
Weedpecker
V
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Au XXIème siècle, la Pologne a définitivement atteint le statut de place centrale dans la géographie des musiques saturées, une position à laquelle il lui était difficile de prétendre avant la chute du Rideau de fer. Certes, le retard commençait à être rattrapé dès les années 1990, mais l’accomplissement mit du temps à advenir. D’un côté, le succès des groupes de rock ou de Metal étrangers et la vitalité du spectacle vivant ont fini par faire de la Pologne un pays incontournable des tournées ; de l’autre, des formations nationales ont investi l’ensemble des sous-genres depuis le Metal extrême (très en vogue là-bas) jusqu’au rock revival ou au stoner.
En ce qui concerne ce dernier, une des figures de proue de la scène polonaise est Weedpecker, un quintet formé en 2012 qui dispose déjà d’une discographie riche de cinq albums à cette date. Ainsi, il ne faudrait pas s’arrêter à un nom qui pourrait prêter à sourire du fait d’un jeu de mots célébrant la consommation de chanvre commun, car Weedpecker parvient habilement à renouveler son esthétique à chaque nouvelle production quand bien même le stoner serait un style aux caractéristiques assez bornées. Ainsi, III se voulait plus atmosphérique, IV plus agressif et V joue sur l’éclectisme avec une touche progressive.
En témoigne le choix d’ouvrir l’album sur deux minutes d’introduction planante à la Tangerine Dream, à laquelle succède "Fading Whispers", un premier titre de onze minutes qui, après quelques notes éparses, articule à merveille les aspérités stoner (dont le chant éthéré) avec des arrangements plus lumineux et complexes, et une vraie richesse dans son économie interne – guitare acoustique aux développements raffinés, riffs alambiqués proches du sludge, claviers vintage, dimension space-rock dans une montée en puissance vibrante. En outre, le titre tient très bien la longueur, de même qu’"Ash", qui commence par une introduction lancinante, quasi floydienne, avant d’entrer dans une dynamique franchement Heavy avec de bons développements de guitare dans les soli ou dans les variations très bien architecturées.
La tonalité progressive se manifeste aussi dans la diversité du propos : "In the Dark We Shine" est un bel intermède planant et (smooth)-jazzy, avec un beau solo hispanisant et une ambiance apaisée qu’on retrouve dans une direction plus prog’ 70s sur "The Last Summer of Youth". Ici, les claviers retro se mêlent aux touches hindoustanis, tandis que le final est presque yessien. Les claviers font aussi la richesse de "Mirrors", un morceau beaucoup plus classique et rentre-dedans, et ce d’une façon tantôt pastorale, tantôt puissante.
Avec son cinquième opus, Weedpecker offre donc au public un stoner intelligent et exigeant, au point de (peut-être) signer son meilleur album, brillamment porté sur scène d’ailleurs. Un porte-drapeau remarquable pour la Pologne sur le terrain des musiques saturées.
À écouter : "Fading Whispers", "Ash"
















