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Critique d'album

Noir Désir


Des visages des figures


(11/09/2001 - Universal - - Genre : Rock)
Produit par

1- L' Enfant Roi / 2- Le Grand Incendie / 3- Le Vent Nous Portera / 4- Des armes / 5- L' Appartement / 6- Des visages des figures / 7- Son Style 1 / 8- Son Style 2 / 9- A L' Envers A L' Endroit / 10- Lost / 11- Bouquet De Nerfs / 12- L'europe
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"L'apogée du rock français. Subtile et poétique."
Geoffroy, le 29/03/2011
( mots)

Au lendemain de la séparation de ce qui fut le plus grand groupe de rock français (n’ayons pas peur des mots), un bilan s’installe sur ce vaste mouvement musical, propre à chaque pays non-anglophone, d’avoir des formations qui utilisent leur contexte social et culturel mêlés à cette large définition du mot "rock". Bien souvent cette fusion reste hétérogène, ceci dû à des faiblesses de style. Faiblesses littéraires, avec des textes lourds et écœurants, faussement sémantiques, sombrant dans une prose ou des vers impossibles à digérer, et musicales avec des morceaux ne faisant que piller l’héritage laissé par nos amis Outre-Manche et Outre-Atlantique sans chercher à apporter une dimension sonore propre à une vision de son pays. Les musiciens ayant réussi ce tour de maître en France se comptent sur les doigts d’une main et Noir Désir a porté le moindre de ses albums au paroxysme de l’homogénéité, évoluant à chaque opus vers de nouveaux horizons, développant sa vision du monde en se remettant en question après chaque cycle pour revenir apporter des idées neuves. 

La poésie de Cantat s’est envolée d’un romantisme sombre pour atteindre des sphères fonctionnant par images absurdes, métaphores incrédules et jeux de mots juxtaposés. Une beauté intrinsèque qui laisse libre choix d’interprétation entre engagement politique sublimé et simple exposition sentimentale. Sa voix également a gagné en profondeur, s’est offerte de nouvelles contemplations sourdes, paysages et natures mortes, passant d’un timbre neutre et nonchalant d’énonciation à une verve qu’on lui connaissait déjà mais qui elle aussi semble s’accorder un détachement particulier, moins fougueuse car moins jeune, mais plus sensitive, passionnée, sans illusion, avec un regard subtil. D’un "Enfant Roi" feutré et hypnotique à la pièce éclatée qu'est "L’Europe", Des Visages Des Figures prend un chemin à contre courant de ces deux derniers albums, le brûlant Tostaky et le plus nuancé 666.667 Club, oubliant les écorchures pour flirter avec une richesse à la fois dense et discrète, montrant ainsi l’impossibilité de sédentarisme chez Noir Désir. Bien sûr, on retrouve cette sensibilité à vif et cette recherche inépuisable d’évolution qui sont les seuls fils rouges caractéristiques du quatuor, mais rien ne pouvait préparer le public à une telle direction sonore. Il semblerait que les remixes de One Trip One Noise aient conforté le groupe dans une volonté d’expérimentation musicale, incorporant de nombreux éléments instrumentaux à cette structure rock pour mener ce projet dans les recoins noirs du trip-hop, des frénésies tribales, des atmosphères vaporeuses et incroyablement mélodieuses. L’audace est l’une des caractéristiques qui font la puissance des artistes, et emmener l’auditeur là où il n’aurait jamais pensé se retrouver et lui faire prendre un pied incroyable malgré tout en est une preuve flagrante.

Distillant ses mélodies dans une fragilité pessimiste, une légèreté plus sereine mais pas moins amère, le groupe explore chaque nouvelle voie comme une nouvelle vie. La puissance d’un texte de Ferré mis en ambiance pour mieux exploser avec le timbre superbe du chanteur ("Des Armes"), des morceaux cinglant explicitement l’univers occidental dans des boucles hypnotiques ("Le Grand Incendie", "A l’Envers, à l’Endroit") et une variété d’influences sonores en toile de fond sont autant de couleurs au tableau. "Son Style" voit sa première partie enfler sur un rock sévère pour retomber sur une seconde, guitare dépouillée et jeu d’images subtil. D’ailleurs peu de traces de l’anglais incisif des précédents opus. Si ce ne sont quelques mots intégrés dans le paysage urbain contemporain (« Il y a là l’eau, le feu, le computer, Vivendi et la Terre »), le Français se fait totalitaire, ce qui semble bien logique au vu de l’évolution du style littéraire.

Des arrangements minimalistes plongent d’une seconde à l’autre en dissonances désarticulées pour remonter en crescendo somptueux, s’accordant à la plume de Cantat, enlacés ("Des Visages, Des Figures"), les guitares de Serge Teyssot-Gay se font moins saturées mais desservent parfaitement des ambiances intimes et terriblement empruntes de solitude où les mots transpirent de tensions angoissées et d’apogées lyriques tremblantes ("Bouquets de Nerfs"). Noir Désir semble s’ancrer de plus en plus dans sa vision du monde et se fondre totalement dans son art devenu bien plus musical que rock, délaissant les riffs coupants pour se plonger dans des abysses à la profondeur paradoxalement céleste, en témoigne ce dernier morceau, véritable ovni chez un groupe ayant accès aux ondes radiophoniques françaises. "L'Europe", antithèse mélodique de vingt trois minutes aux abords du free jazz et du monologue, terrain de jeu pour les paroles acides du chanteur et les divagations métaphoriques de Brigitte Fontaine, relevées par des instrumentations variées, mêlant toutes sortes de percussions, thèmes orientaux dissonants et brouillards électroniques. Une direction reprise par le groupe dans les mois qui suivirent avec "Ce N’est Pas Moi Qui Clame" et Nous N’avons Fait Que Fuir

Ce serait à peine être borné que de dire que scander ses textes derrière une guitare aujourd’hui en France revient à enfoncer des portes béantes, ouvertes telles un gouffre clair obscur qui attire tout en son centre. Noir Désir possédait en son sein un potentiel unique d’évolution constante, une vision profonde de la création et de cette puissance vivante qui en découle. Qui sait ce que serait advenu de ce quatuor s’il n’avait été fauché en plein élan. Peut-être n’en était-il qu’aux prémices de sa véritable créativité, prêt à redonner à la musique francophone la véritable signification du mot "art". En tous cas, Des Visages Des Figures renoue totalement avec la grande chanson française sans renier ses racines rock.

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