
Vale Of Pnath
II
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1- Blacker Than / 2- A Nightmare Phantasm / 3- Klendathu / 4- The Horror In Clay / 5- Reaver / 6- Heart Of Darkness / 7- The Serpent's Liar / 8- Unburied


Un paysage onirique
Il y a dans toute exploration une part de chance, de hasard ; ce moment où l'on accoste un rivage sans l'avoir cherché, et où l'horizon qu'on croyait familier se révèle soudain vertigineux. Voguant au fil des courants stylistique du metal, mon navire s'arrimait à Between The World Of Life And Death, quatrième album des Américains de Vale Of Pnath, paru en 2024. Le blackened-death que le quartet du Colorado y déployait : tempête noire, charge épique, densité souveraine ; n'avait a priori que peu à voir avec les contrées du death-technique. Mais quelque chose dans cette puissance, la réussite générale de l'opus m'incita à remonter la discographie des Etasuniens jusqu'à sa source.
Le navire frappa alors de manière brutale et frontale la côte d'une nouvelle terre : ce disque sorti en 2016, sobrement nommé II. Une sobriété qui s'oppose radicalement au paysage dans lequel je me retrouve projeté. Plutôt qu'un vaste terrain à l'horizon dégagé invitant à l'avancée progressive, c'est une forêt dense et labyrinthique qui se referme aussitôt sur l'auditeur, remettant à plat ses repères les plus élémentaires. La démesure comme maître-mot, la célérité comme mantra. "The Serpent's Lair" rassemble bon nombre des caractéristiques du death-technique et permet de tracer les premières lignes côtières du territoire. Sa radicalité, d'abord : la démesure technique se paie au prix d'une impénétrabilité évidente, faite de blast-beats et de growls infinis mis au service d'une démonstration instrumentale placée au premier plan ; une revendication esthétique en soi. Un régal pour les chercheurs en physique instrumentale, où la basse charismatique et architecturale, construit de véritables cathédrales de sons sur lesquelles les guitares déroulent des lignes d'une richesse presque insondables, dont les possibilités de création semblent ici aussi vastes qu'une somme de gouttes d'eau contenues dans l'océan.
II de Vale Of Pnath possède néanmoins deux caractéristiques propres qui lui confèrent des allures de porte d'entrée idoine dans le registre. La première est sa générosité mélodique. Au cœur de l'averse technique, des éclairs mélodiques s'empare des compositions pour y imprimer une empreinte durable. Le solo de "The Serpent's Lair" et la conclusion lumineuse, presque psychédélique, de "Unburried" forment autant de respirations qui ancrent l'album dans la mémoire au-delà de la seule prouesse instrumentale.
Le disque capte également par sa diversité. Vale Of Pnath n'hésite pas à fragmenter son death-technique par des incursions stylistiques inattendues. "Blacker Than" en convoque une qui nous accompagnera tout au long de l'exploration de ces terres, avec ses arabesques issues flamenco. L'album appuie son immersion onirique à grands coups d'orgue sur "Heart Of Darkness". Plus loin, il partage des inspirations issues de la musique classique. Death-technique et musique classique qui se placent aux antipodes de la brutalité mais semblent partager une ambition commune. C'est ainsi que "Klendathu", avec son piano suivi d'un riff éclatant, constitue une authentique révélation. Puis le paysage alors se teinte de noir et d'or prenant des allures de cauchemar séduisant sur "Horror In Clay" avant de s'enfoncer dans un onirisme obscur pleinement assumé jusque dans l'appellation explication du titre "A Nightmare Phantasm".
Ainsi réside l'identité profonde de II : dans ce dialogue constant entre la brutalité la plus frontale et une sensibilité mélodique et atmosphérique rare pour le genre. Un hommage implicite à H.P. Lovecraft, dont Vale Of Pnath a emprunté le nom, capable de faire coexister l'horreur indicible et la beauté troublante.
Si une formation comme Obscura s'impose peut-être comme une porte d'entrée plus évidente pour qui souhaite explorer les territoires du death-technique, II en constitue une entrée dérobée, plus abrupte mais aussi plus révélatrice. Celle qui, d'emblée, expose la radicalité du registre tout en laissant entrevoir ce qu'il peut contenir de grâce.
A écouter : "Klendathu" ; "Blacker Than" ; "Unburied".

















