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Critique d'album

Nine Inch Nails


The Fragile


(21/09/1999 - Nothing - Métal Indu - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- La Mer / 1- Somewhat Damaged / 2- The Great Below / 2- The Day the World Went Away / 3- The Frail / 4- The Wretched / 5- We're in This Together / 6- The Fragile / 7- Just Like You Imagined / 8- Even Deeper / 9- Pilgrimage / 10- No, You Don't / 1- Ripe (With Decay) / 1- The Way Out Is Through / 2- Into The Void / 3- Where Is Everybody ? / 4- The Mark Has Been Made / 5- Please / 6- Starfuckers, inc / 7- Complication / 8- I'm Looking Forward To Joining You, Finally / 9- The Big Come Down / 10- Underneath It All
Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
""L’imperfection distillée au compte goutte. Terriblement humain.""
Geoffroy, le 19/04/2010
( mots)

La sortie de The Downward Spiral fut beaucoup plus que le simple succès d‘un groupe de rock. Jamais personne n’avait réussi à créer avec un concept album une ambiance glauque si prenante et une atmosphère aussi étouffante que jouissive, amenant l’auditeur à s’identifier à la personnification de l’autodestruction et s‘y complaire sous une tension nerveuse permanente. Une phrase qui résume parfaitement le sentiment qui ressort de l’écoute de cet album est celle d’un journaliste dans une critique pour je ne sais plus quel magazine: "The Downward Spiral vous donnera inlassablement l’envie de vous frapper la tête contre un mur, ne serait-ce que pour encore plus apprécier le moment où vous arrêterez." Une blessure sale et poisseuse aussi physique que morale qui ancrera sa violence et son mal être dans les esprits occidentaux, lui conférant un succès colossal et un revers de la médaille à la hauteur de ce dernier. Durant les années suivantes, la pression est terrible. L’image noire de Nine Inch Nails colle à la peau de son créateur qui subit à la fois les critiques gratuites de ses détracteurs, les incompréhensions des médias vis-à-vis de son oeuvre et une adulation bien trop portée sur le fanatisme le transformant peu à peu en ce personnage fictif dessiné par la presse. Mêlée à un Self Destruct Tour éreintant à force d’excès, cette pression pousse Reznor dans ses retranchements et l’enferme dans un cycle de dépression chronique d’où ne ressortent au fil des années que quelques productions intéressantes mais décousues : remixes, bandes originales, vidéos, collaborations et singles.

Puis en mars 1998, le dénommé Prince de l’Indus s’enferme dans les tréfonds de son nouveau studio Nothing en Nouvelle Orléans, laissant à la presse le soin de spéculer sur sa future production et s’amuser sur sa figure de camé torturé en panne d’inspiration. Car si ces descriptions ont pu s’avérer vraies un certain temps, c’est un Trent Reznor hyper créatif qui se cache dans son studio avec Alan Moulder, vivant seulement pour le disque qu’il est en train de construire et qui se devra de rivaliser avec The Downward Spiral. Le dictateur fait appel à de nombreux musiciens et invités durant les différentes phases de composition comme Adrian Belew et Mike Garson ayant travaillé avec son mentor David Bowie, mais aussi le guitariste et chanteur de Helmet, Page Hammilton et les producteurs Bob Ezrin et Steve Albini. Reznor laisse une grande marge de manœuvre à ses interprètes et de ces sessions d’enregistrement sortiront cent dix sept morceaux prêts à être disséqués, taillés en pièces et répartis sur deux galettes, Left et Right. Le double album The Fragile sort dans les bacs le 21 septembre 1999.

   

Les quatre notes acoustiques de "Somewhat Damaged" ont de quoi dérouter. Mais quand une batterie ravageuse vient plomber cette montée en demi tons, l’oreille se tend, stimulée par la richesse progressive du premier titre de l’album. Au dessus des textures sonores se pose une voix désabusée et ces paroles explicites: "Flew too high and burnt the wings, lost my faith in everything…" Explosion. La rage prend le pouvoir et même les quatre accords d’une guitare maintenant saturée ne peuvent couvrir les cris d’un Trent Reznor possédé qui hurle sa colère, puis la contient, avant d’exulter une nouvelle fois, crescendo tendu jusqu’à un calme loin d’être apaisé suivant cette terrible interrogation en point d‘orgue: "Where the fuck where you ?". Ce calme laisse place à un déluge de cordes bruitistes dessinant un brouillard épais qu’une mélodie criarde parvient à percer, ouvrant un passage sobre soutenu par une basse minimaliste et un fond sonore servant de décor aux phrases lancinantes de Trent Reznor. "The Day The World Went Away" possède une structure plus qu’étrange pour un single. Dénué de la moindre percussion et d’un refrain accrocheur, il s’amuse à perdre l’auditeur, endormant sa méfiance pour mieux le surprendre au retour des guitares sales et de l’émergence de ces chœurs enfantins scandant leurs "na na na nah" qui s‘étirent en longueur et se taisent brusquement.

Avec "The Frail", Nine Inch Nails fait entrer l’auditeur dans le labyrinthe que constitue The Fragile. Chaque accord de piano est joué comme s’il était le dernier, laissant la tension s’accumuler pour mieux s’habituer au ciel lourd et écrasant de "The Wretched". Les nuages volent bas, se retiennent de tout lâcher dans des couplets introspectifs et fébriles où des échos d’artistes souillés murmurent à travers la voix de Reznor la triste et absurde condition à laquelle il ne peut échapper. "Now you know, this is what it feels like" se met il à hurler dans un refrain tordu et orageux, se crachant lui-même au visage pour ne pas avoir compris plus tôt. Deuxième single dévoilé au public, "We’re In This Together" est une longue plage de sept minutes au rythme sec et aux cordes grinçantes. Reznor y est habité, dévoilant un lien éternel à une personne que nul ne connait. Il s‘abandonne, se retient puis explose dans un refrain lancé à fond par une guitare et une basse surpuissante qui retombe sur une lente partie de piano et un fondu sonore introduisant le titre éponyme.  Morceau posé entrecoupé de poussée d’adrénalines, "The Fragile" est également dédié à une personne que l’on devine féminine à qui Reznor répète inlassablement un "I won’t let you fall apart" intense, contre-pied du "I will let you down" de "Hurt". Le titre est gratifié d’un solo hypnotique reprenant la suite d’accords de "The Frail", nouveau lieu commun du dédale dans lequel cherche à nous perdre le leader de Nine Inch Nails.   

Car s’il n’est pas un concept album comme The Downward Spiral, The Fragile agit de la même manière, nous forçant à tendre l’oreille pour repérer le moindre détail récurrent de l’esprit de Trent Reznor. "Just Like You Imagined" entame la partie plus atmosphérique du premier disque dans une débauche instrumentale voyant Mike Garson et Adrian Belew faire preuve de tout leur talent, créant ainsi un tableau sonore apocalyptique montrant la variété du travail accompli en studio. "Even Deeper" se traine en rampant le long de ses presque six minutes d’expérimentations et "Pilgrimage" transforme The Fragile en bande sonore de péplum glauque avec ses cuivres et sa marche martiale. "No You Don’t" ramène Nine Inch Nails à ses premiers amours avec un brûlot sévère au groove métallique qui s’achève dans un cauchemar de violence et de saturation pour ensuite mieux se donner corps et âme à l’expression de sa sensibilité. Composée durant son ermitage au bord de l’océan, "La Mer" fait partie de ce que Trent Reznor a écrit de plus beau et pur, un sentiment autiste de sérénité où les instruments coulent et s’entremêlent sous les harmonies cristallines. Il se met à nu, se cherche dans l’intime, regarde les flots jusqu’à ce que la tristesse l’emporte, et "The Great Below" emporte tout, même les larmes. Douleur chantée puis hurlée à fleur de peau, il plonge et laisse aller son être et sa voix, se perdant peu à peu dans les profondeurs abyssales au son d’une mélodie en apesanteur et de cette phrase: "I can still feel you even so far away"…
   

… Porté par les courants au fil des sonorités étouffées de "The Way Out Is Through", Reznor émerge dans toute sa puissance, vivant, victorieux et incantateur, prêt à renouer avec ses démons pour un deuxième disque salvateur . Percussions, clarinette et violoncelle se mêlent à un beat électro flirtant avec le disco et la ligne de basse de "La Mer". Décidément, le leader de Nine Inch Nails se plaît à semer ses indices, à les déformer pour en ressortir une émotion transformée, les lignes de chant s’entremêlant sur le final de "Into The Void" pour ne plus faire qu’une voix, scandant un "Try to save myself but myself keeps slipping away" qui transpire l’acceptation. Trent Reznor se voit retomber dans son rôle de paria, laissant de côté les climats oppressants qui ont fait les joies de Left pour mieux se concentrer sur sa rage avec des morceaux rythmés et fédérateurs comme "Where Is Everybody ?" et son chant à la limite du hip-hop. Même les pistes ambiantes n’ont plus cette moiteur de désespoir, en est témoin "The Mark Has Been Made", plage instrumentale aux relents de souffre et aux reliefs secs dont seuls quelques mots s’échappent : "I’m getting closer".   

Mais ce rapprocher de la complétude n’est pas encore l’atteindre. Reznor le montre, comparant son esprit à un trou béant qui ne peut se remplir et n’a de cesse d’implorer la plénitude, imposant son insatiable volonté en arrière plan d’un "Please" aux couplets renfermés et aux refrains extravertis et évolutifs, preuve d’un apaisement certain. Seuls exutoires, la colère et le rejet, et "Starfuckers Inc." remplit son rôle, voyant Trent Reznor cracher sa haine sur les pourris du showbiz sous les assauts de riffs assassins et de paroles acerbes, poussant l’ironie jusqu’à interpeller directement ses cibles dans une ultime provocation : "You’re so vain, I bet you think this song is about you, don’t you ? don’t you ? don’t you ?…". Du Nine Inch Nails pure souche, violent et intense, représentant la facette la plus accessible d’un album qui ne livre pas si facilement ses subtilités. "Complication" est à la hauteur du mouvement directeur, guitares noueuses et rythme débridé lancés à un tempo sévère, une thérapie sans concession. Seul regard jeté en arrière dans ce chemin de croix, l’hommage de Reznor à la femme qui l’a élevé. Signant l’un de ses textes les plus touchants, les mélodies de "I’m Looking Forward To Joining You, Finally" ne sont pourtant pas angoissées ou torturées mais semblent anesthésiées par tant de mélancolie, comme à l’écoute de ces derniers mots : "I’ve done all I can do, Could I please come with you ? Sweet smell of sunshine, I remember sometimes."

Accords dissonants et voix brisée. Difficile de maintenir l’équilibre, toujours tiré vers le bas par le trou béant et insatiable. Suite du jeu de piste avec "The Big Come Down" où Trent Reznor aborde les mêmes thèmes sans être redondant, alternant couplets tordus, douloureux ("The closer I get, the worst it becomes") et refrains pop et réalistes ("There is no place I can go, There is no place I can hide") avant d’être submergé. "Underneath It All" ou le contraste entre instrumentation rapide et voix lente et désabusée de laquelle ressort cette phrase récurrente: "All I do, I can still feel you". Reznor abandonne, se laisse envahir. Arrivé à la fin du processus de création, le monde se calme, la tension baisse, tout retournera au silence mais pas sans une ultime transition. Instrumental de six minutes aux guitares anorexiques et à l’harmonie décousue, "Ripe (With Decay)" clôt The Fragile sur une touche à la fois chaotique et apaisante qui se perd dans son propre dédale et s’offre un léger regain d’intensité dans ses derniers instants avant de finalement s’éteindre.   

 

Conclusion ? The Fragile est-il vraiment une finalité en soi ? Etant donné les six ans qu’il a fallu à Trent Reznor pour accoucher d’un With Teeth plus ou moins bien accepté malgré ses qualités indéniables, la guérison a dû prendre du temps, et ce double album n’en était que le déclencheur, destiné à effacer la peur. Un disque qui lorgne vers le concept album sans se définir ainsi, étant tout simplement le reflet de la pensée dégradée de son créateur, flirtant entre des ambiances, des sentiments et des atmosphères variés pour tout autant de sonorités. Complaintes introspectives, débauches instrumentales et brûlots haineux et ravageurs qui s’assemblent dans une œuvre authentique et nerveuse, parfois abstraite, parfois incroyablement limpide, mais trop largement incomprise, comme toutes ces œuvres qui souffrent de la perfection de leur prédécesseur et ne peuvent toucher que ceux qui en apprécient chaque défaut.   

Les titres les plus accrocheurs vous resteront d’abord en tête, éclipsant les autres, mais une voix sournoise vous incitera à y retourner, et plonger petit à petit dans les abysses de Trent Reznor pour finir totalement immergé dans un océan de sensibilité. Il n y a pas de place ici pour un titre de chef d’œuvre ou une comparaison stupide avec un quelconque album, seulement le bonheur de vivre l’intimité d’un de ces êtres qui ont atteint un degré d’expression hors du commun à travers le langage de la musique et arrivent à vous faire ressentir leurs tourments les plus profonds et leur recherche continue de la paix intérieure. La beauté de l’empathie, touchant à l‘orgasmique. L’imperfection distillée au compte goutte. Terriblement humain.

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