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Critique d'album

Jimi Hendrix


First Rays Of The New Rising Sun


(22/04/1997 - MCA - Blues-Rock psyché - Genre : Rock)
Produit par

1- Freedom / 2- Izabella / 3- Night Bird Flying / 4- Angel / 5- Room Full of Mirrors / 6- Dolly Dagger / 7- Ezy Ryder / 8- Drifting / 9- Beginnings / 10- Stepping Stone / 11- My Friend / 12- Straight Ahead / 13- Hey Baby (New Rising Sun) / 14- Earth Blues / 15- Astro Man / 16- In From the Storm / 17- Belly Button Window
Note de 4.5/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le testament du Voodoo Child, tout autant que la bible du funk-rock."
Nicolas, le 03/05/2010
( mots)

A bien des égards, il s'avère absolument nécessaire de prendre un certain recul avant de s'attaquer à ce First Rays Of The New Rising Sun. Quatrième et dernier album studio de Jimi Hendrix, album posthume, album inachevé, album sujet à de nombreuses controverses tant historiques que conceptuelles ou artistiques, ce disque, malgré ses imperfections et son côté forcément artificiel, est désormais considéré comme l'ultime testament du Voodoo Child. En témoigne le fait que les deux dernières remasterisations de l'œuvre d'Hendrix ont volontairement mis de côté les tout aussi contestables The Cry Of Love, Rainbow Bridge, War Heroes ou autre Voodoo Soup pour ne conserver que cette mouture estampillée Eddie Kramer et adoubée par la famille du défunt. Parce que la mort tragique du guitariste prodige n'a laissé derrière lui qu'une foultitude de morceaux inachevés et inachevables, l'écoute de cet album nous laissera toujours un arrière-goût amer au creux de la gorge. Sans vouloir relancer ici une polémique qui n'a de facto plus lieu d'être - en tout cas jusqu'à une hypothétique tentative ultérieure de se rapprocher de façon encore plus étroite de l'esprit d'Hendrix, il est indispensable d'expliciter au minimum la genèse de cet épitaphe étrangement jovial avant de sombrer corps et âmes, une dernière fois, entre les mains expertes du plus grand guitariste de tous les temps.

Le grand n'importe quoi qui a tourné (et qui tourne encore) autour de l'héritage musical de Jimi Hendrix tient en partie dans le fait que l'homme s'est révélé étonnamment prolifique avant de rendre son dernier soupir. Revenons un peu en arrière. Lorsque sort Electric Ladyland en 1968, Hendrix est au sommet de son art et de sa popularité. Qui plus est, il s'est fendu d'un double album prodigieux, complexe, torturé, novateur par bien des aspects, et ayant repoussé encore plus loin les limites de la Fender Stratocaster, de la manière d'en jouer et de l'enregistrer. Malgré tout, cette apogée s'est accompagnée de plusieurs désillusions nées de l'implosion de l'Experience avec le départ tonitruant de Noel Redding, de l'échec créatif de sa nouvelle formation, Gypsy Sun & Rainbows (malgré la prestation anthologique donnée à Woodstock en août 1968) et du désaveu critique suite à la composition du Band Of Gypsys, désaveu qui atteint son paroxysme lors du catastrophique concert du Madison Square Garden en Janvier 1970. Embourbé dans des affaires judiciaires étouffantes, diminué par une consommation excessive de drogues et d'alcool, miné par une bande de sycophantes cherchant en permanence à piller son capital financier, Hendrix entame alors sa lente descente aux enfers. Malgré tout, peu de temps après, un sursaut d'amour propre finit par l'extraire temporairement de son abattement. Flanqué de l'inénarrable Mitch Mitchell à la batterie et de son vieux pote de régiment Billy Cox à la basse, Hendrix remet les choses à plat, structure son travail et se met en tête de se consacrer pleinement à son quatrième album studio. Durant six mois dorés, le guitariste surdoué fait preuve d'une créativité et d'une productivité sidérante, alignant d'interminables séances d'enregistrement studio en semaine et enchainant les concerts à la pelle le week-end lors de la tournée The Cry Of Love Tour. Cette dernière lui permet de réunir les fonds suffisants pour construire son propre studio d'enregistrement, l'Electric Lady, en plein coeur de New York, studio qu'il inaugure en Juin 1970 et dont l'investissement dope encore plus son rendement artistique. Malheureusement, la trésorerie exsangue d'Hendrix l'oblige à assurer une tournée européenne à partir du mois d'Août, et avec elle resurgissent les vieux démons. Usé par la fatigue des voyages, il n'est plus que l'ombre de lui-même lors de sa prestation de l'Ile de Wight le 30 Août. Trois jours plus tard, à Arrhus, c'est pire encore : sa propre incapacité à jouer correctement lui fait quitter la scène au bout de quelques morceaux. Et l'issue de cette escapade européenne se révèle malheureusement fatale deux semaines plus tard, dans un mélange d'alcool et de barbituriques. Bien sûr, on vous fera grâce de la thèse de l'assassinat...

La genèse de ce quatrième album de Jimi Hendrix s'avère tellement complexe, faisant appel à un amas de notions autant historiques, artistiques, spéculatives que financières, que l'on a préféré vous en faire grâce dans cette chronique et lui consacrer un chapitre entier dans le dossier Jimi Hendrix : 1970 - 2010. Pour les curieux, n'hésitez pas à faire un tour de ce côté pour tenter de dénouer le canevas tortueux entourant ce disque inachevé qui a suscité bien des fantasmes et des convoitises. A l'arrivée, une chose est désormais certaine. Exit The Cry Of Love, Rainbow Bridge, War Heroes et autres Voodoo Soup : ces visions alternatives du quatrième album d'Hendrix ne seront plus jamais rééditées. Place à First Rays Of The New Rising Sun, seul recueil posthume labellisé Experience LLC.

Quand on connait bien la discographie de Jimi Hendrix, la première écoute de First Rays Of The New Rising Sun a de quoi décontenancer. En effet, avec ce double album (plus de 70 minutes au compteur), Hendrix tourne complètement le dos à Electric Ladyland. "Freedom", qui se charge d'ouvrir les hostilités, entérine le tournant funk du guitariste black. Le morceau saisit immanquablement par bien des aspects : la mélodie dénote une bonne humeur inattendue, la rythmique est balancée à souhait, la ligne de chant est plus épurée, et surtout la basse est particulièrement mise en avant et sert de fondations aux soli du maître, ce qui n'était que rarement le cas auparavant. Quand on compare ce morceau introductif aux pièces psychédéliques à rallonge d'Electric Ladyland, mises en scène au cours de jams instinctifs et lorgnant sans vergogne vers les penchants tour à tour mystiques et onaniques de l'olibrius, on a de quoi rester interloqué. Pourtant, à bien des égards, cette tournure festive dénote au contraire un refus de stagnation tout autant qu'un appel d'air vers un rock plus léger, plus éclectique, plus fédérateur, en un mot : plus universel. Dans le contexte de l'époque (1970), cette orientation musicale se plaçait plutôt à contre courant de la mode du hard rock tout juste naissant, sans même parler d'un rock progressif plus cérébral que viscéral. Hendrix s'était exprimé à plusieurs reprises sur le sujet en interview : sans citer qui que ce soit, il regrettait d'entendre certains groupes jouer toujours plus fort en misant sur la dynamique des effets sonores au détriment du feeling et de l'âme. Si lui-même n'a jamais été avare en décibels, il ne souhaitait plus faire du volume sonore l'une de ses priorités. Il en était même arrivé à un concept qu'il n'a jamais explicité complètement de son vivant, celui d' "église électrique", qui serait une sorte de quête de la psyché humaine à travers l'exploration de la guitare, quête plus centrée sur le rythme, le groove et la qualité du son que sur le volume et l'énergie déployée. L'analogie avec l'état d'esprit des grands maîtres d'arts martiaux n'est pas aussi déplacée qu'il n'y parait, surtout quand on connait la dimension spirituelle qu'Hendrix accordait à sa musique. Alors que les jeunes maîtres d'arts martiaux recherchent à tout prix la force et l'efficacité des mouvements, les plus âgés se tournent invariablement vers une pratique moins physique, plus axée sur le ressenti et sur la recherche du bon mouvement au bon moment, et c'est un peu dans cet optique qu'il faut envisager First Rays. En contrepartie, il ne faut pas non plus oublier que le Voodoo Child s'était imposé une stricte dichotomie entre travail en studio et prestations live. Etant enfin parvenu à canaliser son énergie et sa concentration lors des sessions d'enregistrement, l'homme voulait à tout crin parvenir à une certaine forme de perfection, n'hésitant pas pour ce faire à enregistrer plusieurs dizaines de fois une même partie de guitare à l'identique au cours d'une seule journée de labeur. Mais alors que cette méthode de travail lui faisait tourner le dos aux jams improvisés qu'il prisait antérieurement en studio (l'exemple le plus évident étant représenté par le "Voodoo Chile" de l'album précédent), elle ne l'empêchait pas de transformer ses concerts en de véritables laboratoires d'expérimentation toujours plus instinctifs, avec des setlists décidées au tout dernier moment (voir même parfois modifiées en plein live) et avec des morceaux encore plus triturés et remaniés que de coutûme. A cet effet, l'écoute alternative de First Rays et du live à l'Ile de Wight se révèle des plus instructive pour parvenir à cerner l'évolution artistique de l'animal.

Le travail sur les sonorités de guitare est tout bonnement prodigieux sur ce disque. Pour s'en persuader, on n'aura qu'à écouter l'étonnant "Room Full Of Mirrors", transpercé par ses éclairs de six cordes suraigus qui se réverbèrent à l'infini, l'intrépide "Stepping Stone" et son final qu'on jurerait joué par un violon country, ou même le blues introspectif de "Belly Button Window" paré d'une wah wah tout bonnement hilarante. Ailleurs, Hendrix cherchait à mieux structurer ses solos, à les rythmer et à les mettre au service de la mélodie. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cette petite révolution. Sur "Night Bird Flying", le solo est modulé sur une dizaine de notes seulement, mais le guitariste les met en mouvement ascenscionnel avec un feeling terrible qui aboutit à cette longue ligne aiguë monotonale ultra-rythmée qui va lorgner vers les virtuoses des musiques folks celtiques. Sur "Dolly Dagger", les penchants orgasmiques sont toujours présents, mais mesurés, contrôlés, ralentis, rythmés par le groove de la basse. "Stepping Stone", quant à lui, révèle un solo relativement lent compte tenu du tempo enfiévré du morceau, et de surcroît se cantonnant principalement dans un registre grave, ce qui est très inhabituel chez Hendrix. Le cas "Hey Baby (New Rising Sun)" est également très intéressant : jamais le guitariste n'avait maitrisé à ce point le fuzz auparavant, l'effet enrichissant de façon évidente une partition par ailleurs limpide et magnifique, encore bonifiée par la gestion ahurissante du feed-back et la présence de la basse volumineuse de Cox. Mais le morceau le plus impressionnant sur le plan de l'utilisation de la guitare électrique est probablement "In From The Storm" : omniprésent, l'instrument dame presque le pion au chanteur, lâche de façon éparse une myriade de petites giclées habitant chaque interstice sonore laissé vacant, alterne sans cesse entre soutien mélodique cristallin, riff enveloppant, soli en écho ou en grave profond, joue sur les pédales d'effet avec un brio démentiel (la maitrise de la wah wah est ici tout bonnement ahurissante), mais réussit surtout l'exploit de n'écraser ni le chant, ni la basse. Sans aller aussi loin dans le brio, l'écoute de morceaux comme "Izabella" ou encore "Earth Blues" relève un travail de soliste plus classique pour Hendrix, mais là encore moins anarchique et incontrôlable qu'avant. Ce travail d'orfevre réalisé par le grand Jimi s'avère non seulement impressionnant sur un plan purement technique, mais surtout fichtrement génial d'un point de vue simplement musical. Et Dieu seul sait ce qu'il aurait pu encore nous pondre si la mort ne l'avait pas arraché si tôt à notre planète.

Mais plus que toute autre chose, First Rays Of The New Rising Sun embrasse les influences soul d'Hendrix et débouche sur un funk-rock balancé, groovy et dansant. Et s'il y a bien un concept que le guitariste avait commencé à cerner durant ses derniers mois d'existence, c'est bien cette relation quasiment atavique qui existe entre la musique et la danse, cette possibilité de canaliser l'énergie qui courait dans ses doigts pour la projeter vers l'extérieur et la transmettre à une assemblée en mouvement. "Freedom", "Astro Man" et "Straight Ahead" sont de cette trempe, tout comme "Room Full Of Mirrors", chargé de ce côté farandole antillaise extra-terrestre, ou encore "Dolly Dagger" dont la guitare groove comme une basse funky sous hélium. "Stepping Stone", de son côté, réalise peut-être le manifeste funk-rock le plus éclatant du disque, terreau fertile que les Red Hot Chili Peppers se chargeront de cultiver quelques vingt années plus tard. Ailleurs, ce sont des chœurs féminins qui s'invitent à une fête dans laquelle les Blues Brothers côtoieront Aretha Franklin au début de la décennie suivante ("Earth Blues"), ou encore la country qui réchauffe le vieux blues de la Louisianne ("Night Bird Flying"). Et puis il y a l'immense "Ezy Ryder", pierre angulaire du disque, mélodie pop éclatante gorgée de guitares chaudes comme la braise, dont le riff principal n'a certainement pas échappé à un certain Michael Jackson lorsqu'il a composé "Beat It", sans compter, au milieu du titre, le pont génial que Lenny Kravitz emprunté pratiquement tel quel pour former l'ossature de son "Are You Gonna Go My Way". Reste à aborder le cas des balades, toutes excellentes. On notera à ce propos le contraste saisissant qui existe entre "My Friend" et le reste de l'album, le morceau affirmant de façon évidente sa parenté avec l'ère de l'Experience, et on appréciera bien sûr la diction exagérément Dylanienne d'Hendrix sur ce morceau. Si le blues "Belly Button Window" a déjà été abordé plus haut, il ne faudrait pas omettre "Angel" et "Drifting", morceaux qui préfigurent vraiment le slow tel qu'il sera popularisé plus tard, avec leur tempo doux et la fluidité lascive du doigté qui y règne. On en oublierait presque de féliciter le batteur, Mitch Mitchell, une fois encore impérial derrière ses fûts même s'il se révèle ici plutôt moins exubérant dans ses frappes en privilégiant avant tout le soutien rythmique des titres. C'est d'ailleurs lui qui est l'auteur du seul morceau non composé par Hendrix, "Beginnings", combat de titans entre un grateur enfiévré dopé au fuzz et un cogneur qui peut s'exprimer un peu plus librement une fois extrait de l'ouragan funk.

Ainsi en est-il de First Rays Of The New Rising Sun, qui n'est certainement pas, encore une fois, un album de Jimi Hendrix, mais une sorte de vision prémonitoire de ce qu'aurait pu devenir sa quatrième réalisation studio. Le disque ne saurait donc être considéré comme un chef d'oeuvre au même titre que ses trois réalisations antérieures, mais il ne démérite pourtant en aucune manière lorsqu'on le compare au trio Are You Experienced? - Axis-Bold As Love - Electric Ladyland. De loin plus accessible et immédiat que ses prédécesseurs, il ouvre la voie à une musique vivante et groovy totalement à contre courant des tendances les plus prisées de l'époque. Car curieusement, à quelques exceptions prêt, cette voie du soleil levant sera très peu empruntée par les rockeurs des années 70 et des décennie suivante, laissant le champ libre au développement d'un vaste courant funk et soul exploré d'un point de vue pop, axé sur les prouesses vocales de grandes divas black, rythmées par une basse omnipotente et délaissant sensiblement la guitare dans la structure des morceaux. Un comble, quand on voit le potentiel esquissé par cet album. Et quand on sait qu'Hendrix s'intéressait énormément au jazz et à Miles Davies dans les derniers mois de sa vie, on ne peut plus que fantasmer sur un hypothétique cinquième album qui aurait poussé encore plus loin les limites du rock et de la guitare électrique. Et de la musique, tout simplement.

Commentaires
electricgypsyexperience, le 27/05/2016 à 11:29
ce double album ne contient pas tous les morceaux de Cry Of Love et Rainbow Bridge. In From The Storm est d'un intro tonitruante avec un tempo de batterie qui déménage.
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Mars 2018
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