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Critique d'album

Glaciation


Sur les Falaises de Marbre


(27/02/2015 - Osmose Productions - Black - Genre : Hard / Métal)
Produit par Xort

1- Les Fiancées sont Froides / 2- La Mer, Les Ruines / 3- Le Soleil et l'Acier / 4- Kaputt / 5- Cinq / 6- Sur Les Falaises de Marbre
Note de 5/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le black métal s'ouvre les portes d'un intellectualisme hypnotisant"
Etienne, le 10/08/2015
( mots)

Le métal est indéniablement une musique pour inités et le parcours menant le néophyte à l'écoute des gargarismes distordues et funèbres du black est souvent teinté de réticences, de courageux nouveaux essais, de déceptions et de découvertes fortuites. Sur les Falaises de Marbre est de ces albums aussi marquants qu'inattendus, où le seul attrait d'un artwork superbe, minitieux et sobre aura déclenché une écoute sans enthousiasme premier. Car le black metal présente des aspects très singuliers: rythmiques effrénées, chants hurlés, matraquage de la grosse caisse, brutalité âpre et propos lugubres sont autant de raisons de plébisciter le genre que de l'abhorrer. Cet album de Glaciation se veut pourtant un excellente porte d'entrée à cette musicalité marginale, une initiation pour les réfractaires les plus tenaces qui trouveront dans cette oeuvre une image au service des notes, des mots au service des mélodies et un sens au service de la musique.


Sans renier les caractéristiques précédemment énoncées, Glaciation marque pourtant le pas sur une pléiade de formations sans âme réduisant le black à ce style braillard, infâme défilement de notes jouées à vive allure et noyées dans les torrents noirs de paroles sans inspiration. Sur les Falaises de Marbre ne matraque pas, ne vocifère pas et n'est pas décharné au point de perdre toute consistance musicale. L'album est construit comme une suite de cinq longues pièces complexes et aux structures alambiquées auxquelles s'ajoute un morceau instrumental court ("Cinq") et clairement plus subtil dans les sonorités explorées: les claviers et les orchestrations dominent un ensemble instable où les hautes fréquences des violons cotôient les basses vrombissantes des guitares voire même un saxophone d'outre tombe, sorti tout droit d'un album de Shining. Si l'ensemble se veut donc black metal, les cinq longs morceaux présentent tous des incursions empruntées à d'autres courants: "Les fiancées sont froides" tend vers le progressif au même titre que l'introduction du "Soleil et l'Acier", morceau faisant immanquablement penser à Gojira tant dans sa construction que dans la brutalité de son interprétation. Les chants caverneux lorgnant vers le symphonique sont palpables dans "Kaputt" et ses back vocals viscérales soutenant une rythmique démoniaque et inaltérable. Mais c'est bien évidemment dans le death metal que Glaciation vient piocher bon nombre d'éléments majeurs dans cet album: les fractures rythmiques des "Fiancées sont Froides" ou les blastbeats de "La mer, les ruines" sont autant de techniques impliquées dans la construction sonore si spéciale de ces Falaises de Marbre, sorte de pyramide tellurique où l'addition d'influences variées aboutit à l'élévation synergique du genre.


Mêlé à ce carphanaüm de décibels, le chant est pourtant l'élément prépondérant dans cet opus de Glaciation, aussi rare cela soit-il dans le black metal. Si le genre prête à faire l'apologie absurde de la technicité, Glaciation prend le contre-pied en opposant à sa musique brutale un chant construit et placé à merveille, prenant autant d'ampleur que de hauteur. L'alternance des passages hurlés et chantés démontrent la maitrise vocale d'Hreidmarr (chanteur d'Anorexia Nervosa), pourtant plutôt amateur de vers aboyés. Mais dans cet album, on retrouve toute la verve d'une interprétation sincère et poétique, tombant dans un lyrisme que ne renierait pas Noir Désir ("La mer, les ruines") et énonçant le désespoir "Ni tristesse, ni colère mais l'ennui, ni la vie, ni la mort mais l'ennui" ("Les fiancées sont froides") autant que la violence des hommes "Sous ses cotes blessées où une lame sommeille, le ciel va embraser l'acier et le soleil" ("Le soleil et l'acier"). Le chanteur réussit un fait d'armes notoire en distillant à merveille ses paroles dans la langue de Molière. Sonnant juste, en place et marquant ses fins de couplets par des rugissements puissants, il procure un plaisir sournois à se délecter de ce français guttural, ajoutant une petite touche snob au passage. Le groupe penche même vers une intellectualisation de son propos en intégrant, dès la chanson d'ouverture de l'album, une interlude parlée de Marguerite Duras, prophétisant sur le dessein du monde tel qu'on le connait aujourd'hui. L'intégration de cette leçon de philosophie, censée donner de la matière à la muscalité complexe de l'album, est déconcertante tant elle impose une distance glaciale entre l'auditeur et le groupe. Certains y verront une expansion des intentions de Glaciation, surpassant les limites de la seule musique et associant avec brio un propos idéologique très littéraire. D'autres fustigeront leur arrogance, pointant du doigt une incohérence profonde entre le style musical dispensé et le sacrosaint statut de la dramaturge. L'intérêt d'un tel ajout pose bien plus de questions qu'il n'apporte de réels plus-values à un morceau parfaitement construit, mais a le mérite d'extraire le black métal de la boueuse mélasse à laquelle il est trop souvent rattaché. 


Les membres de Glaciation ne sont en effet pas des jeunes premiers dans le monde du metal au vu de leurs anciennes formations (Alcest, Peste Noire, Necroblasphème) mais Sur les Falaises de Marbre se détache aisément de ces références pesantes. L'écoute entraine dans son sillage bon nombre d'émotions, de l'étonnement le plus perplexe au ravissement le plus vigoureux, allant jusqu'à hypnotiser un auditeur happé par ces décibels magnétiques, furieux et brutaux. En voilà un exploit: l'album touche le coeur après avoir limé les conduits auditifs de l'auditeur, se voulant bien plus qu'un défouloir pour gothique dépressif. Le morceau éponyme concluant l'album est planant, ambiant, saississant par son amplitude mélodique mais ne porte aucunement les stygmates des torrents de violence déversées cinq titres durant. En somme, la conclusion parfaite pour atténuer les palpitations, recouvrer ses forces et prendre conscience de la prouesse réalisée.


A peine réduit au silence, Sur les Falaises de Marbre appelle à une autre écoute pour mieux s'imprégner de sa froide ambiance, de son propos poétique ou de sa folle rythmique. Comme une introspection invasive, l'album peut révéler autant qu'écoeurer mais marquera : impossible donc d'y rester... de marbre.


Chansons conseillées: "Les fiancées sont froides" et "La mer, les ruines"

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