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Critique d'album

Marianne Faithfull


She Walks in Beauty


(30/04/2021 - - - Genre : Pop Rock)
Produit par

Note de /5
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Note de 2.5/5 pour cet album
"Ne nous privons pas de l’Altérité ni de ce qui nous emporte Haut, Très Haut dans le Ciel et Bien au-delà ! – Docteur Futurity "
Daniel, le 23/08/2021
( mots)

Petit conseil préalable : n’achetez pas ce disque si vous aimez le rock, si vous souffrez d’une once de cafard, si votre copain / copine vous a quitté(e) avant-hier ou si vous venez de marcher pieds nus sur un Lego abandonné dans la chambre de votre gamin(e).


Même si elle est souvent magnifique, la poésie romantique est une des pires infections qui puissent gangréner l’esprit humain. En comparaison, le Cthulhu de H.P. Lovecraft fait figure d’imitateur de Benny Hill. 


Mais que resterait-il de la culture s’il n’y avait pas ce courant de pensée(s) qui, siècle après siècle, balise fréquemment les modes en "revenant" comme une marée haute sur les plages de nos déprimes ? C’est là que se trouve le paradoxe.  


En choisissant de "déclamer" onze poèmes romantiques anglais (de six auteurs différents), Marianne Faithfull fait probablement aveu de son incapacité à encore chanter tout en réaffirmant sa volonté de prolonger le témoignage de son passage parmi nous (*). Marian Evelyn Gabriel, la plus belle dame de Londres au mitan des années soixante (presque suicidée à la fin de la même décennie), existe encore, mille ans plus tard. Dans un souffle un peu brûlé par la nicotine et avec de légers chuintements qui trahissent probablement le dur labeur d’un prothésiste dentaire fortuné… 


Personne n’aurait prêté une oreille aimable au même projet si la voix avait été celle de n’importe quelle autre vieille dame indigne. Mais ça fait forcément partie du chalenge. Il n’y avait – actuellement –   que Marianne Faithfull pour ressusciter Lord Byron, John Keate ou Percy Shelley et les « populariser » auprès d’un public qui les a oubliés ou qui, ailleurs qu’en Grande-Bretagne, en ignore complètement l’existence. 


En poésie romantique britannique, comme en poésie grecque antique, la scansion musicale est plus importante que les rimes. Chaque vers est habité par un rythme qui, par sa logique répétitive et mathématique (**), facilite son étude/apprentissage tout en imprimant une forme de "beat" lancinant à l’ouvrage. 


L’ensemble devient une expérience hypnotique, fascinante, anesthésiante et bienheureuse pour autant que l’on accepte que chaque texte évoque la mort, une mort, des morts, une agonie, un décès, un cadavre ou un suicide.  


Parce que la vie ne peut jamais être heureuse dans un pays dont le drapeau est tissé par des gouttes de pluie. 


C’est cette scansion "tristissime", portée par une voix cacochyme, qui rend l’ouvrage fascinant. 


Marianne Faithfull est ici accompagnée (dans le sens de l’accompagnement d’un cercueil) par Warren Ellis. Et Warren a forcément fait appel à son "patron", Nick Cave, pour le seconder. Les deux gaillards collaborent depuis plusieurs années. Malheureusement, Nick Cave, marqué par la mort sous LSD de son fils Arthur, est persuadé qu’il détient désormais le monopole de la tristesse universelle. Depuis le double album Ghosteen (2019) qui a renvoyé In The Wee Small Hours Of The Morning de Frank Sinatra (***) au rayon des musiques à guinguettes, Nick Cave est devenu le gardien officiel du "spleen". C’est sa mission. Il n’y a plus de jour, ni de nuit : rien qu’une procession de ténèbres, entre noir clair et noir foncé. Et s’il y en a un qui ose rire (ou esquisser un sourire), il se verra proposer une corde pour se pendre (****). 


Ce qui aurait pu être une aventure musicale et littéraire un peu triste mais majestueuse devient, chaque fois qu’un accord de clavier est plaqué en mode sinistre, plus pesant qu’une pierre tombale. 


Il y a néanmoins une vraie magie qui opère à certains moments comme, à titre exemple, dans la très longue suite finale "Lady Of Shalott" de Lord Tennyson (11 minutes et 47 secondes au compteur) qui évoque un épisode forcément déprimant de la légende des chevaliers de la table ronde. Cette histoire a, en 1888, inspiré une fabuleuse peinture préraphaélite (et désespérée) à John William. Chaque détail "photographique" du tableau est une pure merveille.  


Pour en revenir à nos moutons (noirs), il est probable que notre belle Marianne tire ici sa dernière révérence. A moins qu’elle ne pactise rapidement avec le conseiller cornu de Faust.  


Il est dommage qu’elle ait choisi de quitter notre univers dans le mo(n)de funèbre de Nick Cave alors que les textes qu’elle déclame présentent une inestimable qualité lyrique. 


Finalement – et même si tout est rédigé dans un anglais par nature fort emprunté et difficilement abordable –, la meilleure manière de rencontrer cet opus est peut-être de lire paisiblement ses textes à haute voix (le livret est magnifique et splendidement illustré).  


Lire debout, dans une semi-pénombre. Et dans le silence. Un silence sans Nick Cave. Parce, par bonheur, le silence après Nick Cave, c’est encore du Mozart. Et ça, c’est un indéniable signe d’espoir… 


Good bye, Marianne (comme chantait l’autre joyeux) !


 


 


* dans la foulée, elle a contracté la Covid et a peiné à s’en remettre.


** comme un Kraftwerk juvénile, mais privé d’électricité. 


*** le premier concept-album de l’histoire du vinyle (1955). 


**** le paradoxe n’est pas neuf : par exemple, "Je chante", une des chansons les plus joyeuses de Charles Trenet, est une ode au suicide par pendaison.

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