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Compte-rendu de concert

Steven Wilson


Date : 12/03/2018
Salle : Olympia (Paris)
Première partie :

Un set impeccable délivré par un brillant musicien = un coup de foudre irrémédiable.

Raphaëlle, le 13/06/2018
( mots)

Dans le monde de la musique rock, pour distinguer un vrai érudit d’un simple imposteur, il suffit de lui demander ce qu'il ou elle pense de Steven Wilson. Si votre interlocuteur fronce le nez en avouant ne pas connaître, vous avez face à vous un faux connaisseur, car Steven Wilson, bien qu’ayant pas loin de 40 albums à son actif, est le secret le mieux gardé de la musique rock. En presque vingt ans de carrière, il a collaboré dans les formations prog rock les plus respectées (Porcupine Tree en tête) avant d’aligner des albums impeccables en solo. Pourtant, rien à faire : le bonhomme demeure inconnu du grand public. Cela a certes changé depuis son arrivée chez Caroline International, voyant enfin son dernier album se classer en haut des charts (l’excellent To The Bone, encensé par la rédaction et par les lecteurs d’albumrock).

Malgré l’enthousiasme délirant d’une bonne partie de la rédaction, qui parle de Wilson comme d’un dieu vivant, j’étais restée assez hermétique à sa musique. Tout au plus me suis-je risquée à suggérer à mon père d’écouter To the Bone… Sans me douter qu’il serait tellement enthousiaste qu’il achèterait illico quatre places pour le concert de l'Olympia ! Pour être tout à fait honnête, ce concert avait glissé assez bas dans l’ordre des priorités, quelque part entre la déclaration d’impôts et la résa des billets pour les vacances d’été. Devant l’enthousiasme paternel, je n’ai cependant pas eu d’autre choix que de me trainer à l’Olympia, presque à l'aveugle. Autant dire que je redoutais les trois heures de concert…

Il est rare de se rendre à l’improviste à un concert d’un artiste dont on connaît à peu près une chanson et quart et de tomber instantanément amoureux. Et pourtant. L’exploit est d’autant plus frappant qu’une charge de travail trop importante m’a empêchée de me libérer à temps pour la première partie du concert. J’ai eu donc seulement 1h30, soit 11 chansons, pour me métamorphoser en fan girl.

J’arrive à 21h30 dans un Olympia en plein entracte (peut-on prendre une seconde pour s’extasier sur le fait que le type ose carrément faire un entracte, voilà, merci). Des hordes de messieurs, à la quarantaine grisonnante, se pressent au bar ou aux toilettes. A quoi reconnait-on un concert de prog rock ? Il y a plus la queue aux toilettes des hommes qu’aux toilettes des femmes. A ma grande surprise, tout le monde est assis, même dans la fosse. La dernière fois que j’ai vu des places assises dans une fosse, j’étais au concert des vieilles Canailles et la moyenne d’âge des spectateurs frisait les 70 ans, ceci expliquant cela.

Les lumières de l’entracte s’éteignent, chacun se presse pour regagner sa place et Wilson entre en scène sous les vivats d’un public totalement acquis à sa cause. Mesdames et messieurs, le vol Wilson va bientôt décoller, veuillez boucler votre ceinture et vous laissez porter tranquillement par le spectacle qui s’apprête à se dérouler devant vos yeux. Sa musique ne ressemble à aucune autre, tout en manifestant des ponts avec des formations variées. C’est un dépaysement total, une remise à zéro. On se remet entre ses mains expertes et on accepte de se laisser porter.

Sa première chanson de retour de l’entracte est "Arriving Somewhere but Not Here", un monument de psychédélisme, long de plus de dix minutes, signé Porcupine Tree. Et tout de suite, le choc, voire même l’humiliation : ainsi donc, les longues boucles planantes d’Archive n’étaient qu’un vil plagiat de Porcupine Tree ?! Tout ce temps sans savoir que des bijoux pareils existaient, là, à portée d’un clic dans Spotify ? Certes ils ne sont en réalité disponibles sur les plateformes de streaming que depuis quelques mois, mais tout de même. C’est puissant, déchirant même, une musique dont la mélancolie explose dans un long solo impeccablement effectué. Pendant ce temps, Steven Wilson, le visage fin qui disparaît derrière ses cheveux, déambule pieds nus et secoue la tête. Ça y est, je suis conquise.

En fin charmeur, Wilson tient à présenter chacune de ses chansons, justifiant ses choix artistiques avec un humour pince-sans-rire doté d’un accent britannique à l’avenant. On se souvient, Nico en parlait dans sa critique de l'album To The Bone, l’accueil réservé à son dernier album par la communauté de prog rockeurs a été désastreux. Certains fans hurlaient à la trahison à cause des sonorités résolument pop. Wilson tient à se justifier, rappelant son amour immodéré pour la pop et entame une litanie : "David bowie is pop, Michael Jackson is pop, Abba is pop, Queen is pop, Depeche Mode is pop". Après nous avoir demandé de nous lever, il lance "Permanating". Le public ne semble pas du tout avoir envie de danser mais consent à remuer vaguement en rythme, histoire de faire plaisir au gourou. Pourtant, c'est une véritable bombe pop. Un peu comme si Wilson s'était réveillé un matin, avait allumé la radio et, consterné par la médiocrité de la pop moderne, s'était emparé d'une mission d'une importance cruciale : montrer à tout le monde comment composer correctement de la pop music.

Changement d’ambiance brutal avec la prochaine chanson, "Song Of I", également issue de l’album To The Bone. Mixant la voix grave et chaude de Sophie Hunger à la sienne, Wilson propose cette fois un titre qui emprunte tous les codes du Trip Hop. Dans n'importe quel autre concert, une telle transition paraîtrait maladroite. Mais le charisme de Wilson est tel que le public reste ensorcelé, quelque soit la musique jouée par le magicien anglais. Les beats résonnent dans nos poitrines tandis que devant la scène, sur un fin rideau, est projeté l’hologramme d’une danseuse aux mouvements hypnotiques. Épique, le titre prend de l’ampleur progressivement, porté par des claviers à l’ambiance dramatique. Scotché au fond de son fauteuil, on se laisse porter sans chercher à opposer la moindre résistance. A ce stade du concert, peu m’importe que ce type soit sensé faire du prog rock, de la Motown ou un concours de claquette. La pertinence de chacune de ses chansons suffit à installer Wilson comme l’un des artistes les plus doués qu’il m’ait jamais été donné de voir.

Les variations de rythme se succèdent: les accords mélancoliques de "Heartattach By a Layby", la dépense d'énergie instrumentale et les solos sur "Detonation", le métal écorché vif de "Vermillioncore". Pourtant, le public continue de suivre, en totale osmose avec le musicien.

Wilson fait aussi un usage étonnant de la scène. Outre le mince filet qui sert à projeter l'hologramme de "Song of I" et des photos d'enfance sur "Lazarus", le musicien utilise aussi le grand écran pour projeter des mini films d'animation lors de certaines de ses chansons, notamment pendant "The Same Asylum As Before". Il clôt le set avec "The Raven that Refused to Sing", titre de tous les superlatifs: épuré et à fleur de peau, il évoque la lumière qui se faufile entre les craquements et fait reculer les ténèbres. Il est accompagné par un film d'animation qu'on vous met au défi de regarder sans avoir la gorge qui se noue.

23h, fin du coup de foudre. Il faut s'extirper de son fauteuil, remettre de l'ordre dans ses pensées pour rejoindre le chaos du monde extérieur. Merci, Monsieur Wilson.

(C) photo de couveture: Florian Denis, floriandenis.com

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