique - Genre : Rock)
Produit par

1- Shut Up / 2- I Am Here / 3- City's Full / 4- Strife / 5- Waiting for a Sign / 6- Dead Nature / 7- She Will / 8- No Face / 9- Hit Me / 10- Husbands / 11- Marshal Dear
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Une Frenchie à la tête des phé(no)mènes de l'année !"
Marc, le 23/05/2013
( mots)

Il est aisé de mesurer le réel talent d'un groupe à l'aune de son premier album, il est donc inutile de tergiverser avec les Savages : leur Silence Yourself a vraiment de quoi vous laisser coi. Moi qui ai grandi avec Joy Division, Bauhaus et Siouxsie & The Banshees, je pourrais éventuellement me montrer cynique en dénigrant les évidences ressemblances des Savages avec leurs glorieux aînés, mais je ne peux raisonnablement pas bouder ce plaisir retrouvé. Ces quatre femmes sous influences me procurent les mêmes frissons que j'éprouvais il y a plus de vingt cinq ans, déjà.

Tout débute à Londres en octobre 2011, lorsque Gemma Thompson, guitariste occasionnelle pour le duo indie rock John & Jehn, décide de former son propre groupe. Avec Fay Milton à la batterie et Ayse Hassan à la basse, Jehn, alias Jehnny Beth ou Camille Berthommier de son vrai nom, française et comédienne de formation, est appelée à rejoindre les Savages. Parolière et chanteuse, elle devient tout naturellement la frontwoman magnétique et androgyne qui revendique dans ce premier album un percutant point de vue masculin sur toutes les questions féminines. Avec son nouveau look, cheveux courts, pantalon noir et chaussures à talons aiguilles, elle provoque l'auditeur à réagir face à ce nouveau monde qui souffre d'un trop plein de stimulations. En captant nos manques d'authenticité et de simplicité, les Savages nous font même l'économie de chansons d'amour clichés et tordent l'imagerie puritaine que certains veulent encore imposer aux femmes.

Leur premier concert impromptu donné en janvier 2012 et leurs passages remarqués dans divers festivals, dont La Route du Rock que j'avais empruntée l'été dernier, n'ont fait qu'attiser l'attente de retrouver ce que je j'avais perçu d'elles sur scène, dont la saisissante similitude de voix et de chant entre Jehnny Beth et Siouxsie Sioux, ainsi que ses mimiques scéniques proches de celles de Ian Curtis. Mais c'est toute la bande qui jouait déjà à la hauteur de ce qui nous est révélé ici à travers leur post-punk aux ascendances gothiques.

Silence Yourself, produit par Johnny Hostile (l'autre français de John & Jehn) et Rodaidh McDonald (The xx, Adele), le confirme dès son ouverture avec un dialogue de Gena Rowlands, extrait du film Opening Night (1977) de John Cassavettes. Un "Shut Up" dépourvu d'amabilité avec un son d'une immédiateté et d'une intensité brutes où la basse dominatrice d'Ayse Hassan, le chant mordant de Jehnny Beth, le savant dosage de Faye Milton à la batterie et la guitare à impressions multiples de Gemma Thompson assènent leurs premières vérités. D'un hommage convulsif au jeu de Daniel Ash (Bauhaus) de la part de Gemma dans l'urgente "I Am Here" et l'extatique "Waiting For A Sign", à l'envoûtante "Strife", en passant par les paroles sans fard de "City’s Full" ("I love the stretch marks on your thighs / I love the wrinkles around your eyes". J'aime les vergetures sur tes cuisses / J'aime les rides autour de tes yeux), la contribution de chacun des membres de la bande rend presque palpable le son des Savages.

Et si le court interlude instrumental "Dead Nature" vient suspendre le message, Beth nous envoie en suivant et en pleine face ses désirs de libérations sexuelles, où nos âmes seraient démasquées, où nos lâchetés n'auraient plus de prise. Plutôt que de faux amours idéalisées, elle s'expose à l'infidélité, la jalousie et la complexité des sentiments. "Hit Me" arrive alors, presque tout naturellement. Et pourtant, cette chanson est inspirée de la vision d'un documentaire sur l'actrice porno Belladonna, fondant en larmes juste après une question. Pas de misérabilisme ni de malentendu ici, selon Jehnny, Belladonna savait ce qu'elle faisait et n'est en aucun cas une victime. D'où ce plaisir extrême retranscrit dans ce titre agressif aux paroles impétueuses : "I took a beating today, and that was the best thing I ever had". Après avoir prestement et joliment envoyé valser la nécessité d'avoir un compagnon sur la durée ("Husbands"), Silence Yourself se termine avec ces deux mêmes mots, où, accompagnée d'un piano et d'un solo de clarinette basse interprété par Duke Garwood, Jehnny Beth nous la joue crooneuse... Etonnamment ou non, ce dernier morceau jazzy est tout aussi réussi que tout ce qui l'a précédé.

Alors oui, merci aux Savages d'avoir dépoussiéré le post-punk gothique avec une telle richesse sonore qui ne pouvait être réalisée que dans un studio d'aujourd'hui. Certes, on pourra toujours leur reprocher le fait qu'elles ne soient pas nées à la belle époque ou que leur look et leur décision de faire du post-punk ne soient pas complètement naturels. Mais ce serait encore épouser les mauvais côtés de notre monde actuel, ceux que les Savages dénoncent dans ce brillant album en noir et blanc. Alors oui, réjouissons-nous franchement qu'une Frenchie soit à la tête d'un groupe anglais qui a tous les atouts pour devenir aussi culte que ses illustres anciens. Ce Silence Yourself est un vibrant manifeste de brutalité émotionnelle précipité dans une musique sexuée, une viscérale introduction à l'art de transformer quelques idées préconçues. Sans fioriture, Gemma Thompson l'a même synthétisé à sa manière dans une interview : "It's music to break shit and fuck on the floor to!" Tout un programme...

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