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Critique d'album

A.A Williams


As the Moon Rests


(07/10/2022 - Bella Union - Post-Rock - Genre : Rock)
Produit par

Note de 4/5
Vous aussi, notez cet album ! (2 votes)
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L’Anglaise conforte son identité musicale et récidive avec un second album magistral"
Quentin, le 12/01/2023
( mots)

S'il est une jeune artiste qui a récemment connu un début de carrière fulgurant dans le cercle assez confidentiel et peu vendeur du courant post-rock/post-métal à tendance gothico-déprimante, c'est bien A.A Williams.


Révélée en 2020 à la suite d'un premier album très remarqué abordant de manière introspective ses angoisses existentielles dans un écrin musical oscillant entre post-rock ombrageux et folk lumineuse, la chanteuse a rapidement été comparée aux interprètes écorchées vives s'inscrivant dans la droite lignée de Cat Power, à l'instar d'Emma Ruth Rundle et de Chelsea Wolfe. Il faut dire que l'Anglaise a su mettre en évidence sa voix pénétrante et empreinte de fragilité pour transcender les morceaux de son premier LP "Forever Blue".


Les attentes étaient donc grandes autour de la sortie du si périlleux "second album" pour savoir si la chanteuse était capable de transformer l'essai et confirmer toutes ces promesses.


A.A Williams a tout d’abord mis le contexte de la période de pandémie à profit pour sortir un album de reprises intitulé "Songs From Isolation" permettant de mesurer plus nettement ses multiples influences (entre autres Radiohead, Nine Inch Nails, Nick Cave et surtout Deftones, sa révélation musicale à l'adolescence à l’origine de son goût pour les musiques rock alternatives) et également de peaufiner l'écriture de son prochain opus avec la volonté d'y incorporer des arrangements plus riches et travaillés ainsi qu’un son plus massif.


De fait, "As The Moon Rests" marche dans les pas de son prédécesseur mais avec une production de meilleure qualité, réalisée cette fois dans un vrai studio d’enregistrement et non plus dans son appartement londonien. L'anglaise est toujours à la baguette sur une grande partie de l'instrumentation (piano, violoncelle, voix, claviers, guitares) et s'est entourée du Mayfield Ensemble pour les cordes, contribuant à renforcer le côté lyrique des compositions, notamment les longues plages contemplatives qui jalonnent l'album comme le superbe "Shallow Water" et ses nappes de violons mélancoliques.


Plus encore que sur le premier opus, A.A Williams offre un condensé de ses différentes influences musicales et étoffe sa palette de sonorités via un savant jeu d'équilibriste entre post-rock, doom gothique et musique atmosphérique. Les tempo, toujours lents, laissent à la chanteuse le temps de développer les morceaux qui s’apprécient dans la durée selon une construction assez typique du post-rock : des débuts calmes à base d’arpèges évanescents où se pose la voix envoûtante et habitée de Williams, avant de laisser la place à des changements de rythmes menant à un final en apothéose.


Moins introspectif que son prédécesseur, plus métallique, lourd et ombrageux, "As The Moon Rests" fait de ce point de vue davantage la part belle aux guitares saturées qui habillent les puissants "Evaporate" et "Alone in the Deep" et aux explosions de riffs vrombissants, qui viennent clore de façon épique les longues montées en puissance de "The Echo" ou de "Pristine". Ce dernier morceau étant d’ailleurs un modèle du genre avec un passage atmosphérique instrumental de toute beauté cédant la place à un final dantesque où les cordes n’en finissent plus de nous faire chavirer. Les morceaux plus courts, formatés et immédiats comme "Hollow Heart", "Murmurs" ou "Golden" ne sont pas moins réussis avec des refrains particulièrement accrocheurs qui savent rester en tête.


Soyons honnêtes, la musique d’A.A Williams ne prête toujours pas vraiment à la légèreté. Il est certain que si vous êtes à la recherche d’ondes positives, mieux vaut passer votre chemin devant un "For Nothing" que n'auraient pas renié les italiens de Messa, à la fois glacial et menaçant, où les frappes de plomb de la batterie et la basse pesante donnent une sensation de gravité et de lourdeur qui n’en finit pas. Dès les premières secondes poignantes de "Hollow Heart", l’album nous entraîne en terrain sombre, abordant la question du désespoir, de la solitude et de nos propres démons intérieurs jusqu’au conclusif "As the Moon Rests", qui fait converger l’ensemble des influences musicales de l’album et entrouvre la porte de l’espoir avec la thématique du lien indéfectible qui peut unir deux êtres.


On pourra reconnaître que l’album est long (62 minutes au compteur) et le procédé de composition parfois un peu linéaire. L’ennui ne pointe cependant jamais le bout de son nez grâce à la voix délicate et toujours parfaitement placée, jamais dans la surenchère, de A.A Williams. L'Anglaise possède cette sensibilité rare qui lui permet, à la manière d'une Anneke van Giersbergen pour la période faste de The Gathering, de magnifier les compositions sans jamais les alourdir. Et ce n'est pas le très dépouillé mais non moins superbe "Ruin" qui nous fera mentir sur ce point.


A.A Williams franchit donc le cap du deuxième album avec une grande maîtrise, proposant une alchimie savamment dosée entre différents styles pour parfaire une œuvre riche et cohérente qui ne laisse pas de marbre. Une des belles claques de 2022, assurément, et la chanteuse semble encore avoir du talent à revendre pour la suite...


A écouter : "Hollow Heart" ; "Pristine" ; "Shallow Water"

Commentaires
Chrysostome, le 16/01/2023 à 09:51
Merci pour cette chronique qui m'a fait réaliser qu'elle avait sorti un nouvel album, j'étais passé à côté. Et je partage totalement ton avis.