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Critique d'album

Big Deal


June Gloom


(03/06/2013 - Mute - - Genre : Autres)
Produit par

1- Golden Light / 2- Swapping Spit / 3- In Your Car / 4- Dream Machines / 5- Call and I'll Come / 6- Teradactol / 7- Pristine / 8- Pillow / 9- Catch Up / 10- Little Dipper / 11- PG / 12- Close Your Eyes
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un album fait d'enthousiasme de début d'été et de mélancolie de fin de vacances."
Pierre D, le 17/07/2013
( mots)

Les gens de Big Deal sont deux, un homme et une femme, Kacey Underwood et Alice Costelloe. Comme The Raveonettes, The White Stripes et She & Him pour citer les plus célèbres et surtout les plus récents. Mais à l'écoute de "Golden Light" qui ouvre June Gloom, on pense d'abord au duo Mazzy Star qui, en 1990, actualisait les promesses du Velvet Underground, les décharges électriques en moins. Big Deal débarque de Londres et plus précisément des années 90. Quelque peu hors du temps, ces deux-là se sont réunis sous l'étendard de Sonic Youth et Dinosaur Jr., avec un meilleur sens mélodique tout de même.

Plus que tout, il y a chez Big Deal les échos de The Pains Of Being Pure At Heart avec cette manière de maîtriser les guitares ultrasaturées du shoegazing (cf. notre dossier ) en les tenant en laisse pour plaçer la mélodie pop au premier plan. Loin des attentats soniques des Jesus And Mary Chain ou de la noyade abstraite orchestrée par My Bloody Valentine, Big Deal pratique un shoegaze intime, presque timide (sans être aussi timoré que celui de TPOBPAH) où les voix blanches et douces chantent à l'unisson. Il faut bien cela pour résister au pilonnage mécanisé de "Teradactol", l'instant du disque où Big Deal atteint les limites de ce qu'il peut se permettre en termes de bruit pur, écrasant et presque étouffant.

Ailleurs on retrouve l'ambiance crépusculaire de Mazzy Star ("Pillow") où les ectoplasmes de voix se mêlent aux gémissements de guitare. Mais c'est quand le groupe consent à appuyer sur ses pédales de saturation et à laisser la rythmique s'emballer un peu que June Gloom est le plus intéressant. "Catch Up" et "Call And I'll Come" évoquent les amourettes candides et frénétiques des années lycée. L'indolence estivale est de mise avec la pop enjouée de "Swapping Spit". S'ils ne maîtrisent pas toujours l'artisanat pop aussi bien que TPOBPAH, Underwood et Costelloe envoient tout de même un bon nombre d'excellentes chansons, de "Dream Machines" avec ses froides guitares et sa mélodie parfaite au single "In Your Car" qui constitue l'ode parfaite à une adolescence où l'insouciance le dispute à une nostalgie précoce: "Driving in your car/I wanna be wherever you are/Sleep in the backseat/There's nothing more that I'll ever need", comme dans une série TV des années 90.

Pourquoi les nineties pop sont-elle si évocatrices d'adolescence? Peut-être parce que la 10e décennie du XXe sicèle est celle où l'adolescence a été le plus mise en avant comme état durable. Dans les années 50, naît l'idée d'une population adolescente comme constituant un groupe de consommateurs à part entière. L'adolescence est alors célébrée comme un état passager avant l'entrée dans la vie adulte (Frankie Avalon, Paul Anka, Phil Spector). Dans les années 60 la pop avance à grand pas et tous les musiciens veulent devenir adultes pour pouvoir jouer dans la cour des grands compositeurs (The Beatles, The Who). Cette dynamique se poursuit tout au long des années 70 pour le meilleur (David Bowie) et pour le pire, et l'électrochoc du punk ne fait que déboucher sur des avancées toujours plus grandes dans la maturité pop avec les acteurs du post-punk. Dans les années 80 l'heure est au néolibéralisme, en économie comme en musique, et les dents de rockeurs rayent beaucoup trop le parquet pour qu'ils se soucient de leur adolescence. Il est question de remplir des stades pour des jeunes déjà vieux.

Arrivent les années 90 dans lesquelles s'inscrit Big Deal. Apparemment le monde est soudain devenu angoissant. La crise économique larvée qui rampe depuis la fin des seventies semble être là pour durer et on assiste à un repli en position fœtale de toute une frange de la musique pop. Le grunge célèbre le mal-être adolescent qui n'est plus un mauvais moment à passer mais bien un état qui s'étire tant que durent les angoisses liées à l'entrée dans la "vraie vie". L'autre pendant du rock du début des années 90 que s'approprie Big Deal, à savoir le shoegazing, met en scène des chants d'enfants apeurés qui cachent leurs voix timides derrière des déluges électriques. Personne ne semble vouloir grandir et la pop du début des années 90 paraît avoir cristallisé la hantise de l'âge adulte chez ses acteurs. Il y avait déjà eu auparavant des petits garçons qui refusaient de grandir (Brian Wilson qui crée Pet Sounds avec les Beach Boys en est l'exemple le plus criant) mais ils restaient marginaux et le Zeitgeist pop (l'esprit du temps, le climat culturel d'une époque) était tourné vers le monde des adultes. Dans la version des nineties que revendique Big Deal, Kurt Cobain intitule son dernier disque studio In Utero et Mercury Rev chante "Chasing A Bee". Succédant à des générations de musiciens qui ne rêvaient que devenir grands pour profiter des joies du monde, les années 90 ont vu naître la prétendue "génération X" qui se positionnait dans un rejet de ce monde anxiogène pour pouvoir rester au lycée ou à la fac jusqu'à la fin des temps.

June Gloom est ce vieux marronnier, l'album parfait pour l'été. Mais contrairement aux tubes de l'été qui célèbrent l'enthousiasme estival jusqu'à se griller les neurones, le disque de Big Deal, frais et enthousiaste, transpire la morosité des badinages adolescents ratés et des fins de mois d'août chaudes et tristes. Comme son nom l'indique.

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