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Critique d'album

Peter Doherty & Frédéric Lô


The Fantasy Life Of Poetry & Crime


(18/03/2022 - Water Music and Strap Originals - Acoustique - Genre : Chanson / Folk)
Produit par Frédéric Lô

1- The Fantasy Life Of Poetry & Crime / 2- The Epidemiologist / 3- The Ballad Of / 4- You Can't Keep It From Me Forever / 5- Yes I Wear A Mask / 6- Rock & Roll Alchemy / 7- The Monster / 8- Invictus / 9- The Glassblower / 10- Keeping Me On File / 11- Abe Wassenstein / 12- Far From The Madding Crowd
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Si loin de la chute"
Julien, le 31/03/2022
( mots)

On avait laissé Peter Doherty en roue libre sur sa dernière production publiée en 2019 : l’album de ses Puta Madres transpirait la feignantise et la suffisance, tellement en dessous de tout au niveau technique qu’on approchait la catastrophe. Le dandy anglais est à l’opposé d’un maniaque de la composition et surtout de l’enregistrement, ces derniers efforts : l’éponyme Peter Doherty & The Puta Madres donc et Hamburg Demonstrations en font la démonstration. Sa musique a besoin d’un architecte pour faire jaillir le charme de “l’à peu près dohertien”. Le producteur Stephane Street avait été celui du premier effort solitaire du britannique : le fabuleux Grace/Wastelands. Le poète d’Albion côtoie cette fois-ci un nouveau bâtisseur en la personne de Frederic Lô.


Le producteur, connu notamment pour son travail auprès de Daniel Darc, rencontre le chanteur de The Libertines pour lui proposer de reprendre le titre “Inutile et Hors d’Usage” de Darc dans le cadre d’une compilation hommage. Il n’en fallait pas plus pour flatter les tendances pathos de Doherty. Le temps passe et Lô revient vers ce dernier avec une composition originale qui fait pleurer le chanteur britannique. Les deux artistes s’accordent sur l’enregistrement d’un album avec une répartition des rôles bien précise : à Frederic Lô toute la charge créatrice dans la composition, à Doherty les textes et l’interprétation. Le deal parfait en somme. 


The Fantasy Life Of Poetry and Crime est conçu au propre comme au figuré au bord d’une falaise, à Etretat, là où vit désormais Peter Doherty, loin des abîmes de sa vie à l’époque des années The Libertines mais toujours en équilibre au-dessus de ses gouffres intérieurs. Le titre éponyme qui fait office d’ouverture de ce nouvel opus synthétise le propos musical de ce disque à la fois baroque, touchant et profondément mélancolique. La chanson “ The Fantasy Life Of Poetry and Crime” voit s’accorder la douceur vocale de Peter Doherty à l’efficace mélodie proposée par la guitare de Frederic Lô. Le temps n’est pas -pour l’instant- à l’approche minimaliste : la production du français laisse la part belle à l’intégration malicieuse des cuivres et cordes qui s’entremêlent gracieusement dans cette atmosphère nostalgique. Ces arrangements rappellent parfois le premier effort de The Last Shadow Puppets sur “The Ballad Of” au doux parfum venu d’un autre temps mais cette orchestration de facture assez classique reste cependant parfaitement en accord avec les intentions voulues par le duo franco-britannique. Les orientations choisies dans la réalisation brillent par leur capacité à faire appel à l’imaginaire de l’auditeur : ainsi l’introduction de “The Monster” qui parait tout droit sortie d’un animé signé Tim Burton. S’il fallait définitivement se convaincre du façonnage pointilleux et intelligent réalisé par le producteur français, arrêtons-nous sur “The Glassblower” qui renferme une délicieuse rupture dans la progression musicale distillée au clavecin


Frederic Lô ne s’est pas contenté d’illuminer ses compositions par de brillantes inspirations symphoniques, il conduit le dandy londonien vers des sphères plus minimaliste, aux traits fins, qui fonctionnent là aussi de très belle manière. Ainsi l’écrin purement acoustique laisse s’exprimer la dualité des émotions perçues entre la légèreté mélancolique de “Abe Wassenstein” et la caresse d’une rêverie positive avec “Keeping Me On File”. 


Les sentiers mélodiques du duo nous amènent également du côté de la pop imparable avec le savoureux titre “You Can’t Keep It From Me Forever”. Un style qui habille magnifiquement Peter Doherty et sur lequel sa voix, plus candide que jamais, fait des merveilles. Le chanteur anglais n’a jamais paru maitriser autant son éventail vocal : d’un bout à l’autre de l’album la fragilité perçue dans sa voix est d’une prenante sensibilité.  Le chant de Doherty, pas technicien pour un sou, marche très souvent sur un fil, au bord de la rupture, mais sans jamais basculer dans l’excès de maladresse. Côté texte, le poète d’Albion s’amuse métaphoriquement du réel sanitaire sur la troublante balade au piano “The Epidemiologist” ou encore avec “Yes I Wear A Mask” : “Yes I wear a mask inside, outside to hide all my crimes” (“Oui je porte un masque à l’intérieur, à l’extérieur afin de cacher tous mes crimes”). 


The Fantasy Life Of Poetry and Crime résonne définitivement comme une rencontre musicale des plus aboutie, démonstration de l’admiration réciproque des deux artistes. Conscient du gage qualitatif de leur collaboration, Peter Doherty & Frédéric Lô n’hésiteront pas à souligner leur symbiose musicale sur le titre “Rock & Roll Alchemy” (“It’s rock’n’roll alchemy. Oh you play so lovely” – “C’est une alchimie rock’n’roll. Et tu la joues tellement bien”). Si Peter Doherty reste bien ancré dans le registre mélancolique et un brin pathos qu’on lui connait, ces nouvelles compositions désintoxiquées lui apportent un nouvel élan plus que bienvenu dans une discographie disparate et qui commençait à dangereusement virer vers la médiocrité. Le travail du producteur français permet de hisser The Fantasy Life Of Poetry and Crime dans les très hautes sphères de la production “dohertienne”.

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