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Critique d'album

Black Sabbath


Technical Ecstasy


(25/09/1976 - Warner Bros. Records - Classical Heavy - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Back Street Kids / 2- You Won't Change Me / 3- It's Alright / 4- Gypsy / 5- All Moving Parts (Stand Still) / 6- Rock 'N' Roll Doctor / 7- She's Gone / 8- Dirty Women
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L'album le moins aimé de Black Sabbath est loin d'être le moins bon."
Nicolas, le 17/05/2013
( mots)

"Technical Ecstasy est un album solo de Tony Iommi". Voilà, en substance, les propos d’Ozzy Osbourne à propos du premier album véritablement mal aimé de Black Sabbath. Torpillé par la critique, boudé par les fans (c’est la moins bonne vente de la période Ozzy), ce septième disque studio, quoique imparfait, demeure avant tout incompris, et il serait grand temps de réévaluer sérieusement à la hausse les envies d’émancipation du guitariste amputé et de ses sbires.

Pourquoi album solo ? Parce que Iommi a assuré un contrôle total sur le disque. En 1976, alors que la motivation du quatuor part complètement en vrille (succès et légendes accomplis, argent et drogue à foison), seul le guitariste et maître du Sab a encore l’envie d’aller plus loin. Ainsi, lorsque la joyeuse bande investit les studios Criteria de Miami en Juin, Ozzy, Butler et Ward y voient avant tout une parfaite occasion de prendre des vacances. Virées nocturnes orgiaques, grasses matinées jusqu’à 14h, plage, soleil, farniente, coke et femmes, voilà qui laisse à peine une à deux heures de travail par jour en studio. Qu’à cela ne tienne : Iommi, quoique fort en gueule et emporté aux entournures, n’est pas du style à jouer au petit chef et à imposer un rythme de travail à ses troupes. Alors il se tait, mais tandis que les autres s’amusent, lui se lève tôt et travaille d’arrache pied sur les compositions avec son pote providentiel Gerald Woodruffe, engagé pour assurer les claviers sur l’album.

C’est la grande nouveauté de Technical Ecstasy : chaque morceau se voit doté de partitions de claviers, piano ou synthé, et tâche d’explorer des directions inattendues pour les tenanciers du riff lugubre. A l’époque, Iommi envisage le synthé comme l’un des moyens de palier à une relative carence créative, mais surtout comme une possibilité d’amener le Sabbath à un niveau supérieur. Les 70’s battent bon train, le progressif a jusqu’ici le vent en poupe, Iommi a beaucoup apprécié d’avoir travaillé avec Jethro Tull quelques années plus tôt (il a même failli lourder son Sab pour continuer avec eux), et il a pris acte des derniers émoluments de Led Zeppelin et surtout de Queen, John Bonham et Brian May comptant parmi les rares réels amis du moustachu. Pour lui, pas de doute possible : pour amener son groupe plus loin, il doit complexifier le son et emporter les compositions dans une nouvelle direction, plus fine, plus intelligente. Erreur absolument monumentale, en tout cas pour l’époque. En effet, en 76, le progressif est déjà enterré et sur-ringardisé, et surtout le punk est en train de balayer tous les dinosaures du hard rock, la critique ne jurant plus que par les Clash, les Ramones et les Sex Pistols. Deux paramètres qui, ajoutés à la dépersonnalisation de la musique heavy du Sab, contribuent à la démolition méthodique de Technical Ecstasy dans les pages du NME et du Melody Maker et à la désaffection cuisante de l’auditoire des natifs de Birmingham. Cet échec retentissant est un sérieux revers infligé à Tony Iommi qui, ayant pris toutes les décisions sur la conduction du disque, est le seul à endosser l’entière responsabilité du désastre. Pas étonnant que, tout au long du reste de sa carrière, il n’ait quasiment plus pris le moindre risque de s’éloigner de la propre image qu’il avait façonnée, plus ou moins involontairement d’ailleurs.

Néanmoins, les années 70 sont désormais bien loin derrière nous, et à condition que l’on accepte l’idée que le Sabbath n’a pas réalisé l’un des disques que l’on attendait de lui (en clair, qu’il n’ait pas donné une nouvelle fois dans le riff proto-metal, la disto inquiétante et les ambiances ténébreuses), il n’y a absolument aucune raison de bouder Technical Ecstasy. Mais l’approche doit en être différente : il ne faut plus voir ce disque comme le fruit d’un groupe de heavy metal, mais comme celui d’un groupe de rock n’ roll lourd issu de l’Angleterre des années 60-70, ce que Black Sabbath est avant tout, ne l’oublions pas. L’autre soucis est que, outre le fait que le groupe a inventé à lui seul une nouvelle sonorité qui s’est vue recopiée à des centaines de milliers d’exemplaires sur les dizaines d’années qui ont suivi, le sabbat noir a aussi pondu quatre premiers albums mythiques, fondateurs et incontournables pour tout amateur de rock qui se respecte. A côté de cela, Technical Ecsatsy marque une vraie régression : le son et le style y sont beaucoup plus impersonnels, et la qualité globale de quelques compositions se place un bon cran en retrait de ce qu’on trouve sur les Black Sabbath, Paranoid, Master Of Reality et Volume 4. Cela signifie-t-il que le disque soit médiocre pour autant ? Absolument pas. Il est au moins du niveau de Sabbath Bloody Sabbath, meilleur que Never Say Die! et certainement meilleur que Sabotage. Encore faut-il savoir à quoi s’attendre.

La face A est sans conteste la plus faible des deux car on n’y trouve guère de morceaux majeurs à se mettre sous la dent. L’entame égrène un "Back Street Kids" qui ronfle avec furie au son d’une basse cavalant crânement sur le rythme trépidant du maestro es six cordes, puis le titre étonne par son pont guilleret introduit par des claviers baveux. Notons d’emblée ici le solo de Iommi, court mais irréprochable, car Technical Ecstasy promet bien d’autres morceaux de barvoure à la guitare. Bref, intro classique, efficace, mais pas inoubliable, le refrain plan-plan du titre se plaçant nettement en retrait du reste. Plus loin, "Gypsy" surprend, une fois encore, par la rythmique rhumba imprimée par Bill Ward avant d’embrayer sur un southern rock graveleux qui pompe ensuite un de ses ponts à Queen période A Night At The Opera. L’ambivalence, face à ce titre, est complète. On ne peut qu’apprécier comme elles se doivent les qualités mésestimées de Ward derrière les fûts du Sab : plus qu’un simple batteur, plus qu’un grand benêt alcoolique faisant office de souffre douleur pour ses compères, Bill Ward est avant tout un percussionniste physique, animal et groovy, un cogneur dépourvu de technique mais possédant un feeling énorme et une force de frappe plus que conséquente. Si John Bonham, dans le même style et à un tout autre niveau, ne l’avait pas complètement éclipsé, peut-être lui rendrait-on aujourd’hui les honneurs qu’il mérite au lieu de le considérer comme un bouche trou à peine bon à faire de la figuration. Sans déconner, vous avez écouté les autres batteurs qui lui ont succédé, les Vinny Appice ou Cozy Powell - et même Brad Wilk ? Pas le moindre intérêt : des types qui font le boulot et qui le font bien mais qui n’apportent rien au style Iommi, et n’allez pas me dire que c’est Wilk qui fait tout l’attrait de Rage Against The Machine. Bref, au sein de Sabbath et plus particulièrement sur "Gypsy", Bill Ward s’avère redoutable d’efficacité. En revanche, le titre en question déçoit par son impersonnalité, et si le style piano claqué - grondements lourds - soli enflammés magnifié par la bande à Freddie Mercury se trouve ici revisité avec une certaine réussite, on attend forcément plus d’originalité de la part d’un groupe de cette trempe.

Face A toujours, avec une réussite et un loupé. La réussite, c’est "You Won’t Change Me", une power balade bien vue qui trompe son monde après une intro doom réhaussée par un clavier qui met mal à l’aise. Puis c’est l’utilisation de l’orgue qui apporte une noblesse insoupçonnée au titre, transportant le chant relativement retenu d’Ozzy et offrant un contrepoint à la disto délirante des cordes. Là encore, les pistes solo de Iommi sont magnifiques, bluesy, chaotiques, déchirantes, variées, sensibles, du grand art et une véritable leçon pour tout guitariste en herbe qui se frotte au heavy rock. Et un loupé, donc, avec le bien faible "It’s Alright" écrit et entonné par Bill Ward. L’emploi du batteur au poste de chanteur n’est pas forcément si inconcevable que cela puisque avant d’intégrer le Sabbath, Ward était lui-même le frontman de The Rest, formation avec laquelle il a fait ses premiers pas aux côtés de Tony Iommi. Le problème tient au morceau en lui-même, pas forcément mauvais mais totalement anecdotique, et ce n’est pas son traitement mid-tempo 60’s champêtre qui y change grand chose. On comprend mal pourquoi les Guns N’ Roses se sont escrimés à reprendre ce titre en live à maintes reprises, ou comment Ozzy a pu avaliser la décision de laisser chanter Ward pour un tel résultat.

A l’abord de la face B, le plus difficile est fait car la prise de contact avec le concept du disque (et avec ses sacrés bordels d’instruments à touches) s’est faite et on peut dès lors commencer à prendre son pied, et le tout en crescendo, s’il vous plaît. C’est d’abord "All Moving Parts (stand Still)" qui entame la série, et d’emblée, ça envoie du lourd. La basse de Butler fait des ravages de groove, Ward bastonne comme un furieux, Iommi prend un malin plaisir à placer des breaks et des changements de rythme partout, tandis qu’Ozzy louvoie sournoisement entre tous les chausses trappes et entonne sa partie avec une candeur narquoise. Un morceau énorme, vraiment énorme. Place ensuite à des influences beaucoup plus Zeppeliniennes avec "Rock N’ Roll Doctor", inspirée du doc personnel d’Elvis Presley, un grand malade qui a refilé une dose monumentale de coke à Tony Iommi. Voilà du riff bluesy et secoué comme il faut (Jimmy Page aurait pu en pondre un semblable sans problème), un rythme de tous les diables, une batterie maousse costaud et un piano free lance en toile de fond, tandis qu’Osbourne va titiller crânement l’échelle de voix de Robert Plant. Trois minutes trente de pur hard n’ roll sexy et félin, une durée de titre étonnamment faible pour du Sabbath, mais pourquoi en rajouter ? Puis retour aux expérimentations avec "She's Gone" et l’emploi d’un orchestre classique sur la seule réelle chanson d’amour écrite par le groupe. Le guitariste manchot déballe ses arpèges acoustiques avec une classe inouïe, le violoncelle solo lui répond à la perfection, les autres violons, quoique princiers, savent se faire discrets, et surtout le bargeot derrière le micro oublie quelques minutes de se comporter comme un gros lourd pour tâcher de nous soutirer une petite larme, et il y arrive, le bougre. Là encore, voilà un morceau complètement à l’opposé de ce que l’on attend de Black Sabbath, et qui pourtant fonctionne parfaitement.

Le meilleur pour la fin ? Oh que oui, car "Dirty Women", apologie des prostituées de Miami, est un monstre, ni plus, ni moins, et l’un des tous meilleurs morceaux du Sab. Un titre tortueux qui débute l’air de rien sur un fond de riff trainant avec un Ozzy grinçant et couinant à foison, et puis, bang ! Changement de tempo traître, et la basse de Butler qui s’emballe sur un motif heavy metal gaillard tandis que le guitariste aux doigts de fée déverse ses soli sans discontinuer. Quelques breaks et un pont bardé de soubresauts déments plus loin, et revoilà le groupe à l’unisson sur ce motif heavy transpercé par le chanteur fou qui braille comme un damné. Le morceau est déjà anthologique, mais il est loin d’être achevé : c’est ensuite sa longue conclusion qui flanque la chair de poule. Ici, le rythme s’est apaisé, les choeurs égrènent en boucle un chorus à quatre notes, et Iommi peut entrer en scène dans ce qui est probablement son meilleur solo, d’abord par petites salves qui se répondent en écho, puis la guitare lead se cale au premier plan et déroule toutes les variations de jeu possibles dans des torrents finement ajustés, et tandis qu’en toile de fond Bill Ward augmente la pression sur ses caisses, la rythmique passe progressivement de 4/1 en 2/1 puis en 1/1, et là... que dire ? Iommi se révèle plus que jamais magistral. A part lui, seul Hendrix est capable de coller un tel groove sexuel dans sa wah wah. L’album se termine ainsi sur ce solo qui se perd en un écho lointain sans cesser de moduler son énergie, encore et encore. La classe absolue.

Technical Ecstasy, s’il ne fait pas à proprement parler partie des albums les plus mésestimés de tous les temps, est en tout cas l’un des albums les plus injustement descendus par la critique. A l’opposé de Never Say Die! qui, bien que parfaitement honnête, souffre de vraies carences (malgré des appréciations étonnamment plus clémentes à sa sortie), ce septième disque de Black Sabbath, affublé d’un étrange artwork signé Storm "Pink Floyd" Thorgerson, s’est surtout retrouvé dans les bacs au pire moment possible. Inventif, consistant, varié et explorant une facette du groupe finalement peu connue, il constitue une découverte ou une redécouverte incontournable pour tout amateur de Classic Rock et d’années 70. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : il n’est nullement question de heavy metal, de doom ou de stoner avant l’heure, il n’est ici question que de rock. De rock dur, certes, de rock un peu glam aux entournures, aussi, mais de rock, et de rien d’autre. Que les métalleux continuent à mépriser cet album en vantant les louanges d’Heaven & Hell si ça leur chante. Quant aux autres, il ne leur est pas interdit de faire preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit et d’esprit critique. Pensez quand même que Rolling Stone et Allmusic, aujourd’hui encore, persistent à affubler ce disque d’un minable deux sur cinq (sic). Les préjugés ont vraiment la vie dure.

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