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Critique d'album

Amplifier


The Octopus


(31/01/2011 - Ampcamp - Post Prog / Space / Shoegaze - Genre : Rock)
Produit par

1- The Runner / 2- Minion's Song / 3- Interglacial Spell / 4- The Wave / 5- The Octopus / 6- Planet Of Insects / 7- White Horses At Sea // Utopian Daydream / 8- Trading Dark Matter On The Stock Exchange / 1- The Sick Rose / 2- Interstellar / 3- The Emperor / 4- Golden Ratio / 5- Fall Of The Empire / 6- Bloodtest / 7- Oscar Night // Embryo / 8- Forever And More
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le poulpe assomme littéralement la course au titre de l'album de l'année 2011"
Nicolas, le 31/01/2011
( mots)

Commençons cette diatribe en balançant bille en tête une énormité : de nos jours, les albums ambitieux se font de plus en plus rares. Pas dans le mauvais sens du terme, mais plutôt dans le fait de se fixer de grands objectifs et de tout faire pour les transcender. Sans blague, à quand remonte la dernière fois où un album vous a réellement impressionné, que ce soit par sa force de frappe, par la profondeur de ses mélodies, par le liant et l'évidence de ses enchaînements ou par son innovation sonore ? Oui, vous pouvez commencer à vous creuser les méninges. N'oubliez quand même pas de tenir compte de la notion de gigantisme apportée par un double album, rajoutez (si cela vous chante) la recherche d'un concept thématique global, et finissez éventuellement par une radicalisation de la distribution du produit en question. Rares, les albums ambitieux ? On est encore loin du compte. Et pourtant, The Octopus est de cette trempe.

On avait quitté Amplifier en 2006 sur une très bonne impression. Avec Insider, le combo de Manchester avait tourné assez nettement le dos au prog-rock paresseux et moyennement inspiré de ses débuts en allant explorer de nouveaux territoires sonores, délivrant un album compact et étouffant qui nous entraînait à la limite de la transe décibellique. Pour autant, on sentait que ce deuxième opus n'était qu'un brouillon encore hésitant, un fatras d'idées soniques balancées en vrac pour jouir sans limite de ce nouveau son colossal minutieusement façonné par Sel Balamir. Si certains titres se révélaient d'une fulgurance rare ("Insider", "O Fortuna"), on notait aussi des hésitations, des prises de têtes rythmiques artificielles, des fautes mélodiques qui laissaient un petit arrière goût d'inachevé. Forcément, The Octopus efface l'ardoise et reprend les choses depuis le début : tout en thésaurisant sans aucun scrupule sur ses murs de guitares implacables, ultra-graves, ultra-saturés, ultra-réverbérisés, Amplifier affine le propos, va beaucoup plus vite à l'essentiel et cherche avant tout l'évidence d'intention, mais il passe également par une phase de délayage et d'exploration de toutes ses possibilités, faisant ici preuve d'un éventail de subtilité assez surprenant. C'est ce qui fait de ce double album de plus de 2 heures (!) un fantastique voyage sonore, long certes, mais jamais ennuyeux, et souvent parfaitement génial.

Passons sur le concept du poulpe : le frontman chevelu a beau se répandre avec passion sur le sujet par interviews interposées, on n'y pige toujours que dalle. Passons aussi sur le mode de présentation de l'engin, de l'auto-production à l'auto-distribution en passant par l'auto-gestion (Sel Balamir allant lui-même jusqu'à prendre les commandes d'album par e-mail), c'est courageux de la part des trois hommes, un peu barge aussi, mais ça n'est finalement pas le fond du propos. De prime abord, The Octopus, bien que plus long et plus alambiqué, se révèle étonnamment plus accessible que ses prédécesseurs. Cette impression est bien sûr sous-tendue par des morceaux d'emblée plus limpides, plus directs, comme ce "Minion's Song" débuté sur un simple piano-voix et se finissant en apothéose, emporté par une spirale de chœurs altiers. A noter, sur le précédent "The Runner", des bruitages façonnés comme un hommage au "On The Run" de Pink Floyd. Les talents pop d'Amplifier éclatent ensuite facilement avec "The Wave", mêlant avec intelligence puissance de l'instrumentation et clarté du chant, alors que le précédent "Interglacial Spell" impose sans effort son allure martiale sur fond de grosses guitares pachydermiques, de batterie épileptique et de cuivres altiers. Cette brillante introduction n'est pourtant qu'un simple apéritif, car c'est après que l'album commence à prendre définitivement son envol. "The Octopus" se révèle à ce stade absolument parfait, mélangeant allègrement ambiance irréelle et trip vocal halluciné avec ses cordes électriques flottantes et ses coups de boutoir de caisse : une perle comme on en voit rarement. Sans rentrer dans les détails du reste de ce premier disque, on signalera que le niveau ne baisse pas mais qu'Amplifier laisse ensuite parler sa fibre progressive, avec des morceaux plus longs et plus nuancés qui restent dans la veine de ce que réalise actuellement Porcupine Tree. Comme quoi, on ne saurait se renier totalement.

Mais il y a plus. Car ce qui caractérise le mieux le trio mancunien, c'est une signature sonore infalsifiable, cet empilement de guitares lourdes comme du plomb qui résonnent dans les boîtes crâniennes jusqu'à l'obsession la plus totale, et la deuxième galette de la pieuvre met brillamment en valeur cet aspect. Sur celle-ci, Amplifier renoue avec la force primitive d'Insider et laisse parler la poudre sans vergogne, ressuscitant un son massif et enveloppant qui nous baigne dans un psychédélisme assourdissant. Là-dessus, il n'y a plus qu'à ajouter des motifs opioïdes dans une veine orientale ("The Sick Rose", "Golden Ratio") ou à développer une rythmique catchy à souhait ("The Emperor") pour toucher au but. Sur ces titres, le groupe démontre des talents mélodiques insoupçonnés sans rien sacrifier sur l'autel du jusqu'au-boutisme sonore, et se permet même de pulvériser allègrement tout ce qu'il avait pu réaliser par le passé. Plus loin, la basse se fait un plaisir de répéter à l'envie des motifs obsédants propres à nous décoller le cortex ("Interstellar"), et le trio sait également jouer sur des standards sabbathiens pour créer des ambiances âcres et irrespirables ("Fall Of The Empire", d'ailleurs plus proche d'un Kyuss sous Valium). Chaque titre possède sa propre personnalité, entre voyage hallucinogène au ralenti ("Bloodtest"), balade acoustique déglinguée ("Oscar Night") ou cauchemar sonore en apesanteur ("Embryo"). Le final, épatant, laisse la réverb ouverte au maximum et emporte l'album dans une course frénétique avant d'enfoncer le tout avec la délicatesse d'un blindé de l'armée rouge sur des refrains matraqués à grand renforts de décibels.

Bien sûr, Amplifier ne possède pas de prime abord un style facile à appréhender. Les deux ou trois premiers passages de platine de The Octopus, s'ils ne rebutent pas complètement, ne s'avèrent pas aussi impressionnants que cela. Puis, petit à petit, les lignes de chants commencent à captiver sérieusement, les riffs dévoilent lentement leur majesté, la rigueur technique des instrumentistes éclate au grand jour, on se surprend à monter le son et à se laisser envelopper dans cette chape métallique implacable, et on se retrouve à faire tourner ce double album en boucle sans éprouver la moindre lassitude. Le poulpe s'érige comme un monstre du rock lourd, atypique par la démesure de son ossature, effrayant par son traitement sonore mais colossal dans son rendu final. The Octopus est l'un des derniers représentants d'une espèce d'albums en voie de disparition, de ces OVNI gigantesques qui ont fait la gloire des années 70, et on ne peut que féliciter Sel Balamir et ses comparses d'avoir persévéré dans un projet aussi ambitieux. Parce qu'à l'heure actuelle, aucune maison de disque n'aurait eu les couilles de soutenir un tel objet, et il est donc heureux que les trois hommes aient choisi la voie d'une totale indépendance. L'année 2011 démarre fort, c'est le moins qu'on puisse dire, et ce poulpe-là va vraiment être difficile à surpasser.

 

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