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iNNOCENCE + eXPERIENCE 2015 : U2 Live from Paris


Collectif, le 10/12/2015

6 Décembre 2015 : The Miracle (of Paris)


Le deuil est une plaie qui ne cicatrise jamais totalement. Je le ressens encore aujourd'hui, et j'avais quatorze ans lorsque ma mère est partie. Sa disparition a cependant fait de moi un artiste, car ce stigmate est devenu une porte ouverte sur un autre monde dans lequel j'ai rencontré ces trois hommes extraordinaires. Le rock 'n' roll m'a sauvé, ces hommes m'ont sauvé, vous m'avez sauvé. Nous ne pouvons malheureusement pas vous sauver, mais notre rôle aujourd'hui est de vous servir. Nous avons l'honneur et le privilège d'être vos serviteurs ce soir. [...] Nous sommes avec les familles qui ont perdu des proches ici, à Paris. Nous sommes avec les familles qui ont perdu des proches à San Bernardinho, Damas et Beyrouth. Nous sommes avec les familles dont les enfants sont otages d'une idéologie qui ne fait preuve ni de la clémence, ni de la compassion du Dieu qu'elle prétend servir.


Bono, 6.12.2015

Par Alan


À Pierre-Yves, sa femme Anne, ainsi que les 128 autres victimes qui nous ont injustement quittés ce 13 novembre 2015.

Nous n’oublierons jamais. Comment le pourrions-nous ? D’une manière ou d’une autre, nous portons tous les stigmates de l’animosité et de la bêtise qui ont jugé bon de faire couler le sang de 130 de nos frères et soeurs, et ce de la manière la plus arriérée et pitoyable qui soit, ce vendredi 13 novembre. Un déferlement de haine au service d’une idéologie belliqueuse et erronée qui a vainement attenté à tout ce que la vie a d’exceptionnel et de merveilleux.

Et tandis qu’une partie de la classe politique ne s’est pas faite attendre pour sombrer dans les tréfonds nauséabonds de la récupération, nous autres infidèles avons tant bien que mal tenu à célébrer la jouissance blasphématoire qui nous caractérise de la manière la plus évidente qui soit : vivre, envers et contre tout. Savourer une pinte houblonnée en terrasse, déguster un plat alléchant en restaurant ou vibrer de nouveau au rythme d’une musique impie en compagnie de milliers d’autres hérétiques, autant de manières de clamer haut et fort : nous ne nous soumettrons pas.

Près de vingt milles citoyens du monde sont ainsi revenus défendre liberté et joie de vivre après ces trois jours de deuil national marqués par le chagrin et la douleur durant lequel U2 devait initialement se produire pour clore son étape française le mois dernier. De retour pour honorer ses engagements auprès du public mais aussi - et surtout - pour rendre hommage aux victimes du monde entier, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen, Jr. ont tout mis en oeuvre pour élever plus que jamais la ville lumière au rang de city of blinding lights.

Stronger than fear

C’est ainsi au son de vingt mille voix reprenant à l’unisson la mélodie d’ouverture de “The Miracle” que Bono, dont l’aura magnétique soulève instantanément les membres de son assemblée, fait son entrée sur la scène de ce nouveau Bercy - on taira ici volontairement l’appellation en vigueur, l’acronyme résumant à lui seul l’ampleur de la blague résultant d’un accord (lol) passé avec un certain groupe hôtelier. Émergeant du coeur de la foule sur la “e”-stage, ce-dernier arpente pas à pas la passerelle qui traverse la fosse, surplombée d’un gigantesque écran LED, pour rejoindre ses collègues musiciens sur la scène principale à l’instant précis où The Edge entame le riff du morceau sur les cordes de sa guitare. C’est donc au travers d’une sono tonitruante, sublimée par une acoustique nouvelle et somme toute relativement claire et précise, que résonne l’ode à Joey Ramone au sein de la salle. Puissant et émouvant, cet instant de communion immédiate donne le ton et avive la flamme incandescente et flamboyante d’une assemblée qui chante, vibre et frétille au rythme d’un hymne guère inspiré mais pourtant terriblement efficace.

Insufflant extase, passion et ardeur chez chacun des membres de l’assemblée, U2 démarre sur les chapeaux de roue et poursuit dans sa lancée, l’exaltation atteignant son paroxysme lors d’un “Vertigo”… vertigineux ? et un “I Will Follow” de toute beauté avant que Bono ne prenne la parole pour introduire “Iris”, hommage émouvant à sa mère dédié “à toutes les mamans”, ajoutant avec émotion : “Ce soir, nous sommes tous parisiens. Enfants de la liberté, Paris est votre ville.” “Hold Me Close” amorce ainsi un second arc autobiographique (époustouflante errance de Bono qui, depuis l'intérieur même de l'écran, déambule sur Cedarwood Rd. par un ingénieux jeu de lumières durant le titre du même nom) et de dimension plus grave qui trouve son apogée lors de “Sunday Bloody Sunday”, dont les mots résonnent plus que jamais avec toujours la même intensité ce soir. “Sunday” s’achève tandis que la frappe agressive de Larry Mullen, Jr., qui fait face au public depuis la passerelle, simplement armé de sa caisse claire autour du cou, s’évapore dans le lointain avant de finir noyée dans une déflagration sonore relatant un attentat à la voiture piégée dépeint sur le gigantesque écran. La diatribe anti-guerre se termine alors avec “Raised by Wolves”, au cours duquel le public scande avec Bono “stronger than fear” pour un nouvel unisson prodigieux et hautement symbolique lors du refrain.

C’est à “Until the End of the World” qu’il revient de relancer la machinerie spectaculaire de la scène, revisitant pour l’occasion le mythe de David et Goliath avec The Edge faisant face, depuis l’intérieur de l’écran, à une projection colossale de Bono tenant le guitariste dans le creux de sa main, avatar qui se verra balayé par un raz-de-marée symptomatique de ladite fin du monde au son d’une batterie tribale et d’une guitare à la distorsion tous azimuts pour un effet saisissant. Plus qu’un chef-d'œuvre de technologie, le fabuleux écran ira jusqu’à accueillir le groupe qui interprètera par la suite “Invisible” et l’excellent “Even Better Than the Real Thing” retranché derrière un jeu de lumières et de couleurs captivant, avant de finalement rejoindre la fameuse e-stage pour entamer l’exquis “Mysterious Ways”. Bono en profitera pour faire monter sur scène Brigitte, jeune parisienne toute de jaune vêtue, pour un numéro de danse exotique et complice, avant de lui confier un smartphone pommé pour retransmettre “Elevation” en direct sur les réseaux sociaux, from the stage. Bien loin de l’austérité énoncée plus haut, le set délivré depuis l’e-stage se veut espiègle et haut en couleurs : fort d’une expérience de la scène quasi-inégalable, c’est avec maestria que U2 interagit ici avec les émotions les plus pures de son public, évoluant entre les différents registres avec une aisance déconcertante.

People have the power

C’est donc tout naturellement que le groupe bat une nouvelle fois ses cartes et change la donne avec une interprétation humble et poignante de l’hommage à Nelson Mandela qu’est “Ordinary Love” : la voix de Bono résonne ici avec candeur et sincérité, accompagnée par la guitare acoustique de The Edge et criant au monde un message de paix et d’espoir à la portée universelle. L’e-stage voit ensuite partir Adam Clayton et Larry Mullen, Jr. pour un “Every Breaking Wave” interprété en duo par Bono et The Edge, le guitariste délaissant sa six cordes pour venir effleurer l’ivoire d’un piano jusqu’alors dissimulé sous la scène. Sans s’époumoner, Bono chante le spleen avec justesse et émotion par-dessus les accords mélancoliques de The Edge qui entamera par la suite “October” avant de finalement rejoindre la scène principale au rythme de la batterie féroce de Larry Mullen, Jr. Tandis que Bono se saisit d’un mégaphone, les musiciens entament un “Bullet the Blue Sky” épique aux faux airs de gigantesque messe évangélique, le chanteur vociférant son message avec hargne, alternant à loisir entre micro et mégaphone.

C’est avec “Zooropa” que le set entame sa dernière ligne droite, les quatre irlandais ayant pour la peine tous rejoint la scène principale après le tour de force dont le groupe a fait preuve avec “Bullet”. The Edge ouvre l’ultime tiercé avec l’arpège à l’écho si caractéristique annonciateur de l’incontournable “Where the Streets Have No Name”, récoltant applaudissements et acclamations d’un public plongé en état de grâce à l’écoute passionnée de l’opening track de The Joshua Tree. La scène brille déjà de mille feux lorsque le guitariste enchaîne avec “Pride”, ouvrant la voie à Bono qui se voit scander “in the name of love” accompagné par les quelques vingt mille personnes qui contemplent la magie du spectacle se déroulant devant leurs yeux gorgés d'étoiles. Le rush majestueux prend fin avec “With or Without You”, démonstration grandiose et superbe de la relation symbiotique que partage U2 avec son public, a fortiori en une occasion si particulière, chargée d’émotions en tous genres. C’est après moult remerciements que le groupe s’éclipse, laissant derrière lui un public ardent et insatiable qui s’empresse de rappeler à lui les maîtres de cérémonie en entonnant d’une seule voix la mélodie de “The Miracle”, celle-là même avec laquelle la soirée a débuté.

Un à un, les quatre musiciens réinvestissent la scène et entament un “City of Blinding Lights” somptueux et exaltant, comme pour évoquer les mille feux desquels brille dorénavant la ville lumière pour panser ses plaies encore à vif. Il n’est pas encore tout à fait minuit, mais Paris s’éveille pourtant : alors que le morceau touche à sa fin, défilent à l’écran les noms des 130 victimes des attaques de novembre en bleu, blanc et rouge. C’est durant ce moment d’une rare intensité que le Bono entreprend de chanter “Ne Me Quitte Pas” de Jacques Brel pour une exécution aussi poignante que déchirante, le deuil ne tardant pas à se rappeler à notre souvenir et arrachant inéluctablement larmes et sanglots à l’assemblée. U2 poursuit néanmoins sur une note d’espoir puisque c’est durant un “Beautiful Day” à la fois optimiste et élégiaque que le public arbore de nouveau un sourire désarmant, exorcisant tant bien que mal les sombres évènements qui ont occulté ce vendredi 13 novembre. L'émotion est à son comble alors que démarre “One”, Bono brandissant d’instinct son micro en direction de la foule qui, en chœur, reprend les paroles de cet appel à l’unité. U2 repart de plus belle avec un “Bad” d’anthologie au cours duquel Bono se drape dans un drapeau tricolore qui trônera fièrement sur la grosse caisse de Larry Mullen, Jr. par la suite. En guise de conclusion, Bono s'essaye à une brève reprise du cultissime “Gloria” de Patti Smith ; c’est d’ailleurs à cet instant précis que la dame à la crinière argentée est conviée sur scène, entonnant le refrain en chœur avec Bono et le public. Acclamée, la godmother of punk prend finalement place derrière le micro du chanteur pour interpréter “People Have the Power”, son hymne à la résistance précédant justement l’entrée sur scène de U2 tout au long de ce iNNOCENCE + eXPERIENCE Tour. Tel un cri de ralliement, le morceau se voit scandé par un public assuré et combattif, plus que jamais conscient du pouvoir qu’il a de “rêver, décider et reprendre le pouvoir des mains des fous”. Car s’il est bien une chose que U2 nous a rappelée ce soir, c’est que le pouvoir, c’est vous, c’est moi, c’est nous. C’est à nous qu’il revient d’user de ce pouvoir pour défendre un idéal inébranlable qui fait de nous ce que nous sommes : des hommes et des femmes libres. Libres d’agir, libres de kiffer, bouffer, picoler, fumer, baiser, libres de croquer la vie à pleines dents, parce que c’est encore la plus belle manière de la savourer.

À toutes les victimes du Bataclan, de Paris, d’ici et d’ailleurs : plus que quiconque, c’est vous qui incarnez cet idéal. Votre joie de vivre, votre liberté, votre mémoire perdurent, nous accompagnent, nous inspirent. Personne, ni le cancer extrémiste et barbare de ce monde, ni la classe politique gangrénée par les pourris les plus méprisables, ni les ignares bien-pensants et partisans du politiquement correct ne nous ôteront ce pour quoi vous êtes partis. 

Nous continuerons à vivre nos passions avec toujours plus d'ardeur et de dévotion.

Nous continuerons à nous délecter de chaque instant que la vie nous offrira.

Nous n’oublierons jamais.

Setlist : 1. The Miracle (of Joey Ramone) - 2. Out of Control - 3. Vertigo - 4. I Will Follow - 5. Iris (Hold Me Close) - 6. Cedarwood Road - 7. Song for Someone - 8. Sunday Bloody Sunday - 9. Raised by Wolves - 10. Until the End of the World - 11. Invisible - 12. Even Better Than the Real Thing - 13. Mysterious Ways - 14. Elevation - 15. Ordinary Love - 16. Every Breaking Wave - 17. October - 18. Bullet the Blue Sky - 19. Zooropa - 20. Where the Streets Have No Name - 21. Pride (In the Name of Love) - 22. With or Without You

Rappel : 23. City of Blinding Lights - 24. Beautiful Day - 25. One - 26. Bad - 27. People Have the Power


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Commentaires
Raphaelle, le 10/12/2015 à 12:58
Très beau live report, Alan. Très émouvant. Un concert de U2 était probablement la meilleure façon de se rassembler, car ils ont le don de la chanson à la fois consensuelle et engagée. Keep rockin' mate.
Etienne, le 10/12/2015 à 12:56
C'était un peu facile comme référence mais je trouve que ça collait très bien au contexte ! Et t'inquiètes pas, à priori ils repartiront sur les routes en 2016 (la tournée porte le nom d'un album toujours pas sorti donc...).
Raphaelle, le 10/12/2015 à 12:52
ps: ahah le titre ;-) Il ne peut pas s'empêcher de caser du Daho quelque part, cet Etienne !
Raphaelle, le 10/12/2015 à 12:52
Quelle frustration... J'ai hésité jusqu'au dernier moment à prendre les places, pour toutes les raisons citées ci-dessus (et aussi parce qu'après avoir vu Macca, les Stones et Dylan faire les papy rockeurs, j'avais perdu la foi). Mais je suis vraiment très triste d'avoir raté ça car le concert avait l'air extraordinaire. C'est rare que les groupes soient capables d'une telle interaction avec le public (mis à part Shaka Ponk, à qui il faut quand même reconnaître ça...). Merci beaucoup d'avoir partagé ça avec nous.