
ZZ Top
Deguello
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1- I Thank You / 2- She Loves My Automobile / 3- I'm Bad, I'm Nationwide / 4- A Fool for Your Stockings / 5- Manic Mechanic / 6- Dust My Broom / 7- Lowdown in the Street / 8- Hi Fi Mama / 9- Cheap Sunglasses / 10- Esther Be the One


Cette chronique était originellement prévue pour 2029, à l’occasion du cinquantenaire de Degüello, mais la disparition de Frank Beard le 17 août 2026 en a précipité la rédaction. Il s’agissait du dernier grand album du groupe qui n’avait pas été chroniqué sur Albumrock, si bien que ce choix s’est imposé comme une évidence lorsqu’il fallut rendre hommage au plus célèbre des batteurs texans.
Trois ans sans albums de ZZ Top, c’est un vide discographique jamais atteint dans les années 1970. Du jamais vu. Il est vrai que le groupe avait montré une légère baisse d’inspiration sur ses deux derniers opus, Fandango! (1975) et Tejas (1976), mais de belles compositions continuaient de parsemer ces productions fondamentalement habitées par la flamme du blues-rock nourrie par le vent désertique du Texas. Certes. Encore faut-il durer, et à cette fin, le trio infernal se pose les bonnes questions auxquelles Degüello d’abord, puis El Loco en 1981, viendront apporter des pistes de réponse d’où aboutira Eliminator en 1983. Le raisonnement est téléologique, nous le concédons, mais avouez que tout semblait tissé de fil blanc.
Certaines choses ne changent pas, en l’occurrence le choix d’un titre à la sonorité hispanique afin de rendre hommage à leurs racines texanes. Ici, Degüello évoque le cri de guerre de l’armée mexicaine lors de la Bataille de Fort Alamo (1836) dont l’issue – une victoire des colons américains opposés au centralisme mexicain – fut un épisode marquant de la Révolution texane. Mais des évolutions sont à noter, à commencer par le port des longues barbes devenues iconiques, si l’on exclut la pilosité plus mesurée du mal nommé Frank Beard.
Enfin, ZZ Top expérimente en voulant moderniser sa musique, tant et si bien que la syncope synthétique de "Manic Mechanic" situe le titre à la limite du rock progressif (à venir) du King Crimson des 80s. De même, on appréciera l’inventivité de la partie instrumentale de "Cheap Sunglasses", l’un des plus grands morceaux de l’histoire du groupe, dont le chorus se déploie dans une ambiance feutrée à la Steely Dan. Preuve d’un groupe qui se réinvente, le raffinement d’"Esther Be the One" lui donne des élans soft rock, tandis que le groove brumeux et chaloupé d’"I Thank You", reprise d’Isaac Hayes et David Porter, ouvre l’opus sous les plus beaux auspices.
Du reste, le blues rock règne toujours en maître, tantôt langoureux ("A Fool for Your Stockings"), tantôt cuivré ("She Loves My Automobile"), tantôt rock’n’roll ("Hi Fi Mama") et tantôt nostalgique quand il est bardé de slide ("Dust My Broom" de Robert Johnson, le bluesman le plus repris de l’histoire du rock). Cependant, ZZ Top parvient à rendre ce genre éculé toujours aussi séduisant grâce à Billy Gibbons qui laisse vibrer ses soli flegmatiques ("I'm Bad, I'm Nationwide") ou grâce à une interprétation à la rythmique réinventée ("Lowdown in the Street").
Pari magnifique que ce Degüello qui fait évoluer la musique du trio tout en restant fermement enraciné. Sauf qu’il n’y aura pas un seul, mais bien deux albums de transition avant d’aboutir à Eliminator (1983) – en l'occurrence, le second El Loco (1981) s'avèrera nettement moins convaincant.
À écouter : "I Thank You", "Cheap Sunglasses", "I'm Bad, I'm Nationwide"



















