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Interview Danko Jones


Maxime, le 09/08/2008
2008 signe une mini révolution dans le petit monde bruyant de Danko Jones. Après avoir célébré le long de trois albums la collision entre l’énergie speedée des Ramones et les guitares patibulaires d’AC/DC, le furieux riffeur a cédé, à l’occasion de ce Never Too Loud soigné aux petits oignons par Nick Rasculinecz (Foo Fighters, Velvet Revolver, Rush), aux sirènes de l’évolution. Un terme qui sonne comme un gros mot pour nombre d’adeptes ayant succombé à ses charmes virils lors de ses concerts rageurs. Et la polémique de poindre le bout de son nez. Certains voient dans ce virage mélodique plus prononcé un renouvellement louable, sinon logique, d’autres pestent encore devant le radio friendly "Take Me Home". Au final, tout cela ressemble plus à une tempête dans un verre d’eau, tant ces changements de style ne se révèlent que cosmétiques. La rage, l’appétit, l’art du dézingage brutal sont demeurés intacts, ils se sont seulement frottés à l’éclat lyrique des manifestes hard des années 70 (Kiss et Thin Lizzy en tête). Tout cela méritait bien qu’on vienne converser avec les intéressés, à quelques heures d’un concert bouillant donné à la Maroquinerie. Pendant que Danko livre quelques secrets guitaristiques à des confrères, nous nous dirigeons vers les loges où nous attend un John Calabrese charmant. Pilier de la formation depuis ses débuts aux côtés de son leader patibulaire, l’homme nous toise de son sourire d’italien enjôleur. Entretien avec le bassiste aux initiales christiques.

TOUJOURS CE BON VIEUX DANKO JONES


Never Too Loud est un album qui prend le risque de déconcerter vos premiers fans. Maintenant qu’il est sorti depuis quelques mois dans les bacs, quels sont les retours que tu as ? Est-ce que tu as le sentiment que les gens ont compris le disque ?
John Calabrese :
Je pense, oui. Notre public, ce sont des fans de rock à la base, qui comprennent ce qu’on fait, les références qu’on utilise, comme Thin Lizzy et tout ce qui tourne autour des groupes de ce style. C’est juste une évolution dans le sens où on fait plus entendre aujourd’hui des groupes qui ont toujours fait partie de notre background. Les gens savent qui nous sommes. On ne va pas devenir un groupe pop demain. Depuis le début, on a toujours été un groupe de scène avant tout, et quand on combine les nouveaux morceaux avec les anciens à nos concerts, pas de problème, ça reste toujours ce bon vieux Danko Jones.

Never Too Loud fait franchir une nouvelle étape à Danko Jones. C’est un album plus travaillé, plus mélodique, plus varié aussi. Il y a "Take Me Home", très power-pop dans sa facture, et d’un autre côté "Forest For The Trees", peut-être l’une de vos chansons les plus heavy. En même temps, cette évolution semblait logique quand on écoute "Don’t Fall In Love", "First Date" ou "Invicible" sur votre précédent album (Sleep Is The Enemy)…
JC :
Il y a une progression, dans le sens où on se sent de plus en plus à l’aise en studio. On prend plus le temps d’essayer des choses, de développer le songwriting, de travailler le son. Avant, on faisait toujours des passages éclair en studio, ce qui avait l’avantage de conserver toute notre énergie intacte sur le disque… Maintenant, on essaie de la canaliser pour la mettre au service des chansons.

Cette envie d’emmener le groupe vers de nouvelles terres, c’est une envie de Danko ou c’était une volonté collective ?
JC :
Non, tu sais, on est vraiment un petit groupe qui travaille sur un petit label. Donc on fait plus ou moins ce qu’on veut. Cette direction, on l’a choisi en toute liberté. On a bossé entre 40 et 50 titres, et n’ont été retenus que ceux qui ont fait l’unanimité. Pour une fois, on est vraiment fier du disque de la première à la dernière seconde. On se dit qu’on a choisi les bonnes chansons.



de gauche à droite : Dan Cornelius (batterie), Danko Jones (chant, guitare), John Calabrese (basse)


Comment avez-vous rencontré Nick Raskulinecz ? Qu’a-t-il apporté au groupe ?
JC :
On est des fans mutuels, on admire chacun le travail de l’autre. On a commencé par lui envoyer quelques démos et on a fini par le rencontrer l’année dernière, en juin. On s’est tout de suite très bien entendu et on a filé en studio avec lui à Los Angeles. Nick est vraiment un super producteur, il sait ce qu’il fait, il sait mettre à l’aise les gens et tirer le meilleur de chacun.

Il y a beaucoup de clins d’oeils au hard rock sur cet album, notamment Thin Lizzy, Kiss ou Black Sabbath. Mais on pense aussi à la power pop de groupes comme Ash et Weezer, qui utilisent des grosses guitares sur des mélodies pop. Est-ce que vous écoutez aussi ces groupes ? Est-ce qu’ils vous inspirent ?
JC :
Je vois ce que tu veux dire. C’est sûr qu’on peut penser à Weezer avec des chansons comme "Take Me Home"…

Rivers Cuomo est aussi un grand fan de Kiss. Ça s’entend beaucoup sur un album comme Maladroit
JC :
Oui ! De grosses guitares, des riffs puissants, très simples, mais qui sonnent vraiment fort. Garder la simplicité de la mélodie tout en ayant un son puissant, c’est une chose qu’on essaye aussi de faire, et qui nous rapproche sans doute quelque part de groupes comme Weezer. C’est un problème qui s’est posé pour "Take Me Home" : comment prendre des guitares acoustiques et en faire un titre qui sonne comme du Danko Jones ? Au final, je trouve qu’on s’est bien débrouillé. On a incorporé de nouveaux éléments sans trahir ce que nous sommes.

Justement, ce "Take Me Home", c’est pas parfois difficile à placer sur une set-list ?
JC :
En fait, elle passe super bien, parce qu’on la joue plus lentement, avec une guitare électrique. On avait un peu peur au départ, mais ça fonctionne. Hier, à Amsterdam, les gens se sont mis à hurler le refrain en chœur et ont carrément commencé à pogotter ! De toutes nos chansons, j’aurais juré que c’était bien la seule qui pouvait ne pas déclencher de telles réactions !

LE MÊME FOUTU VAN


Never Too Loud est aussi un disque qui parle beaucoup de ce que c’est pour des musiciens que d’être continuellement sur la route. De ce point de vue, est-ce votre album le plus personnel ?
JC :
Je sais pas… Dans un sens, il capture pas mal de ce qui nous est arrivé depuis les six dernières années. "Code Of The Road", ça raconte exactement ce qu’on fait chaque soir : jouer devant des gens. Des fois devant 5000 personnes, d’autres devant 500. "Nothing comes easy but it worths the fight", c’est vraiment notre slogan. Depuis nos débuts on a vu pas mal de groupes se faire un maximum de thunes, monter au top pour disparaître quelques mois après. Nous, on a connu toutes ces étapes, donc plus rien ne nous fait peur. Jouer, c’est tout ce qu’on sait faire.

Après cet album, on se demande quel va être votre prochain défi. Un double ? Un disque par musicien, comme Kiss ?
JC :
(rires) Je ne sais pas quelle forme aura le prochain disque, je sais en revanche qu’on le réalisera de la même manière que celui-ci, en prenant le temps de composer et de travailler en studio. On ne s'est pas encore focalisés dessus mais on garde ça présent dans un coin de notre tête. Danko a déjà une vingtaine de riffs qu’il est impatient d’utiliser.

Dans un sens, Never Too Loud inaugure donc une nouvelle ère pour Danko Jones ?
JC :
Dans un sens, oui. Travailler avec Nick nous a vraiment ouverts sur les possibilités que te laisse la production, sans remettre en cause la simplicité des morceaux. Ce que j’aime sur Never Too Loud, c’est qu’on y entend pour la première fois Danko chanter. Il a une super voix, on lui a toujours dit de se mettre au chant mais il n’avait jamais osé avant. Et c’est la présence de Nick qui lui a aidé à passer le cap.

Danko est un personnage qui dégage une très forte présence sur scène. Puisque le lascar n’est pas là, tu peux bien tout nous raconter : quel est son secret ?
JC :
Bon, on est entre nous, alors je peux tout te dire. Ce type ADORE capter l’attention des gens. Voir que les gens gardent les yeux fixés sur lui, c’est ça qui le dope. C’est pas du chiqué, pour jouer tous les soirs avec lui, je te jure qu’il vit vraiment le truc. Par chance, il n’est pas du tout comme ça dès qu’il a quitté la scène.

On connaît la passion de Danko pour le hard rock, mais moins tes goûts personnels. Tes disques/groupes de chevet ?
JC :
Thin Lizzy, The Clash, j’écoute London Calling tout le temps. Slayer aussi. Danko vénère Reign In Blood, moi je suis plutôt partisan de Seasons In The Abyss. The Ramones, Motörhead, je les respecte beaucoup parce qu’ils ont toujours fait ce qu’ils voulaient faire, sans se soucier des avis extérieurs. J’ai plus ou moins les mêmes goûts que Danko en fait. Perso, je suis aussi fan de groupes comme Black Flag ou Fugazi, ces groupes à l’idéologie DIY qui se sont imposés sans demander l’avis de personne. Regarde les Ramones, du début à la fin, tu les a toujours vu tourner dans le même van. Le même foutu van !


… Et ils ont fini sur un T-Shirt Zadig et Voltaire…
JC :
Et alors ? On s’en balance, mec ! Ils ont payé leur tribu ! Penses-y : du début à la fin, le même putain de van ! J’ai vraiment du respect pour eux, chaque fois que je me tourne vers eux, je comprends pourquoi je fais ce que je fais.

Vous êtes canadiens mais on a l’impression que l’Europe est un peu une seconde patrie pour vous. Quelle différence y a-t-il entre le public américain et européen ?
JC :
On a toujours eu un lien spécial avec l’Europe, ne serait-ce que moi, qui suit d’origine italienne. La différence, c’est qu’en Europe, les gens se déplacent vraiment pour te voir. En Amérique, il y a beaucoup plus de groupes. Trop. Du coup, tu es noyé dans la masse. On se souvient de toi pendant trois mois, et après on t’oublie, on passe vite à autre chose. On suit la nouvelle sensation du moment, le groupe qu’il est "cool" d’écouter. En Europe, les gens choisissent en fonction de leurs propres goûts, ils sont peu influencés par la mode. C’est pourquoi beaucoup de super groupes qui n’ont plus la côte chez nous viennent tourner en Europe, comme Motörhead, parce qu’ici on ne t’oublie pas et on se fout si c’est toujours cool ou pas de t’écouter. Cette différence, on la trouve aussi chez les groupes européens. Ils se moquent bien de passer ou non sur MTV, tandis qu’au USA, chacun cherche à être the next big thing… Et du coup tu te tapes des groupes incolores qu’on digère en 15 minutes et qu’on oublie aussitôt, comme un plat micro-ondes.

L’essence du rock’n’roll, c’est quoi selon John Calabrese ?
JC :
(longue pause) Se lever chaque matin dans une ville différente. Voyager. Rencontrer des musiciens que j’admire, et se rendre compte que sont des gens normaux, sympa. Le rock, c’est ça aussi : le respect.

VOUS ÊTES D'ACCORD OUI OU MERDE ?!


Un concert de Danko Jones est un rituel païen dont la Sainte Trinité révérée est incarnée par le riff batailleur, la batterie infernale et la basse assassine. Les apôtres se prénomment AC/DC, Motörhead et Ramones. La cérémonie s’ouvre à quelques heures de l’interview : dans une Maroquinerie bondée, prête à en découdre, le roadie préposé aux guitares, en noble écuyer, brandit la six-cordes du patron à son flanc droit tandis que résonne le thème des Incorruptibles d’Ennio Morricone. Fringué en noir de pied en cap, le trio paraît sous les cris gutturaux du public. Au chanteur de fixer le programme d’entrée : "Ok, les mecs. La première partie s’est faite porter pâle ce soir, alors on va faire un truc. On va jouer deux fois plus fort pour vous. Alors, vous êtes d’accord oui ou merde ?!" Le speech reçoit une giclée de hurlements rauques en guise d’acquiescement. Les premières notes cristallines de "Code Of The Road" s’élèvent dans l’atmosphère et la machine hard-rock/punk de se mettre en branle. Le taux d’adrénaline de Danko ne cesse de grimper dans le rouge. Les yeux injectés de sang, il scrute le moindre visage, se donne des baffes, se frappe la poitrine, apostrophe l’audience à coups de : "Quoi ? Tu veux du rock’n’roll. Je vais t’en donner du rock’n’roll, pas de problème !" Il puise son énergie dans chaque regard, chaque cri, chaque invective, même quand elle est lancée par un type totalement bourré réclamant que les spectateurs arrêtent de prendre des photos. Comme le prophétisait JC dans son antre de la butte de Belleville, les morceaux de Never Too Loud défilent avec rage et entrain, et personne n'y trouve à redire. Même lorsque vient le moment de "Take Me Home", exécuté sur le mode Panzer sur-armé fonçant sur Stalingrad. Certes, le timbre éraillé de Mr. Jones se montre peu à la hauteur de ses prétentions mélodiques, écorchant les refrains de ses nouveaux titres. Danko Jones n’est pas Freddy Mercury après tout. Loin d’être bouffé par son comparse, Calabrese est aussi de la fête, faisant tâter de sa basse au public à plus d’une reprise, porté par un sourire qui en dit long sur sa joie d’être là. Après une bonne heure d’assauts décibéliques continus, Danko a le plus grand mal à quitter la scène. Il rendra un hommage final au public en brandissant deux guitares aux arêtes coupantes à bout de bras, une dans chaque, tel Moïse défiant les pêcheurs, armé des tables de la Loi Divine. Ou comment se la jouer péplum en 2008 dans un club parisien. Pas étonnant que les européens en redemandent et que Lemmy Kilminster fasse appel à ses sé(r)vices.


Danko Jones assurera la première partie de Motörhead au Zénith de Paris le 26 novembre 2008.

Remerciements Roger (Replica Records)
http://www.dankojones.com
http://www.myspace.com/dankojones
Danko Jones sur albumrock : http://www.albumrock.net/infogroupe/danko-jones-641.html
En savoir plus sur Danko Jones
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