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Interview : Steven Wilson


Nicolas, le 17/05/2012
Il existe dans la vie d'un homme de rares moments privilégiés et, en tant que rédacteur dans un webzine consacré au rock, interviewer l'artiste que l'on admire le plus en fait indubitablement partie. Mais Steven Wilson s'avère être bien plus qu'un simple trophée de chasse pour amateur de rock progressif : il est avant tout l'un des artistes les plus prolifiques et parmi les plus influents de la dernière décennie en terme de musique contemporaine anglo-saxonne s'écartant un tant soit peu des sentiers rebattus par les médias traditionnels. En un sens, le fait de le rencontrer est plus qu'une chance : c'est un privilège. 16h pétantes devant le Trianon, le soleil commence à lentement éclipser la froideur de ce printemps paresseux. Alors qu'un petit groupe de fans fait le pied de grue devant la porte de la salle dans l'espoir de serrer la main du maître et d'échanger avec lui quelques mots, c'est votre serviteur qui grille bien involontairement la politesse à la cantonade en se voyant introduire en V.I.P. dans l'enceinte. Une poignée de mots échangés avec le manager de Wilson me refroidissent quelque peu : l'homme a un début d’extinction de voix et souhaite que les interviews soient les plus courtes possibles. Dix minutes, pas plus. Damned. Mais soit, c'est la règle du jeu, alors autant poursuivre. Les couloirs et les escaliers se succèdent en accéléré tandis que je suis d'un bon pas celui qui est chargé de me mener jusqu'à mon objectif. Quelques minutes plus tard, nous y sommes : Steven Wilson, à notre arrivée, abandonne son casque audio (mais qu'était-il donc en train d'écouter ?) et nous rejoint avec empressement. Ce qui frappe d'emblée à son approche, c'est son visage, un visage sur lequel l'âge ne semble pas posséder la moindre emprise. Wilson a désormais 44 ans, mais il en fait vingt de moins à l'aise et renvoie à son interlocuteur (moi, en l'occurrence) une apparence post-adolescente bien évidemment trahie par l'assurance et la maturité de sa voix. L'homme impressionne par sa simplicité et son humilité, le premier contact se révèle sans faux-semblant ni distanciation. Aucune barrière physique ne se crée et, malgré l'aura immense dont jouit Wilson dans le milieu prog rock, ce dernier ne semble ni gêné, ni au contraire supérieur dans son attitude ou ses prises de décision. La première salle d'interview mise à notre disposition est occupée par un membre de son équipe en train de se détendre ? Qu'à cela ne tienne, nous irons ailleurs. Pour tout dire, il nous faudra pas moins de cinq bonnes minutes et quatre salles explorées avant que nous puissions nous entretenir tranquillement mais surtout sans avoir dérangé personne. Gentillesse, encore. Avant de débuter l'interview, je tiens à préciser à mon interlocuteur que je ferai le maximum pour ménager sa voix et ne pas faire traîner les choses en longueur. Pourtant, au final, les dix minutes accordées seront largement dépassées, et c'est à regret que tous deux devrons mettre fin à l'entretien. Car oui, Steven Wilson est un véritable passionné qui adore parler de ses projets et de la musique en général, en toute franchise, avec une facilité d'élocution assez peu commune pointant derrière un masque d'apparente timidité. Les réponses apportées par Wilson sont fermes, tranchées et évidentes, le tout avec une diction et une élocution absolument irréprochables qui laissent poindre une intelligence hors du commun. Mais assez bavassé, entrons dans le vif du sujet.


Albumrock : Bonjour Steven et merci de nous accorder cette interview. Tout d’abord il s’agit de ta deuxième tournée en support de Grace For Drowning. As-tu apporté des modifications par rapport à la précédente, de nouveaux éléments de décors ou des morceaux inédits ?
Steven Wilson : Eh bien, nous n’avons pas changé grand chose puisque nous sommes partis du principe que ceux qui viennent nous voir en ce moment ne nous ont pas vu lors de la précédente tournée en novembre dernier : en effet, nous jouons dans des villes différentes. Effectivement, Paris fait exception, et dans ce cas précis nous avons décidé de changer un peu le spectacle en jouant un autre morceau de mon répertoire et en introduisant un inédit. Mais pour la plupart, c’est le même show que l’an passé.

Tu as dis récemment en interview que la collusion qui existe actuellement entre tes musiciens de tournée et toi est extrêmement forte, à tel point que tu comptes les impliquer dans la réalisation de ton troisième disque solo. As-tu pensé à former avec eux un nouveau groupe, de telle sorte que ce disque à venir ne serait plus ton troisième album solo mais le premier d’un nouveau projet ?
Pour moi, cela reste mon projet solo car je peux en contrôler chaque aspect. Je ne me compromets pas : si je n’aime pas quelque chose, alors ça ne sera pas sur le disque. Si je décide que je veux jouer de la basse sur tel morceau, je le peux, si je veux jouer du clavier sur tel autre, je le peux également... Je ne pense pas que je formerai un autre groupe, parce que j’en suis arrivé à un stade de ma carrière où je souhaite posséder un contrôle total. Mais ça ne veux pas dire qu’il ne peut pas exister un esprit de groupe, une connivence, une interaction. Ceci dit, je tiens à ce que cela reste mon projet du début à la fin, je ne souhaite pas instaurer une sorte de processus démocratique comme j’ai pu le faire dans mes autres groupes auparavant.

Au début, il semble que tu avais peur des réactions du public à l’égard de Grace For Drowning, tu disais qu’il était possible que les gens ne l’apprécient pas du tout. Mais en fait, c’est l’exact opposé qui s’est produit. Donc est-ce que cela te satisfait d’avoir obtenu cette sorte de validation d’une musique plus personnelle, voir même plus expérimentale ?
C’est vrai, et ce que tu dis m’amène à te faire une réponse un peu plus générale : il ne faut jamais sous-estimer le potentiel expérimental d’une musique en terme d’atteinte d’un public réellement significatif. En fait je pense que nous entrons dans une époque nouvelle au sein de laquelle beaucoup d’amoureux de la musique sont en recherche de quelque chose ayant plus de profondeur, et je pense que Grace For Drowning a offert au public quelque chose de plus profond, possédant une longévité accrue. Ça a été une grande leçon pour moi : je peux donc oser quelque chose d’assez expérimental, et le public aime ça, et même aime ça encore plus ! Je me retrouve dans une position très confortable, vraiment, c’est une situation assez exceptionnelle.


Quand tu travaillais sur Grace For Drowning, tu remixais en même temps plusieurs anciens albums de King Crimson, et tu as reconnu que le fait de les réécouter à de multiples reprises à ce moment-là a eu un impact fort sur ton songwriting. Maintenant que tu travailles sur ton prochain album, es-tu dans les mêmes dispositions d’esprit ou vas-tu partir dans une direction complètement différente ?
Non, je pense que c’est le prolongement, d’une certaine manière, de Grace For Drowning. Tu vas entendre l’un des nouveaux morceaux ce soir. Tu verras : c’est très old-school, très imprégné par les 70’s, très progressif. Mais indépendamment des remix de King Crimson, je crois que je suis toujours, et même de plus en plus, amoureux de ce son, de cette ère, et c’est ce qui a plu au public sur le dernier disque. Ce qui est certain, c’est que j’ai complètement pris mes distances avec le metal. Complètement ! Vraiment, ça ne m’intéresse plus du tout. Donc je suis en train de me diriger vers une palette de sons de plus en plus organiques, orgues Hammond, pianos, guitares acoustiques, flûtes traversières, saxophones... ou mellotron, j’adore le mellotron. J’adore ce vieux son, et je pense poursuivre cette exploration sur mon prochain album.

La dernière tournée a été un succès, mais pourtant tu y as perdu de l’argent. As-tu trouvé une solution pour remédier à ces problèmes matériels - à l’exception de l’album live que tu as proposé en téléchargement il y a quelques mois ?
Eh non, c’est la seule solution que j’ai pu trouver pour pallier ce soucis. Mais tu sais, je savais que j’allais perdre de l’argent à l’époque, je perds d’ailleurs de l’argent sur cette tournée-ci également, mais... je m’en fiche. Je me fiche de perdre mon argent, car je crois en en cette musique de façon réellement intime. Je n’ai pas décidé d’entrer dans l’industrie musicale dans le but de gagner de l’argent, je l’ai fait parce que j’aime la musique et je crois sincèrement que cette musique-ci est spéciale. Je me base également sur ma propre expérience car Porcupine Tree est passé exactement par la même phase. Nous avons été déficitaires en tournée jusqu’à Deadwing : c’est la première fois que nous avons commencé à engranger des bénéfices, après dix années à perdre de l’argent sans arrêt ! Je suis persuadé qu’à terme, ce projet va devenir auto-suffisant, mais pour l’heure je dois revoir mes ambitions à la baisse, je dois jouer dans de plus petites manifestations, de plus petites salles, devant de plus petites audiences, et je dois me construire à nouveau en tant qu’artiste solo. Donc je m’attends réellement à perdre de l’argent pendant encore au moins deux ans. Mais pour répondre à ta question, le live mis en téléchargement m’aide beaucoup, tout comme la vente de T-Shirts.

Pourtant, à l’opposé, tu es parvenu à vendre Grace For Drowning, un double album, au prix imbattable de 9,99 € en nouveauté. C’est vraiment impressionnant au regard des difficultés rencontrées par l’industrie du disque, qu’en penses-tu ?
Oui, mais je pense que désormais, on se doit de vendre des albums à bas prix. Ce n’est pas vraiment mon choix, tu sais. Nous sommes actuellement dans l’ère d’iTunes et du téléchargement, on peux aller sur Amazon et s’acheter un classique de Led Zeppelin pour deux ou trois euros, c’est démentiel ! Donc comment puis-je demander 20 euros pour mon disque alors que Led Zep est vendu à 3 ? On assiste en ce moment à une véritable dévaluation de la valeur marchande de la musique et du prix que les gens sont prêts à investir pour acquérir de la musique, même en nouveauté. Donc, une fois encore, il s’agit d’une décision dictée par le marché. En parallèle je souhaite vendre plus d’albums physiques et me faire moins pirater, donc si le prix d’attaque est attractif, l’achat s’en retrouve largement facilité.


Le premier album de Storm Corrosion sera dans les bacs d’ici quelques jours. As-tu un dernier message à nous faire passer avant que nous ne découvrions ce projet vraiment excitant ?
Je l’aime vraiment, Mickael (Åkerfeldt, NDLR) l’aime aussi énormément, et cet album, nous l’avons vraiment fait de façon complètement égoïste. Il ne correspond pas du tout à ce que les gens attendent de nous, tout le monde voudrait du death metal progressif ou un projet de ce type. C’est l’exact opposé de ça, c’est comme une musique de laquelle on aurait retiré tous les éléments de rock, c’est plus orchestral, mélancolique, mais tout aussi sombre. En fait, nous avons déjà eu un bon paquet de réactions : la presse en a reçu des copies et l’a critiqué, le disque a leeké il y a une ou deux semaines, notre première vidéo a été postée sur YouTube... et je dirais que les réactions sont fantastiques, bien plus que ce à quoi je m’attendais ! Je pensais que ce serait du 50-50, et en fait c’est bien plus que du 50-50, peut-être 90% d’avis positifs. Mais le public a déjà découvert Grace For Drowning et Heritage, et il se trouve bien mieux préparé à accueillir ce projet que si nous n’avions pas débroussaillé le terrain. Je pense que l’accueil du disque devrait être plutôt bon.

Tu connais Mickael Åkerfeldt depuis longtemps, et tu as dis que le fait d’avoir produit Blackwater Park d’Opeth a été l’élément clé qui t’as ouvert au metal et qui t’as poussé à inclure ce genre au répertoire de Porcupine Tree. Donc en un sens, cette évolution était presque une coïncidence ?
Je pense que ça l’était, en effet. Je me trouvais à l’époque à une période vraiment charnière car je ne savais pas du tout dans quelle direction aller avec Porcupine Tree. Et c’est drôle, parce que je me retrouve actuellement dans la même situation avec ce groupe : je ne sais absolument pas quoi faire avec Porcupine Tree en ce moment. C’est effectivement en écoutant Opeth et d’autres groupes que je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de combiner le metal avec ce que nous faisions avant. Ça nous au donné un nouveau souffle pendant plus de dix ans et quatre albums, jusqu’à The Incident. Porcupine Tree est réellement revenu à la vie et s’est construit un nouveau son, mais je pense que nous sommes parvenus à la fin de ce processus. Je ne sais pas ce que nous ferons ensuite... le temps nous le dira.

Tu as récemment remixé le Thick As A Brick original de Jethro Tull et travaillé sur son successeur, Thick As A Brick 2 de Ian Anderson. Penses-tu qu’il s’agisse d’une bonne suite, en prenant en compte le statut culte du premier ?
Je ne l’aurait pas mixé si je ne l’avais pas trouvé bon, et de fait, c’est un bon album. Certainement pas meilleur que l’original, mais c’est difficile de comparer... même si évidemment Ian m’a demandé mon avis à ce sujet en le mettant en rapport avec l’ancien disque. Mais la réponse que je te ferai est qu’il s’agit d’un disque d’une qualité réellement honorable, venant d’un musicien dont plus personne n’attendait quoi que ce soit, sur ce type de disques et à notre époque contemporaine. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un album d’une telle nature conceptuelle, et je pense qu’il s’agit, venant de la part d’un protagoniste de la vague progressive originale, d’un très honorable équivalent moderne de son meilleur essai. C’est du super travail. Personne ne dira qu’il est meilleur que Thick As A Brick, mais il existe vraiment très peu d’albums qui sont meilleurs que Thick As A Brick, c’est probablement l’un des plus grands disques jamais réalisés ! Mais l’important est qu’il s’agit d’un album fort, et je suis fier d’avoir participé à sa réalisation.


Quel est ton rôle au sein de Kscope, le label dans lequel tu es le plus impliqué ? Est-ce que tu effectues quelques suggestions sur de nouveaux groupes à approcher ? Je sais que tu as joué un rôle dans la signature de The Pineapple Thief, par exemple...
Oui, je suis très souvent en relation avec les gérants du label. Bon, ils ont signé des groupes à propos desquels je n’ai rien eu à voir, mais clairement, si j’entends un bon groupe et que je pense qu’il serait parfait pour Kscope, je le leur recommande, et parmi eux certains ont été signés, c’est vrai. Donc même si ce n’est pas mon propre label, c’est tout de même une incroyable chance pour moi de pouvoir soutenir les groupes que j’aime, d’aller voir les gens de chez Kscope et de leur dire : ”Vous devriez vraiment vous intéresser à ces types !”

Ma dernière question sera à propos de Blackfield. Tu as affirmé n’être quasiment pas impliqué dans le quatrième album à venir. Est-ce un situation temporaire ? Pouvons-nous nous attendre, par exemple, à un cinquième album d’ici quelques années dans lequel tu seras crédité de façon significative au songwriting et en tant que musicien ?
En fait je n’ai pas dit que je n’étais pas impliqué dans le futur album, mais le fait est que je ne peux plus tourner avec Blackfield en ce moment. Pour plusieurs raisons, à cause de ce projet solo, mais aussi parce que je veux réactiver Porcupine Tree bientôt, peut-être l’année prochaine. Bref : je ne peux plus faire de tournée avec Blackfield, mais je vais bien sûr aider Aviv (Geffen, NDLR) a concrétiser le prochain disque, même si je n’écrirai pas de chansons. Mais ta question était : “Pourrais-tu être plus impliqué dans un hypothétique cinquième album ?” Oui, bien sûr, c’est parfaitement possible. Je ne dirais jamais ”jamais” à quoi que ce soit. Il ne faut pas s’attendre à me voir entrer dans des considérations dramatiques du genre : ”J’ai décidé de dissoudre le groupe !” ou ”Je quitte le groupe !” Clairement je ne serai peut-être plus autant impliqué qu’avant dans Porcupine Tree, No-Man ou Blackfield, mais ces groupes existeront toujours, et je peux parfaitement envisager d’effectuer une très forte contribution à un autre album de Blackfield dans le futur. Aviv a déjà composé le quatrième disque, il m’en a fait écouter les ébauches et c’est fantastique, mais à ce moment précis de ma vie je ne peux plus être autant impliqué que je l’étais sur les deux premiers disques. Ceci dit j’étais également peu impliqué dans le troisième, donc c’est une sorte de transition graduelle.

Merci beaucoup pour ta disponibilité !
C’était un plaisir !

Remerciements à Steven Wilson, Linn Hutchinson, David Salt et Roger Wessier
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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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