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Critique d'album

Algiers


Algiers


(02/06/2015 - Matador - Alternative / Indie - Genre : Pop Rock)
Produit par Tom Morris / Algiers

1- Remains / 2- Claudette / 3- And When You Fall / 4- Blood / 5- Old Girl / 6- Irony. Utility. Pretext. / 7- But She Was Not Flying / 8- Black Eunuch / 9- Games / 10- In Parallax / 11- untitled
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Renaissance de la protest song, évolution drastique du rock moderne: Algiers au sommet d'un nouvel art."
Etienne, le 25/11/2015
( mots)

Toute sortie discographique chez Matador vaut la peine qu'on se penche sur son cas. On évoquera bien sûr Kurt Vile, Savages, Pavement, Fucked Up ou encore plus gros, Interpol et les Queens Of The Stone Age. Alors quand vient Algiers, jeune formation d'Atlanta, on est clairement en droit de s'attendre à une belle découverte. Plus que cela, le trio mené par le charismatique Franklin James Fisher défriche la protest song pour délivrer une version moderniste du gospel, une revisite complète du rock et des expérimentations sonores raffinées. Ces multi-instrumentistes de grand talent se doublent d'hommes réfléchis et instruits, surtout pas réactionnaires et encore moins colériques. Le vent de révolte sourde qui parcourt Algiers sert d'autant plus le propos d'un disque quand celui-ci n'est pas le fruit d'une philosophie de comptoir, et ça Algiers l'a bien compris.


Aux antipodes de la non-chalance anglaise, les textes de Fisher sont impliqués, construits, et au placement tout bonnement irréprochable. Dès "Remains" le ton libertaire de ce premier album est donné, sans préambule, soutenu par des claquements de mains dans la pure tradition du blues afro-américain: "And the chained man sang in a sigh 'I feel like going home'", ne laissant planer aucun doute sur l'état d'esprit de Fisher et ses comparses. Bien sûr, au vu du caractère révolté assumé de l'album dans son intégralité, on s'attardera plus sur les mots que lors de n'importe quel autre album sorti cette année. Le pastoral "Old Girl" entonne une requête divine et obscure ("Oh Lord What the devil sees in them...") noyée dans une épaisse strate sonore où seule la voix de Fisher émane distinctement de ce séisme inquiétant. Bien plus apaisé, "Games" et son ironie brûlante mettent un point d'orgue à déranger, à rendre inconfortable l'écoute de ce morceau aux faux-airs de Radiohead, le plus doux de l'album. Comme pour Dylan en son temps, l'expression des souffrances endurées n'est pas qu'une simple question de décibels.


Pourtant, la révolution Algiers ne se cantonne pas à quelques vers dithyrambiques au sein d'une prose colérique évoquant le capitalisme autant que la religion. Les expérimentations sonores du groupe sont variées, teintées évidemment de blues notamment présent dans le lyrisme de Fisher, mais pas que. "Black Eunuch" voit l'ambiance s'électriser, le rythme s'accélérer, la basse s'adonner à une ligne au groove supersonique et la guitare, aux accords incisifs tranchants, délivrer un rock très apparenté à Bloc Party (et pour cause, Matt Long a été le batteur d'Algiers jusqu'au début de l'année 2015). Autre ambiance avec les incursions industrielles très marquées dans un"Irony. Utility. Pretext." aux allures de Nine Inch Nails rappelant également sans mal le Depeche Mode torturé de Music For The Masses. Fort d'une culture complète et d'un panel de sonorités des plus exhaustifs, Algiers frise le hip-hop avec "But She Was Not Flying" où les mots de Fisher percutent avec un fracas notoire les tympans les plus sages, qui s'enthousiasmeront des accords appuyés d'un bon vieux piano de saloon intercalé entre les deux seuls couplets du titre. Les constructions alambiquées, loin des standards d'une pop moderne accablante de prévisibilité, sont une des (nombreuses) singularités des américains qui exacerbent leur penchant destructeur dans un "Claudette" apocalyptique au crescendo oppressant. Si les rythmes sont toujours très épurés, les guitares sont frénétiquement éparses jusqu'à ce solo dantesque, tout en larsens et harmoniques massacrés pendant lequel on imagine avec peine la tension extrême que subissent les cordes du pauvre instrument, à peu près équivalente à celle émanant de ce titre magnifiquement inquiétant.


Cette maîtrise musicale des tentatives éclairées du groupe est d'autant plus appréciable qu'elles servent une ambiance gospel sombre et torturée, qui replonge l'Amérique dans ses heures les plus détestables.  Se refusant à toute polémique sur le contenu de ses textes, on ne peut s'empêcher de trouver en Algiers un côté prêche surexposé, quitte à en décevoir plus d'un. La surdose de voix additionnelles féminines utilisées à tort et à travers, les religieux à-coups manuels réguliers ou encore ces notes d'orgue envoyées avec vigueur par le chapelain Ryan Mahan sont autant d'aspects constituant la matière même d'Algiers que d'apostilles prosélytiques déplacées. On peut adhérer au côté pastoral d'Algiers comme le rebuter avec insistance, force est de reconnaitre que le trio surpasse la concurrence, notamment afro-américaine, dans le genre: Kravitz a beau prôner à tout va une "Black & White America", sa dégaine de rock-star ultra friquée dévalorise complètement son propos. Quant à Gary Clark Jr, si tout le monde voit en lui le futur du blues, la garçon a indéniablement besoin de cadrer ses intentions musicales pour pouvoir enfin illuminer ses textes. Algiers, lui, met tout le monde d'accord avec un "Blood" spirituel, chamanesque, qui envoûte graduellement et émeut avec des touches de guitares divines dispensées sporadiquement. On a beau essayer de se lasser, on boit les mots de Fisher tant ceux-ci sont angéliquement élevés à hauteur de paroles quasi-prophétiques. Un petit bémol malgré tout sur une fin d'album un peu facile voyant un "In Parallax" habité mais distant, précédant un morceau instrumental trop caricatural.


De toute évidence, la charge spirituelle puissante qui accompagne l'écoute de ce premier album éponyme d'Algiers ne doit pas soustraire les superbes qualités musicales qui le composent. L'homogénéité du disque lassera à coups sûrs mais il faut reconnaitre au groupe un équilibre subtil et fort rare entre sa musique enivrante et son propos invectivant. La modernité d'une telle oeuvre est particulièrement esbroufante car bien au-delà d'un simple constat musical, Algiers vient de redonner au rock cette intention contestataire qui ne lui avait pas aussi bien sied depuis fort longtemps...


Chansons conseillées: "Claudette", "Blood" et "Games"

Commentaires
Raphaelle, le 07/12/2015 à 14:12
Très particulier mais plutôt réussi !
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