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Oasis, what's the story ?


Maxime, le 25/10/2008

Des quartiers de Burnage aux matins de gloire (1991-1996)

Après Nirvana, Oasis est sûrement le groupe qui le plus dominé la planète rock pendant les années 90. Le combo anglais aligne une impressionnante collection de tubes, avec ces véritables hymnes que sont "Supersonic", "Live Forever", "Wonderwall" ou "Don’t Look Back In Anger". Avec plus de 50 millions d’albums vendus, 8 singles ayant décroché la première place dans les charts britanniques, une pluie de récompenses et des tournées combles sur tous les continents, Oasis résume en cinq lettres toute l’effervescence du mouvement britpop. Formation phare pour certains, ramassis minable de recycleurs du son sixties-seventies pour d’autres, le groupe n’a jamais fait l’unanimité mais s’est très vite trouvé les faveurs du grand public. Dérouler son histoire s’étalant sur presque deux décennies, c’est conter une aventure où se mêlent triomphe et arrogance, disputes et échecs, insultes et éloges, une carrière livrée à tous les excès par une bande dont les deux leaders n’avaient dés leurs débuts qu’un seul objectif : devenir des rock’n’roll stars.


Oasis est avant tout la création de deux frères sur laquelle l’aîné règne en despote absolu. Voilà pourquoi remonter aux origines du groupe nous amène à Manchester, et plus particulièrement dans sa banlieue sud : le quartier de Burnage. C’est ici que vit le modeste couple Gallagher, d’origine irlandaise. La famille compte trois garçons, parmi lesquels Noel l’aîné (né le 29 mai 1967) et Liam, de 5 ans son benjamin. Expulsé des bancs de l’école à quinze ans suite à une bagarre, Noel semblait condamné à une petite vie terne et précaire, mais il rêve d’un tout autre destin. Dés son enfance, il se passionne pour les Beatles, les Who, les Sex Pistols, les Stones, les Kinks, les Jam et les Smiths dont la découverte en concert sera pour lui un véritable choc. Pour son treizième anniversaire, son père lui offre une guitare et il commencera dès lors à composer, initiant son frère Liam à la pratique de l’instrument. En 1988, alors qu’il végète dans un emploi à la British Gas, Noel propose ses talents aux Inspiral Carpets, une des formations les plus connues de l’époque aux côtés des Stone Roses et des Happy Mondays. Mais on ne lui offre qu’un poste de roadie. Bien décidé à quitter sa banlieue grisâtre, il ne se fait pas prier et va goûter pendant 4 ans à toute la démesure qu’offre un groupe de rock lancé sur les routes. Entre deux chargements de matériel, Noel modèle son jeune répertoire, accompagné par Marc Coyle à la batterie, qui deviendra plus tard ingénieur du son pour Oasis.

Pendant que son frère sillonne les routes, Liam découvre les Stone Roses lors d’un concert au printemps 1990. Pour le jeune Gallagher, c’est une révélation : il sera chanteur de rock. Très vite, il rejoint le groupe The Rain composé de Paul Guigsy McGuigan à la basse, Paul Bonehead Arthurs et Tony McCarroll à la batterie. Liam rebaptise la formation Oasis, sans qu’on sache précisément si le nom provient d’une boutique de lingerie féminine que contemplait souvent le chanteur, s’il était inspiré par le nom d’une salle de concert, le Swindon Oasis, ou s’il était tiré d’une affiche des Inspiral Carpets. Entre deux tournées, Noel assiste pour la première fois à un concert du groupe de son cadet le 18 août 1991. Le verdict est sans appel : les morceaux sont nuls, mais les musiciens ont du talent. Pour lui, The Rain est le véhicule parfait pour enfin jouer ses compositions au reste du monde. Bille en tête, il propose de prendre la tête du groupe en déclarant : "Ou bien vous me laissez écrire les chansons et on prend le chemin de la gloire ou bien vous restez ici à Manchester le reste de votre vie comme de tristes cons". Une interprétation de "Live Forever" sera sa carte d’entrée. Deux mois plus tard, Oasis donne sa première représentation, le 19 octobre, avec son nouveau line-up.


Très vite, le groupe enregistre une première démo de 8 titres et commence à démarcher les labels, notamment le mythique Factory Records qui abrite entre autres Joy Division, New Order ou Happy Mondays, mais aucun professionnel ne leur porte attention. Alors qu’il se fait renvoyer des Inspiral Carpets pour abus de drogues, Noel investit toute son énergie sur ses musiciens et les contraint à répéter d’arrache-pied. Devant le mépris de l’industrie du disque, Oasis est bien décidé à se donner la chance qu’on refuse de lui donner. Ayant appris que le manager du célèbre label Creation Records, Alan McGee, a prévu de se rendre au concert que donne une de ses dernières signatures le 31 mars 1993, la bande s’impose comme première partie, menaçant de tout casser si on ne les laisse pas jouer. McGee tombe immédiatement sous le charme et signe la bande le 22 octobre pour un contrat de cinq disques.

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Dès lors, le groupe va enchaîner les dates pour se faire connaître et se voit présenté à la presse début 1994. Aidé par le charisme de Liam, dont la posture scénique (mains derrière le dos, cou tendu vers le micro) aimante tous les regards, le groupe devient rapidement la nouvelle coqueluche du moment et sa côte grimpe en flèche. La brutalité et l’arrogance des frères Gallagher captivent le public et les journalistes, tandis qu’ils se voient adoubés par leurs pères spirituels et leurs compagnons de route tels que Johnny Marr, ex guitariste des Smiths, Paul Weller, ex chanteur des Jam, Ian Brown des Stone Roses ou encore Richard Ashcroft de The Verve avec lequel la bande va quelques fois partager l’affiche. Maintenir l’attention des médias, c’est bien. Mais il faut donner du grain à moudre aux premiers fans. Les premières semaines de janvier sont ainsi consacrées à l’ébauche du premier album, et tournent rapidement au désastre. Noel épuise de nombreux producteurs venus s’atteler à la tâche en imposant une surexposition des guitares noyant la rythmique et le chant. Pour s’aérer l’esprit et promouvoir le groupe hors des frontières de l’Angleterre, Oasis prévoit un concert à Amsterdam le 18 février. Mais Liam et Guigsy déclenchent une bagarre pendant le voyage en ferry et la troupe se fait expulser des Pays Bas avant d’y avoir posé le moindre pied. L’enregistrement se poursuit alors. Après que Dave Batchelor, ex-roadie des Inspiral Carpets ait déclaré forfait, Noel jette son dévolu sur son vieux complice Marc Coyle ainsi que sur un jeune ingénieur du son, Owen Morris. Avec Coyle et Morris aux manettes, le groupe s’enferme au studio Sawmills situé en Cornouailles en mars et avril. Morris parvient à dompter l’aîné Gallagher en façonnant une technique de production inédite visant à se rapprocher du son live qu’il nomme le Brick Walling. Préservant les guitares amples de Noel et le chant puissant de Liam, Morris parvient à faire sonner Oasis comme jamais.


Alors que le groupe peaufine encore son opus en studio, l’heure est venue de livrer un premier single. Ce sera "Supersonic", publié le 11 avril, qui rentre directement à la première place sur les listes indépendantes et à la 31ème sur les listes globales. Face à cet accueil enthousiaste, le simple "Shakermaker" lui emboîte le pas le 13 juin, et fait encore mieux : premier sur les listes indépendantes, 11ème sur les listes globales. La bande fait alors un passage remarqué à l’émission culte Top Of The Pops. Le nom Oasis circule avec un écho grandissant dans le grand public et lorsqu’il se produit triomphalement au festival de Glastonbury au début de l’été, tout le monde se met à attendre l’album avec ferveur. Les Mancuniens enfoncent le clou avec "Live Forever" qui sort le 8 août et se classe à la première et neuvième places des listes indépendantes et globales. Les pré-commandes pour l’album dépassent toutes les espérances en atteignant les 100 000 copies. La sortie de Definitely Maybe est un véritable raz de marée : 150 000 exemplaires sont écoulés en 3 jours, le disque pulvérise les records en devenant à l’époque le premier album le plus vendu de l’histoire musicale britannique. Avec ses singles imparables, ses mélodies accrocheuses, le chant gouailleur de Liam, Definitely Maybe devient un classique instantané, soutenu par une presse dithyrambique et une ferveur populaire telle qu’on en avait rarement vu depuis les Beatles. Alors que le grunge amorce un déclin brutal suite au suicide de Kurt Cobain, Oasis remet l’Angleterre sur l’échiquier musical mondial. Une nouvelle ère commence : la britpop. Les frères Gallagher en sont les princes. Le succès d’Oasis donne un coup de fouet à la carrière de certains groupes nationaux comme Blur, Pulp, Suede, Primal Scream, The Verve, tout en permettant l’émergence de nouveaux groupes comme Supergrass, Elastica, Cornershop, Ash ou encore Kula Shaker.


L’Europe succombe rapidement aux chansons des Mancuniens, reste à s’exporter en dehors du vieux continent. Le Japon s’enthousiasme immédiatement pour le groupe : l’intégralité des billets de la tournée s’arrachent en moins d’une journée. Enivré par ce triomphe qui le conforte dans son arrogance, Oasis se lance dans la conquête des Etats-Unis fin septembre en criant déjà victoire. Mais l’Amérique se fera prier. Les frères Gallagher redescendent de leur petit nuage lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils ne sont pas attendus comme les nouveaux messies Outre-Atlantique. Ils devront faire leurs preuves. La presse ne cesse de tourner en dérision leur orgueil démesuré, et la branche américaine de Sony, qui s’occupe de leur promotion, les traite avec indifférence. Echaudés par cette expérience, les musiciens sont maussades, les insultes et les bagarres se multiplient et la tension se met rapidement à monter. Elle atteint son point maximum au légendaire club du Whiskey A Go-Go, pourtant le tremplin idéal pour mettre le groupe sur orbite au pays de l’Oncle Sam. D’humeur massacrante, la bande envoie la presse sur les orties, avant de livrer une performance chaotique : Liam se met à insulter le public avant de se battre avec son frère lequel, excédé, quitte la scène en plein concert. Lassé de devoir composer avec les frasques de ses camarades, Noel déchire son passeport, dérobe les recettes des concerts et quitte Los Angeles avec 15 grammes de cocaïne, laissant le groupe sans aucunes nouvelles pendant plusieurs jours. 4 dates sont annulées et le management londonien s’affole. Oasis se retrouve aux bords de l’implosion.

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Noel change pourtant rapidement d’avis. Alors qu’il est sur le point de rentrer chez lui, il remarque que les prochains concerts anglais d’Oasis sont d’ores et déjà complets et que le single "Cigarettes & Alcohol" caracole en septième place des charts. Remis en confiance par une fan, il occupe sa courte retraite en composant deux nouvelles chansons, dont l’acoustique "Talk Tonight", qui figurera en face B sur le single "Some Might Say". Décidé à ne pas laisser tomber ses admirateurs, le compositeur consent à donner une seconde chance à ses troupes, au prix d’une ferme mise au point. Noel réintègre alors Oasis pour honorer la fin de la tournée, mais l’animosité est loin d’être retombée entre les membres alors qu’ils se distinguent lors de différentes remises de prix une fois rentrés en Angleterre. Noel se verrait bien terminer l’année sur un numéro un grâce au titre "Whatever", non inclus sur l’album, qu’il avait écrit deux ans plus tôt. Il devra se contenter de la troisième place, derrière East 17 et Mariah Carey. "Whatever" consolide pourtant un peu plus le succès du groupe. L’année 1994, qui l’avait vu exploser à la face du monde, laisse Oasis sur les rotules avec plus de 120 concerts donnés et de multiples abus de drogue et d’alcool. L’échec de l’épisode américain avait montré qu’il fallait encore persévérer pour conquérir la planète entière. 1994 était l’année de la révélation, 1995 sera celle de la consécration.


Oasis passe les premières semaines de 1995 à tenter de reprendre quelques forces et de peaufiner sa stratégie de conquête mondiale. Bien décidé à tirer un trait sur l’échec de l’épisode américain, le manager Marcus Russell convainc le groupe de retenter l’expérience en se concentrant plus sur les concerts que sur la presse, afin de se forger une réputation scénique pour toucher directement le public. Sur cette lancée, le second passage des Mancuniens en terres américaines se passe mieux que l’année précédente, et Definitely Maybe fait une entrée à la 75ème place des meilleures ventes d’albums. De retour en Angleterre, Oasis remporta le trophée du meilleur nouveau groupe aux Brit Awards, même s’il reste encore éclipsé par Blur qui collecte quatre prix lors de la soirée. Noel Gallagher a déjà prévu la suite, et présente le nouveau single qui paraîtra sur le prochain album. Il s’agit de "Some Might Say", enregistré quelques jours plus tard au Pays de Galles. Pour promouvoir la chanson, le groupe entreprend une petite tournée de 3 dates à la mi-avril, débutant par son premier concert anglais de l’année à Southend en vue de l’enregistrement de la vidéo Live By The Sea. Les tensions apparues quelques mois auparavant n’ont pas disparues pour autant. Liam se plaint d’être constamment écarté du processus créatif du groupe, Noel peste contre les fréquentes incartades de son frère et des autres membres. Bientôt, c’est le batteur Tony McCarrol qui pose problème. Son jeu est considéré insuffisant pour épauler décemment le génie des compositions de Noel, et une dispute couve depuis quelques temps déjà avec Liam. Les deux hommes en viennent finalement aux mains après le concert du 20 avril au Bataclan de Paris. Personne ne prend le parti de McCarrol, et surtout pas Noel, qui, plutôt que de désamorcer la bagarre, préfère s’isoler dans sa chambre écrire une nouvelle chanson, inspiré par un vers de John Lennon entendu sur une bande pirate. "Don’t Look Back In Anger" voit ainsi le jour. L’avenir de McCarrol semblait déjà scellé depuis plusieurs mois, son affrontement avec Liam fournit le prétexte idéal pour le débarquer. Fin avril, alors qu’Oasis obtient enfin la première place dans les charts avec "Some Might Say", McCarrol est officiellement remercié par le groupe. C’est la fin d’une époque.

Oasis ayant prévu d’enregistrer son nouvel opus dans quelques mois, il faut très vite se mettre à la recherche d’un nouveau batteur. Sur les conseils de Paul Weller, Noel s’adresse à Alan White, le frère du batteur de l’ancien Jam, Steve White. Une rapide audition suffit à l’affaire, l’homme est doué et encaisse bien l’alcool. Quelques jours après sa première entrevue, il accompagne le groupe en tant que nouveau batteur officiel lors de son passage à Top Of The Pops. Puis le groupe prend ses quartiers au studio Rockfield basé au Pays de Galles pour y donner naissance au futur (What’s The Story) Morning Glory ? La majeure partie du disque est déjà prête dans la tête de Noel. Comme à son habitude, il consacre les premiers jours de studio à présenter ses compositions à la guitare acoustique aux autres musiciens pour qu’ils apprennent leurs parties respectives. Tout le monde est impressionné par le potentiel que renferme cette nouvelle batterie de chansons. Bonehead fond en larmes en découvrant "Champagne Supernova". Bien que couvert d’éloges, Oasis conserve encore à l’époque son esprit de conquête. Owen Morris est à nouveau de la partie, et prête sa science du compromis et de l’efficacité aux Mancuniens. Dans cette ambiance festive mais studieuse, un titre est bouclé par jour, si bien qu’en moins de deux semaines, le disque est quasiment enregistré. Mais c’est sans compter sur le tempérament de Hooligans des frères Gallagher… Alors qu’il passe une nuit au studio écouter des prises de son, Noel découvre que Liam donne une énorme fête dans les lieux. Furieux, il voit des inconnus manipuler ses guitares fétiches. Son sang ne fait qu’un tour et une violente altercation s’en suit entre les frangins, chacun s’expliquant à coups de batte de cricket. Liam finit dans le plâtre et Noel part calmer ses nerfs pendant une semaine loin du studio. Quand il retrouve le reste de la bande, il exhorte ses musiciens à ne pas gâcher l’énorme succès qui leur tend les bras. Cette petite mise au point effectuée, l’album est masterisé aux célèbres studios Abbey Road et le groupe se prépare à accomplir quelques concerts estivaux pour le présenter au public.

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La première étape de cette tournée s’effectue au festival de Glastonbury, plate-forme des plus appropriées pour célébrer la gloire montante d’Oasis. Le groupe s’acquittera de la tâche à sa manière. Devant une audience de 100 000 personnes, un Liam passablement imbibé demande au public de monter se battre sur scène dès le deuxième morceau. Puis un spectateur mécontent tente d’envoyer deux douzaines d’œufs sur scène, mais aucun projectile n’atteint sa cible. Le spectacle continue dans les loges. Présent sur les lieux, Robbie Williams, qui fait encore partie du boysband Take That, ne quitte plus le Gallagher d’une semelle. Les deux chanteurs s’entendent comme larrons en foire et bientôt Liam fait plonger son nouveau compagnon dans la spirale de la débauche. La presse tabloïd présentera le lendemain en une des photos de Williams sur lesquelles on le voit en train de boire et de fumer un joint. Ulcéré, le management de Take That le renverra du groupe quelques jours plus tard, ce qui sera vécu par lui comme une véritable libération.

Dans le tumultueux quotidien d’Oasis, Glastonbury ne serait qu’un épisode comme un autre s’il ne marquait le point culminant de ce que la presse musicale nomma The Battle Of Britpop. Depuis quelques temps déjà, des magazines comme le Melody Maker, Q ou le NME manifestaient le désir de confronter la bande des Gallagher à Blur, le groupe phare de la britpop de l’époque, installé dans le paysage anglais avant Oasis avec le succès de son deuxième album, Modern Life Is Rubbish. Pour les hebdomadaires britanniques, la guerre entre Blur et Oasis tombe sous le sens. C’est le match entre la pop délurée de Parklife et la vision rock’n’roll plus étroite de Definitely Maybe, Londres contre la province, la middle class contre la working class. Par bêtise autant que par opportunisme, les deux groupes vont foncer tête baissée dans cette bataille verbale en multipliant les insultes, pour le plus grand bonheur de la presse qui n’en attendait pas tant. Les choses n’avaient pourtant pas si mal commencées : lorsque Blur avait ravi à Oasis le prix du meilleur groupe de l’année, Liam avait reconnu lui-même que les deux groupes méritaient cette récompense. Mais les choses se sont très vite envenimées. Quelques semaines plus tard, le Mancunien se bagarra avec le guitariste Graham Coxon dans un pub. Le benjamin Gallagher refusa alors de se faire photographier en compagnie de Damon Albarn pour la couverture du NME. Le magazine ne cessa ensuite de dégrader les rapports entre les deux groupes à coups de petits articles assassins. C’est dans ce contexte, quelques heures après sa performance de Glastonbury, qu’un Noel Gallagher totalement noyé dans l’alcool livre une interview qui va mettre le feu aux poudres. Pressé par une journaliste de The Observer de livrer son avis sur Blur, il déclare : "J’aime bien le guitariste, et on m’a dit que le batteur était un mec bien. Quant au bassiste et au chanteur, j’espère qu’ils choperont tous les deux le Sida et qu’ils en crèveront, je peux pas les voir." Cette déclaration déclenche un torrent de protestations de la part des associations lancées dans la lutte contre la maladie. Noel Gallagher présentera rapidement ses excuses, mais le mal est déjà fait, et le feu qui couvait entre les deux formations devient un véritable brasier.


Désormais présentés comme rivaux officiels, Blur et Oasis se livrent une querelle perpétuelle qui déborde des colonnes des journaux pour atterrir dans les charts. En effet, le 14 août voit la sortie simultanée du nouveau single de l’écurie Gallagher, "Roll With It", et "Country House", le premier extrait du quatrième album de Blur prévu pour septembre, The Great Escape. Excitant tous les paris, l’évènement fit même la une du journal télévisé, chacun se demandant qui finirait numéro un. C’est finalement Blur qui remporta la bataille, son morceau devançant celui d’Oasis de quelques dizaines de milliers d’exemplaires dans les têtes de ventes. Du côté des Mancuniens, on explique cette défaite par le fait que le single de Blur était disponible en deux éditions avec des morceaux inédits distincts, ce qui aurait poussé les fans à l’acheter en plusieurs exemplaires et ainsi gonfler artificiellement les chiffres. Quoiqu’il en soit, les Gallagher apprécient de moins en moins de se faire voler la vedette par la bande de Damon Albarn. Découvrant "Roll With It" par le biais du DJ de radio Chris Evans, celui-ci se met à chanter par-dessus une chanson de Status Quo, groupe de boogie anglais réputé pour être écouté par les beaufs, surnommant alors ses ennemis Quoasis. Les Gallagher répliquent alors en imprimant des T-shirts à l’effigie de ce pseudonyme. L’animosité entre Oasis et Blur reprend de plus belle lorsque Blur décide de donner un concert à Bournemouth le même soir qu’Oasis, juste en face de l’International Centre où les Mancuniens devaient se produire. Résolu à ne pas provoquer d’émeute entre les fans de deux formations, Oasis reporta sa tournée anglaise. Dans le camp Gallagher, on était sûr que cette bataille serait réglée une fois pour toutes par la sortie de (What’s The Story) Morning Glory ?

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Le marathon promotionnel s’intensifie pour Oasis alors que son deuxième album doit bientôt débarquer dans les bacs. Le groupe entreprend une rapide tournée au Japon puis retourne sur le continent européen. Paris sera le théâtre d’une nouvelle flambée de violence. Tout auréolé par sa gloire montante et enivré par l’alcool qu’il ingère par jets continus, Liam ne supporte pas de se faire voler la vedette par le comédien Eddie Izzard en compagnie duquel il livre une interview pour une radio parisienne. Il quitte le studio et se fait cogner dessus par le Tour Manager Ian Robertson. Loin d’avoir son compte, il décide ensuite de s’en prendre verbalement à Guigsy. Déjà épuisé par de longs mois de tournées incessantes et de frasques ininterrompues, le discret bassiste considère que c’en est trop, et laisse le groupe en plan pour retourner à Londres. Officiellement, le groupe décrète un "épuisement nerveux momentané". Oasis débauche alors Scott McLeod des Ya-Ya’s pour remplacer Guigsy en attendant qu’il recharge ses batteries. Nous sommes alors à la fin septembre, et les critiques, qui ont reçu l’album en avant-première, publient des chroniques tièdes, reprochant à ce nouveau disque de ne pas avoir la morgue et l’énergie de Definitely Maybe. Mais ces reproches sont bien vite balayés par le formidable accueil que reçoit le disque auprès du public dès sa sortie, le 2 octobre. En une semaine, il s’écoula à 346 000 exemplaires, et ne fut qu’à 4000 unités du record absolu détenu par le Bad de Mickael Jackson. A la fin de l’année, presque deux millions de copies ont trouvé acquéreur, rien que sur le marché britannique. Oasis était jusqu’ici un phénomène principalement anglais. Cette fois-ci, porté par ces véritables hymnes que sont "Wonderwall" et "Don’t Look Back In Anger", le groupe caracole en tête des charts du monde entier. Au Etats-Unis, le single "Wonderwall" s’installe à la huitième place, ce qui restera le meilleur score de toute la carrière de la formation dans ce pays. Certains états sont même pris de court et demandent à Sony de represser des exemplaires, tout le stock ayant été vendu en une poignée de semaines. Cumulant aujourd’hui plus de 20 millions de copies écoulées à travers le monde, (What’s The Story) Morning Glory ? est le troisième album britannique le plus vendu de tous les temps, derrière le Greatest Hits de Queen et le Sgt. Pepper’s des Beatles. Alors qu’il n’était qu’en sensation anglaise comme une autre il y a à peine deux ans, Oasis domine de main de maître sur la planète entière. Commence alors le règne éphémère de l’Oasismania.


Tandis que les 6 singles de l’album tournent en boucle à la radio et que MTV matraque leurs clips, les Mancuniens ne se produisent désormais que dans des stades, remplissant Earls Court, la plus grande salle d’Europe, pour deux soirs à une vitesse phénoménale. 40 000 tickets s’arrachent en quelques heures. Le groupe refuse des premières parties prestigieuses, et affiche comble partout où il se produit. En signe de récompense, Alan McGee offre à Noel une Rolls Royce flambant neuve alors qu’il n’a même pas son permis de conduire, ce qui déclenche la colère de Liam, frustré de n’avoir reçu qu’une guitare. L’année s’achève sur le triomphe absolu de la fratrie Gallagher.

L’année 1996 voit Oasis récolter les fruits de son labeur, les disques de platine s’empilant à un rythme effréné. Guigsy a réintégré les troupes, profitant du départ brutal de McLeod en pleine tournée américaine, une décision que le bassiste regrettera ensuite amèrement. Le succès de la formation est tel que deux tribute band font leur apparition, The Gallaghers et No Way Sis, tous deux approuvés par le groupe. Les premières cérémonies arrivent, et Oasis reçoit logiquement une pluie de récompenses, raflant quatre prix aux NME Awards. Aux Brit Awards, là où se gagnent les récompenses les plus prestigieuses, les Mancuniens remportent les prix de meilleur groupe, meilleur album, et meilleur clip (pour "Wonderwall"). Lors de la cérémonie, ils savourent leur victoire avec leur insolence proverbiale. Déclarant quelques jours auparavant ne pas être intéressés, ils arrivent en retard, boivent plus que de raison, et s’accrochent avec la maître de cérémonie Chris Evans ainsi qu’avec le chanteur d’INXS, Michael Hutchence, avec lequel ils manquent de se battre. Savourant sa revanche prise sur Blur, Oasis vient récolter son trophée en chantant le refrain de "Parklife" qu’ils rebaptisent Shitlife, avant d’inciter les spectateurs à voter pour Tony Blair. Entre-temps, "Don’t Look Back In Anger" a déboulé sur les ondes et offre à Oasis le deuxième numéro un de sa carrière. Les mois suivant, le groupe se produit devant des foules toujours plus nombreuses en Amérique, en Asie et en Europe. Oasis termine sa tournée avec deux dates mythiques dans le stade de l’équipe de Manchester City les 27 et 28 avril devant 80 000 fidèles, puis entreprend une pause de quelques semaines, chacun profitant de sa famille, Noel avec sa compagne Meg Matthews, Liam avec l’actrice Patsy Kensit qu’il avait rencontré une année auparavant.

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Lorsqu’Oasis retrouve les chemins des planches en plein été 96, c’est pour une nouvelle fois affoler les compteurs en battant tous les records de prévente pour ses deux concerts à Knebworth, les 10 et 11 août, où il se produit devant 250 000 spectateurs. L’Oasismania atteint là son zénith. Car très vite, le groupe va payer la rançon de la gloire. Deux semaines plus tard, Liam annule sa prestation au prestigieux Royal Albert Hall de Londres en vue de l’enregistrement d’un MTV Unplugged, prétextant une angine. Noel assure le chant durant tout le concert sous les quolibets de son frère installé au balcon, et les médias commencent à parler de séparation. Début septembre, après un début de tournée américaine chaotique qui voit Liam de nouveau absent, les musiciens s’expliquent à coups de poings dans un hôtel de Charlotte. Au final, la tournée, comprenant des dates en Europe et en Australie, est annulée. Noel rentre brusquement au Royaume-Uni sans le reste du groupe qu'il annonce fini. Fidèle à son habitude, il se ravise quelques semaines plus tard pour annoncer qu’il investit le studio Abbey Road avec le reste de la formation à partir du 7 octobre pour enregistrer un nouvel album.

Si rétrospectivement le management avouera qu’il aurait fallu que le groupe se repose un peu avant d’entrer en studio, personne ne songe sur le moment à prendre du recul. Les musiciens ne se rendent pas compte que l’accumulation de la fatigue, des excès et des bagarres les a beaucoup fragilisés. Noel dispose de plusieurs chansons déjà écrites qu’il trouve absolument géniales, comme "All Around The World", "Fade In Out", "Stand By Me" ou encore "My Big Mouth" et "It’s Getting Better (Man !!)" que le groupe a joués en public tout au long de l’été. Enivrés par leur succès tonitruant, les Mancuniens ne touchent plus terre et s’absorbent dans une consommation industrielle de cocaïne, tandis que le studio est envahi par une horde de parasites et de courtisans vivant à leurs crochets. De nouveau à la barre, le producteur Owen Morris n’arrive pas à raisonner ses troupes. Lui qui avait autrefois réussi à obtenir des compromis auprès de Noel constate avec douleur que ce dernier ne l’écoute plus. Les sessions d’enregistrement sont totalement calamiteuses, rien de bon n’en sort. Pour échapper à la presse tabloïd qui les harcèle, les musiciens déménagent à la campagne, dans le Ridge Farm Studio à partir du 11 novembre. Mais le calme de la province n’y fait rien. Les couches d’instruments s’accumulent, et le son d’Oasis perd son légendaire équilibre entre les parties de guitare, la rythmique et le chant. Owen Morris désavouera peu après publiquement son travail. Venu rendre quelques visites à ses protégés, Alan McGee pâlit en mesurant l’ampleur du désastre. Sans le savoir, le groupe vivait les derniers mois de l’Oasismania.

par Maxime
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Album de la semaine

The Killers


Pressure Machine


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Pressure Machine est à l’opposé d’une production grandiloquente bâtie pour partir à la conquête des ondes FM ou des stades. Le dernier album de The Killers se veut contemplatif et raffiné. Un disque délicat qui, comme souvent dans ce genre de concept, comporte quelques lacunes que nous allons évacuer d’emblée avec le titre “Desperate Things” et sa lenteur agrippante qui enferme l’auditeur dans une mélodie pompeuse dont l’auditeur n’arrivera jamais à se défaire, un passage fait de larsen finit d’anéantir tout espoir de trouver une étincelle et ce morceau constitue le seul véritable loupé de l’album. 

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