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Critique d'album

Détroit


Horizons


(18/11/2013 - Barclay - Rock aux noirs désirs - Genre : Rock)
Produit par

1- Ma Muse / 2- Glimmer in your Eyes / 3- Terre Brûlante / 4- Détroit - 1 / 5- Ange de Désolation / 6- Horizons / 7- Droit dans le soleil / 8- Détroit - 2 / 9- Le creux de ta main / 10- Sa Majesté / 11- Null & Void / 12- Avec le temps
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Bertrand Cantat revient, entre émotion et interrogations."
Nicolas, le 14/12/2013
( mots)

On ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé, ce 18 novembre 2013, dans la stratosphère médiatique française. On ne pouvait pas ignorer Détroit et ce fameux album Horizons qui signe le retour de Pascal Humbert (Sixteen Horsepower), mais surtout de Bertrand Cantat.

Bertrand Cantat, plus personne en France n’ignore qui il est. Un rockeur bordelais d’adoption, tourmenté, exalté, écrasé entre les modèles de Baudelaire et de Jim Morrison, un type qui, quasiment à lui tout seul, a profondément traumatisé la musique à guitare française, tout d’abord en y imprimant une empreinte si tenace qu’elle demeure, aujourd’hui encore, quasi-indélébile, et ensuite en commettant l’irréparable, le meurtre, fut-il volontaire ou involontaire, passionnel ou accidentel. Bertrand Cantat, au cours de ces trente dernières années, est devenu à son corps défendant l’alpha et l’oméga de l’expression du rock en France, ayant entraîné dans son sillage des kyrielles de groupes d’obédience francophone à tendance poétique qui finirent par sombrer corps et bien en même temps que l’homme croupissait derrière les barreaux de Vilnius puis de Muret. A l’époque de Des Visages Des Figures, ce rock en langue française était solidement installé dans le coeur de la jeunesse et promis à un avenir radieux. Douze ans plus tard, le constat est amer : à l’exception d’Eiffel, véritable colporteur des aspirations populaires de Noir Désir , et d’autres survivants qui tentent tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau (Luke, Deportivo, Prohom), quels sont encore les groupes de rock qui s’essayent à percer dans la langue de Molière ? Aucun, ou presque. Même Noir Désir a jeté l’éponge, même s’il est vrai que l’attitude de Serge Tayssot-Gay était surtout vouée à prendre ses distances avec l’homme et son passif plutôt qu’avec l’héritage musical. Aujourd’hui morcelé, Noir Désir continue d’écumer les salles par le biais de Zone Libre et d’Interzone pour Sergio, de The Hyènes pour la section rythmique Denis Barthe - Jean-Paul Roy, et donc de Détroit pour Cantat.

Détroit peut-il prétendre à avoir simplement le droit d’exister en 2013 ? Que répondre, si ce n’est en rappelant la ligne objective qui doit s’appliquer à tout drame, quel qu’il soit ? Le 27 juillet 2003, Bertrand Cantat a été incarcéré pour coups et blessures ayant entraîné la mort de sa compagne Marie Trintignant puis condamné à sept années de réclusion pour meurtre commis en cas d'intention indirecte indéterminée, peine commuée en quatre années fermes avec libération en 2007 pour bonne conduite. Depuis le 29 juillet 2010, date de la fin de sa mise à l’épreuve, le bordelais a totalement purgé sa peine envers la société, comme n’importe quel autre criminel. Il n’y a rien de plus à ajouter : quelle que soit la nature des faits, quelle qu’en soit la gravité réelle ou supposée, justice a été rendue. De fait, vivant dans un pays démocratique et civilisé, Cantat a tout autant le droit de s’exprimer que de reprendre son métier, celui dans lequel il excelle : le chant, le rock. Libre à ceux que cela indispose d’aller voir ailleurs s’il n’y est pas. Qu’ils se rassurent : l’espace vacant reste confortable.

Il est assez saisissant de lire les papiers relatifs à Horizons qui abondent sur la toile. Tous ont un point commun : le malaise. Personne, personne n’a su comment aborder le disque sans se départir d'une certaine appréhension, voire d'une certaine honte, mais surtout personne n’a semble-t-il été capable de l’écouter pour ce qu’il est et non pour celui qui en est l’auteur, et de fait, cette distanciation semble tout bonnement impossible. A croire qu’apprécier Détroit reviendrait à cautionner les actes passés de Cantat et à lui racheter une conduite, une dignité et par là-même une légitimité. C’est d’autant plus flagrant pour les papiers parus dans les canards un tant soit peu politisés : on ne sait que faire de l’oeuvre d’un homme autrefois très engagé et qui, par ses actes répréhensibles, a terni implicitement et irrévocablement la ou les causes qu’il défendait, altermondialisme et antiracisme en tête. A ce sujet, l’avancée in extremis de la sortie de l’album d’une semaine a permis d’éviter une levée de boucliers des instances féministes puisque le 25 novembre, hasard malheureux du calendrier, correspondait à la journée mondiale de lutte contre les violences féminines. On passera rapidement sur l’implication supposée du même Cantat dans le suicide de son ex-femme Krisztina Rady, événement dramatique qui ne fait que remplir d’avantage une coupe déjà pleine à raz-bord. Peut-on comprendre les torrents de haine qui se déversent en ce moment à l’encontre du bordelais ? Sans aucun doute. Ne peut-on pas, à l’inverse, laisser un chance à l’intéressé de prouver qu’il a changé, qu’il n’est plus le même homme, tout en respectant la sacro-sainte "présomption d’innocence" si chère au droit français en ce qui concerne la dernière affaire en cours d’instruction ? Tant que Cantat, par ses paroles ou par ses actes, n’incitera ni au désordre public, ni au crime, ni à quoi que ce soit de répréhensible selon le droit de notre pays, laissons-le s’exprimer. Il en a assurément gagné le droit, et, vous vous en doutez, il a des choses à raconter, et pas des plus joyeuses.

Horizons est divisé en trois parties bien distinctes, chacune séparée par un court intermède instrumental. Réglons immédiatement son sort au premier tiers, de loin le moins intéressant mais qui permet de poser l’ambiance du disque. Et de se rendre compte d’une évidence : nous avions quitté Bertrand Cantat en 2001, nous le retrouvons en 2013, et l’on a tout d’abord l’impression que rien n’a changé. La voix est, à peu de chose près, la même, tout comme les inflexions, la diction ou un certain sens du contraste atonal / tonal. Et pourtant, Horizons est un album profondément noir, acide, désabusé, désespéré, bien plus sombre que ce qu’a fait Noir Désir jusqu’ici. Logique, a priori, quand on sait ce qu’a traversé l’homme. Une première partie, disait-on, en demi-teinte. Oui, c’est vrai, "Muse" débute par des rimes un peu "faciles", mais qui, après tout, restent pleines et répondent à une certaine envie de jongler avec l’idiome français. Un titre faussement naïf, faussement insouciant, dans lequel le chanteur s’adresse à une femme imaginaire en lui demandant si elle est d’accord pour inspirer son art. On ressent déjà tout le pathos que charrie cette quête compte tenu du passé récent de Cantat, lui qui a décidé, dans un premier temps, de traiter le poids médiatique qui l’entoure avec détachement ainsi qu’une certaine forme d’humour un peu morbide. Une entame plutôt convenable sur la durée, mais c’est ensuite que ça se gâte. On ne sait ce qui, du texte assez banal ou de la prononciation anglaise calamiteuse, plombe le plus "Glimmer In Your Eyes". Malgré certains relents folk - country très américains, malgré quelques envolées de voix poignantes, c’est l’ennui qui prédomine ici et qui ne fait que confirmer ce dont on se doutait déjà : Cantat excelle autant dans la langue de Molière qu’il peine à sublimer celle de Shakespeare. Amérique, toujours, avec le road trip "Terre Brûlante", et cette sensation de malaise, de solitude, encore, sur fond d’arrangements psychés ouverts aux grands espaces, mais comme si ceux-ci apparaissaient oppressants, comme s’ils agressaient un narrateur perdu au milieu de nulle part. A ce stade, on reste en attente de morceaux plus définitifs, de textes plus personnels, plus intimes, dans lequel l’auteur prendrait le risque de se livrer. Que l’on se rassure, la suite va autrement en imposer.

La deuxième partie d’Horizons est ahurissante, n’ayons pas peur des mots. Trois morceaux à progression strictement chronologique valent à eux seuls la découverte de cet album. "Ange de Désolation", en premier lieu, se rapporte à Marie Trintignant. Rien d’explicite, bien sûr - et de toute façon, Cantat a interdiction de livrer tout détail personnel relatif à l’"affaire" - mais un court survol des paroles entre en résonance avec le drame de Vilnius, on pense notamment à "la douce trace hurlante" et aux disputes hystériques des amants maudits, ou encore au sommeil ("Dors, mon ange de désolation") qui se réfère à la ligne de défense de Bertrand Cantat. Si l’on met de côté la beauté du texte, l’épure de l’accompagnement et la sincérité de la délivrance, deux idées majeures transparaissent ici. Tout d’abord, l’homme, malgré le drame, le procès et la prison, ne démord pas de sa version. Il ne s’abaisse pas devant la vindicte et ne livre pas à ses détracteurs le témoignage qu’ils voudraient entendre. Cantat a aimé, et aime encore profondément cette femme, c’est ce qu’il nous affirme ici. Il ne s’excuse pas, il ne se charge pas de culpabilité, il se contente de pleurer… et il nous emporte avec lui dans son tourment. Ensuite, il amorce une contre-attaque, celle qui vise à le défendre contre les agressions des médias et du monde. "Dans leur benne à ordure, il y aura cinq cent dix versions / Pour engraisser les porcs." Que cela plaise ou non, nous ne savons quasiment rien de ce fait divers tragique, même si tout à chacun s’en est inventé sa propre interprétation. Voilà, au delà de la violente charge contre les journalistes, ce que Cantat veut nous dire. Vous ne savez pas, et vous ne saurez jamais. On acceptera ou non de se prêter à ce jeu, moyennant quoi, et c’est indiscutable, "Ange de Désolation" est la chanson la plus bouleversante jamais accouchée par le bordelais.

Place ensuite à la prison avec "Horizons". La voix se fait atone, le motif de guitare, lancinant. Les textes parlent d’eux-même, et on ne saurait faire plus explicite, plus extrême, plus intime, dans ce rapport charnel qu’entretient notamment le prisonnier avec ses excréments. Le titre, doux, acide, dépressif, se laisse aller à quelques envols de supplication désespérés avant de se sombrer à nouveau dans la résignation. "Qui de ma tête ou de mon cœur va / Imploser comme une étoile / Quel débris ou quel morceau de moi / D’abord te rejoindra, te rejoindra". On en ressort complètement vidé, hors d’haleine, exsangue, frappé par cette humanité si inhumaine. A ce titre, la bouffée d’oxygène offerte par "Droit Dans Le Soleil" ne s’en avère que plus salvatrice encore. Douceur, chaleur, solarité, guitare acoustique, violons et violoncelle, cette véritable déclaration d’intention de Cantat à la vie, après les deux morceaux qui la précèdent, ne peut plus laisser indifférent. "Tous les jours on retourne la scène / (...) On ne renonce pas / On essaye / De regarder droit dans le soleil (...) Tourne tourne la terre / Tout se dissout dans la lumière / L’acier et les ombres qui marchent / A tes côtés". Par ces trois morceaux, le bordelais démontre par l’absurde qu’il est l’un des meilleurs songwriters français en activité, et si les deux autres parties de l’album avaient été aussi sublimes que celle-ci, on aurait probablement tenu en Horizons l’album de la décennie.

Problème, encore une fois : Détroit ne se résume pas qu’à Vilnius. Le dernier pan du triptyque est clairement celui qui s’ouvre vers l’avenir, qui nous donne un avant-goût de l’éventuel deuxième album du projet. Cantat a réglé ses comptes avec le passé et souhaite désormais aller de l’avant. Soit, mais à ce stade, il va falloir qu’il fasse très attention. "Le creux de ta main" est clairement une piqûre de rappel de la grande époque Noir Désir. Grand morceau enflammé, textes mordants, puissance des instruments, tout y passe. C’est à partir de ce cap que la basse de Pascal Humbert commence à trouver véritablement sa place : auparavant discrète, elle sonne ici un glas dur et entêtant qui réalise un contrepoint parfait à la guitare d’antan de Serge Tayssot-Gay. Tous les voyants semblent au vert, sauf que Cantat, et il le sait très bien, n’a désormais plus le loisir de s’étendre sur des sujets de société ou de défendre des causes humaines et/ou politiques, car on ne le lui pardonnerait pas. En résulte un morceau qui, à certains moments, et nonobstant une réminiscence en demi-teinte des grandes odes de Noir Déz, sonne vain dans son espèce d’engagement désincarné, comme cette allusion à une "pensée étroite et restreinte" dont on ne sait plus à qui elle peut bien s’adresser. On retrouve un peu le même son de cloche sur le corrosif "Sa Majesté", destiné à une personne haut placée bien connue de l’intéressé - mais pas forcément de l'auditeur - et à qui il taille un magnifique costard de sa plume acérée. Là encore, la basse d’Humbert est quasi-miraculeuse et catapulte le morceau dans des tréfonds d’entêtement, et si la diction détachée et indolente de Cantat fait toujours merveille, on souhaiterait plus d’impact, plus de percussion, de précision dans l’accusation. Un voeu pieux, sans aucun doute. Par ailleurs, faut-il que Cantat persiste dans les chansons anglaises ? "Null and Void" est meilleure que "Glimmer in your Eyes", il n’y a pas trop à tergiverser, mais la chanson reste relativement anecdotique au regard du reste du disque, simple, belle, mais peut-être trop désincarnée, comme un hommage yankee qui séparerait l’homme de son propos. On conclura d’aileurs là-dessus.

Le choix du dernier morceau, la reprise du classique "Avec Le Temps" de Léo Ferré, a déjà fait grincer plus d’une mâchoire au sein des rédactions de nos confrères. Qu’en penser ? Encore une provocation de plus ? L’une de celles qui feraient dire à Cantat : quoi que vous pensiez de moi, vous finirez par l’oublier ? Ou bien faut-il voir ce morceau comme le simple hommage d’un homme à l’une de ses idoles et de ses inspirateurs ? L’interprétation, en tout cas, vaut le détour, que ce soit par l’exaltation du bordelais ou la partition de basse très culottée d’Humbert. Mais ce morceau renvoie au questionnement précédemment énoncé : que vaut-il mieux pour Détroit ? Que Cantat se contente d’un rock désincarné et faussement engagé, ou alors qu’il continue à y mettre ses tripes et son âme… au risque d’ulcérer une intelligentsia qui ne peut voir en lui qu’un criminel non repenti ? Horizons, artistiquement parlant, plaide clairement en faveur de la seconde option, mais laisse néanmoins penser que le duo s’engagera à l’avenir dans la première voie. Gageons néanmoins que Bertrand Cantat parvienne à faire les bons choix à l’avenir : pas d’anglais (par pitié), pas de morceaux ronflants qui brassent de l’air, pas de fausse provoc’, mais du coeur et de l’âme. En espérant un disque aussi beau et constant que le tabernacle de ce premier album qu’il serait dommage, vraiment dommage de ne pas écouter.

 

Note de 3.5/5
Une plume comme on en fait plus, des titres qui touchent au sublime et quelques approximations. Tout Bertrand Cantat en un disque.
Note de 4/5
Plusieurs rythmes dans ce premier album, et donc plusieurs sensations lors de l'écoute. Le résultat est une vraie réussite
Note de 2.5/5
ça reste plutôt léger, en dehors du segment central du disque, même si Bertrand Cantat confirme qu'il est un immense chanteur.
Si vous aimez Horizons, vous aimerez ...
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