
Jack White
Frozen Charlotte
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1- G.O.D. And The Broken Ribs / 2- Derecho Demonico / 3- There's Nobody There / 4- Raising the Grain / 5- You’ll Never Fix Me / 6- Nobody Knows / 7- Dollar Bill / 8- I Can’t Believe What I’m Hearing / 9- Thick as Thieves / 10- All Alone Again / 11- She's in a Frenzy / 12- Making Contact / 13- Neighbors Blues


Alors que les Black Keys rendaient il y a quelques mois hommage à leurs racines bluesy, Jack White reprend du service deux ans après la sortie inattendue de son album sans nom pour nous renvoyer une nouvelle décharge d'électricité. Enregistré au Third Man Studio de Nashville dans la droite lignée de son prédécesseur, Frozen Charlotte conserve cette signature sonore brute et organique qui caractérise bien le jeu nerveux si reconnaissable de Jack White, une nouvelle fois accompagné par sa garde rapprochée constituée de Patrick Keeler à la batterie, Dominic Davis à la basse et Bobby Emmett aux claviers.
Une fois passée la pochette qui arrache franchement la rétine, ce Frozen Charlotte a bien plus à offrir qu'un dessert surgelé constitué des B-sides du précédent album. Le titre fait référence à une ballade folklorique du XIXème siècle ainsi qu’à une poupée en porcelaine rudimentaire et bon marché de l’époque victorienne toutes deux inspirées du destin tragique d’une jeune fille morte de froid. Un imaginaire qui nourrit l'écriture toujours incisive de Jack White et qui s'incarne tant dans son jeu que dans son interprétation vocale toujours aussi vibrante et colérique. On retrouvera ainsi le natif de Détroit particulièrement en verve pour adresser une critique cinglante à Donald Trump sur un "Dollar Bill" aussi sinueux qu'éruptif, où le bottleneck règne en maître, tandis que "Nobody Knows" constitue une diatribe sur l’ignorance qui n'épargne personne, y compris les religieux.
Si ce nouvel album s'écoute tambour battant, "G.O.D. and The Broken Ribs" ne constitue pas la meilleure des entames malgré sa rythmique lourde et tendue et ses synthétiseurs en place. La faute a un titre qui ne décolle jamais malgré quelques gammes acides et il faut donc attendre l'excellent "Derecho Demonico" pour mettre l'album sur les bons rails grâce à un riff qui casse les reins et des soli barrés à souhait. Jack White enquille ensuite une ribambelle de titres teigneux bardés de cordes crissantes où blues et garage rock se percutent sans se soucier du désordre engendré. Quel plaisir d'enlever ses pantoufles auditives pour se prendre une charge blues-rock crasseuse sur "All Alone Again", de se faire tabasser par la lourdeur lancinante du riff de "There's Nobody There".
Malgré un manque certain de diversité (peut-il en être autrement avec ce style musical ?), chaque morceau possède sa petite signature spécifique, de la guitare slide bourrée de réverbération sur fond de pulsations tribales de "Raising the Grain" aux nappes d'orgues du corrosif "Making Contact" en passant par le petit gimmick très astucieux qui relève le riff accrocheur de "You'll Never Fix Me". L'Américain fait preuve d'un savoir-faire intact quand il s'agit de balancer des uppercuts de deux minutes à l'instar d' "I Can't Believe What I'm Hearing" et son refrain mélodieux surprenant qui rompt avec la binarité abrupte des couplets ou "She's in a Frenzy" imparable avec sa cymbale ride et la balance en stéréo des deux guitares. Le plus bel exemple est certainement l'excellent "Thick as Thieves", avec une descente de gamme comme l'affectionne Jack White, la cavalcade de la caisse claire et un côté hymnique certain qui atteint son apogée avec la superposition des lignes de guitare en fin de morceau.
Enfin, Jack White livre un de ses meilleurs titres avec le magistral "Neighbors Blues" qui s'inscrit dans la lignée du mythique "Ball and Biscuit" des White Stripes, les saillies de l'orgue hammond en plus. Sombre, laissant libre cours au jeu viscéral de l'Américain, le titre s'attache à retranscrire l'individualisme farouche d'un homme suspicieux et envieux qui finit par menacer de mort ses voisins. Sacré titre de clôture.
Le natif de Détroit livre sans surprises un excellent album de blues-rock qui tient la dragée haute à son prédécesseur. Mordant et doté d'une énergie communicative, Frozen Charlotte possède son lot de titres explosifs qui n'auront assurément pas aidé à faire baisser la température cet été.



















