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Critique d'album

Les Olivensteins


Les Olivensteins


(28/02/2011 - Born Bad Records - punk - Genre : Rock)
Produit par

1- Fier De Ne Rien Faire / 2- Euthanasie / 3- Je Suis Négatif / 4- J'Ai Craché Mes Amygdales / 5- Je Hais Les Fils De Riches / 6- Patrick Henry Est Innocent / 7- Fier De Ne Rien Faire (démo) / 8- Euthanasie (démo) / 9- Le Spécialiste / 10- La Nuit Tragique / 11- Olivenstein Je T'Ai Dans Les Veines (live) / 12- Vivement Que Je Sois Vieux (live) / 13- Je Hais Les Fils De Riches (live)
Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le punk français ne fut pas qu'un océan de médiocrité."
Pierre D, le 07/05/2011
( mots)

C'est qu'on a failli attendre. Il semblerait que depuis quelques temps ce soit la fête au rayon rééditions rock français en début d'année. En 2009 une anthologie Métal Urbain paraissait, en 2010 trois albums essentiels des Dogs étaient réédités et cette année les Olivensteins. Découverts sur une compilation des Inrocks 2 (comme quoi ces gens ne font pas toujours n'importe quoi) les Olivensteins étaient d'emblée fascinants. On avait pu trouver les trois titres du 45 tours sorti à l'époque (“Fier De Ne Rien Faire/Euthanasie/Je Suis Négatif”), on avait entendu parler de “Pétain, Darlan, C'était L'Bon Temps” (ce titre, mon Dieu!) dans des interviews rétrospectives, mais c'était tout. Et voilà qu'en cette année 2011 un disque paraît regroupant l'intégralité des enregistrements audibles de ce groupe génial. Le son est un peu aléatoire mais c'est le prix à payer pour ce genre de compilation. L'industrie du disque (et non pas l'industrie musicale) a beau être moribonde, il semblerait qu'elle tire ses meilleures cartouches sur la fin.

Le nom d'abord, était emprunté au docteur Olievenstein, psychiatre de son état et farouche opposant aux drogues en tous genres (ses campagnes de dénigrement accélèreront la fin du groupe). Ça sonne moins punk mais c'est quand même beaucoup plus classe qu'Asphalt Jungle ou Stinky Toys. Les membres ensuite. Éric Tandy écrivait les textes (“Je hais, je hais les fils de riches/Mais je sais bien qu'ils s'en fichent”) que son frère Gilles éructait avec une gouaille adolescente directement inspirée du chant de Johnny Rotten, allant même jusqu'à rouler les “r” (“Patrick Henry Est Innocent”). Le guitariste savait assurément jouer et tous ces jeunes gens semblaient d'apparence parfaitement respectables. La raie sur le côté, la chemise rentrée dans le pantalon, les vestes de costume, ils rejetaient l'attirail punk en papier mâché qu'affectionnaient les petits enfants d'Asphalt Jungle (on y revient toujours mais qu'est-ce qu'ils étaient mauvais!).

Et le plus important, la musique. “Fier De Ne Rien Faire” et “Euthanasie” (comme “La Fille Du Père Noël” de Dutronc version punk) sont assurément deux pures merveilles. La guitare est jouée en arpèges (il semblerait que tous les guitaristes intelligents de l'époque aient adopté ce jeu, de John McGeoch chez Siouxsie And The Banshees à Keith Levene dans Public Image Ltd), les machines sont beaucoup moins présentes que chez Métal Urbain et la basse propulse le tout. Chez les Olivensteins il n'y a pas de cliché punk. Pas de tempos épileptiques, on a même droit à un jeu quasi reggae sur “Olivenstein Je T'ai Dans Les Veines”. Pas d'amateurisme revendiqué, les musiciens sont certes assez limités (à l'exception du guitariste) mais, loin de s'en satisfaire, ils ne renoncent pas à envoyer des compositions toujours réjouissantes (“La Nuit Tragique”). Les textes, qu'on aurait aimé voir inclus dans le passionnant livret, sont déformés par l'articulation “rottenienne” de Gilles Tandy mais restent compréhensibles, permettant de profiter de tout le talent d'écriture d'Éric Tandy. Un maître du 36e degré pour lequel rien ne mérite respect, même pas le meurtre d'un enfant de 8 ans par Patrick Henry. En clair on se marre, on se gausse même du punk français essentiellement parisien qui devait paraître hilarant vu de Rouen.

Certaines rééditions sont essentielles, dont celle-ci. Comme celles de Métal Urbain et des Dogs (leur leader Dominique Laboubée fut d'ailleurs un fervent soutien des Olivensteins, allant jusqu'à co-composer “Fier De Ne Rien Faire”) elle redessine l'image d'un rock français qu'on pensait voué à l'échec. Il est donc possible d'être Français et d'écrire de superbes chansons impérissables. Ce n'est pas pour autant que l'époque reconnaît une quelconque valeur à tout cela, d'ailleurs le livret renseigne sur le processus suivi par le groupe entre 1978 et 1980 : quelques singles, la volonté de faire un album et la débandade. Les Olivensteins étaient grands, le monde n'était pas prêt, voici la session de rattrapage.

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