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Critique d'album

Primal Scream


Riot City Blues


(05/06/2006 - Columbia / Sony BMG - Indie rock - Genre : Rock)
Produit par

1- Country Girl / 2- Nitty Gritty / 3- Suicide Sally & Johnny Guitar / 4- When the Bomb Drops / 5- Little Death / 6- The 99th Floor / 7- We're Gonna Boogie / 8- Dolls (Sweet Rock and Roll) / 9- Hell's Comin' Down / 10- Sometimes I Feel so Lonely
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un septième album cinglant et stonien. Une formidable réussite."
Maxime, le 16/08/2006
( mots)

Qu’attendre de Primal Scream en 2006 ? Qu’il se consume dans du psyché dégingandé, se vautre dans un krautrock pervers ? A l’heure du soit-disant retour du rock (une redite de la vague post-punk/new-wave en réalité), un nouvel opus electro-punk aurait provoqué des haussements d’épaules. Leur avant-dernier disque, Evil Heat avait d’ailleurs reçu un accueil plutôt tiède. Plus dans la hype. Alors, après quatre ans de silence et un best-of , la bande de Bobby Gillespie (seul membre rescapé de la formation originelle) fait ce qu’elle avait finalement de mieux à faire : ressortir les guitares. Pas pour répéter le passé, pas pour se singer soi-même. Non, pour faire un beau disque de rock’n’roll, tout simplement. Les cyniques crieront sans doute à l’opportunisme. Erreur, Primal Scream n’a jamais suivi les tendances, il les a amorcées. Véritable vigile du binaire, prévenant les prochains icebergs sur lesquels viendront s’échouer le tout-venant du rock, le groupe, hautain, lâchait au début des années 90 ce qui restera sans doute comme l’album électro-rock définitif, l’incontournable Screamadelica.

On n’en finira pas de disséquer la musique de cette formation, se penchant sur ses accointances avec l’acid house, les drogues psychédéliques, le rock stonien… Nul doute que, le temps aidant, on se rendra compte de son impact décisif. Mais pour l’heure, ce qui séduit immédiatement avec ce Riot City Blues c’est son apparente absence d’ambition. Ce qui n’est nullement un reproche, bien au contraire. On est en présence de 10 titres euphoriques, fiers, lâchés sans complexes aucuns et en guitares féroces toutes. Accouché sans douleur, quasi d’une traite (en une dizaine de jours au studio Olympic à Londres), ce septième album du combo écossais se caractérise par ce côté bravache qu’ont ceux qui se savent intouchables. Au premier abord, c’est évidemment aux Stones que l’on pense le plus, époque Exile On Main Street : déflagrations à la Keith Richards, fulgurances blues-rock vicelardes, harmonica roublard de circonstance… Se limiter à ce constat liminaire serait pour autant injuste, tant le disque apporte de variations à ce terreau musical que le groupe manie avec bonheur depuis ses débuts.

"Country Girl" déballe idéalement l’affaire. Les guitares ouvrent le bal, la batterie attend son heure pour exploser au refrain. Le groupe se connecte directement à la Detroit High Energy, agitant l’étendard trempé de sueur comme le firent MC5 à l’époque de Back in USA. Tapi dans l’ombre, le pub-rock des Pogues surveille les réjouissances du coin de l’œil (il s’invitera à la table pour trinquer sur un "Hell’s Comin’ Down" imparable). La mélodie est là. Altière, efficace, évidente. La suite ne débandera pas d’un pouce. Certes, ce "Nitty Gritty" sent le Stones à cinquante mètres, mais la bande de Mick Jagger étant incapable de le faire aussi bien aujourd’hui, il faut bien que quelqu'un se charge du boulot, non ? Le disque est fréquemment émaillé de saillies que l’on croirait sorties des meilleurs groupes garage sixties : guitares coupe-gorge sur "Suicide Sally and Johnny Guitar" (avec un solo crasseux et impitoyable localisé à 58 secondes qui pourrait relever un mort), paysages texans traversés à toute berzingue sur "99th Floor", blues-rock trempé de sexe sur "We’re Gonna Boogie". Lorsque les chœurs ne viennent pas soutenir des refrains souverains (magistral "Dolls"), ils viennent sortir des limbes pour communier autour d’un psychédélisme sous narcotiques ("Little Death"). Seule la conclusion peut décevoir, en regard de l’orgie sonore qui lui a précédé. Cet apaisé "Sometimes I Feel So Lonely" ne peut rivaliser avec le "The Band Played Waltzing Matilda" qui fermait l’anthologique Rum, Sodomy & Lash des Pogues.

Déception mineure, tant l’album s’impose comme un furieux coup de manche de Stratocaster dans la tronche. Riot City Blues est sculpté dans le bois de ces disques qui s’imposent dès la première seconde, enregistrés sur le vif, sans une pointe de gras. Les compos sont jetées à la face du monde avec entrain et rage, une lueur de défi dans les yeux. Dave Sardy (Oasis, Wolfmother) n’a plus qu’à mixer idéalement l’ensemble. Aussi confiant que lucide, Bobby Gillespie confiait récemment à Rock’n Folk : "Je ne vois pas comment, en 2006, et à ce stade de notre carrière, nous aurions pu enregistrer un meilleur album que celui-là". Prends-en de la graine, petit new-rockeur de merde.

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