↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Compte-rendu de concert

Periphery


Date : 10/12/2015
Salle : Substage (Karlsruhe)
Première partie :

Les murs du Substage de Karlsruhe tremblent encore...

Etienne, le 15/12/2015
( mots)

Style très à part dans la sphère metal, qui divise fermement autant qu'il déclenche l'admiration la plus démesurée, le djent voit trois de ses plus prometteuses formations se réunir pour le "Best Friends Tour" sous l'impulsion de Periphery. Good Tiger, le groupe de l'ancien chanteur de TesseracT Elliott Coleman, et Veil Of Maya auront la lourde tâche d'ouvrir pour le groupe de Misha Mansoor, qui s'impose depuis son magistral et ultra-violent deuxième album comme l'un des maîtres d'un genre majeur en devenir. Et s'il y encore six mois le groupe du Maryland cherchait le juste équilibre dans l'exercice délicat qu'est le concert, il est désormais évident que Periphery abordera 2016 avec un tout nouveau statut: celui de bête de scène.

Après de longues minutes de déambulation dans les anciens quartiers ouvriers brumeux de Karlsruhe, le Substage émerge du froid glacial ce jeudi soir 10 décembre. L'affiche a séduit bon nombre d'amateurs assumés du genre (on ne compte plus les tee-shirts Architects, Monuments, Parkway Drive et Tesseract affichés avec fierté) et cette salle dans la pure tradition germanique, c'est à dire très industrielle, s'avère un endroit parfait pour allier décibels enragés et pinte pétillante. Cette dernière s'avère d'excellente compagnie pendant le passage de Good Tiger, groupe prometteur sur le papier et qui s'avère tout bonnement catastrophique. Un groupe orienté metalcore ne peut déjà pas prétendre à sortir un son à peu près correct et puissant avec de simples Telecaster six cordes, même augmentées de micros doubles. L'ensemble de la musique du combo sonne creux et se perd dans un vide intersidéral aboutissant au néant émotionnel le plus navrant. Pire, l'indifférence vire au dérangement quand Elliott Coleman décide de pousser sa voix vers des fréquences aériennes perçantes, tremblantes et désespérement fausses. Le cocktail est bien trop chargé, on se cantonnera à dodeliner gentiment au son des rythmiques honorables du combo tout en applaudissant poliment, plus spécialement une fois le set fini et le groupe se dirigeant vers les loges. Un moment difficile.

Heureusement pour nous, l'attente prendra une tournure beaucoup moins pénible alors qu'apparait quelques dizaines de minutes plus tard Veil Of Maya, deuxième groupe de la soirée. Dans la même veine que Periphery, le groupe de Chicago ne fait pas dans la demi-mesure et envoie le bois avec virulence, quitte à tomber rapidement dans d'abusives répétitions. Rien n'est à proprement parler mauvais chez Veil Of Maya tant le groupe maîtrise avec brio les codes du genre à base de riffs écrasant et de mélodies alternatives percutantes, mais on peine à distinguer les morceaux les uns des autres, constat amplifié par le manque d'interaction total avec un public qui subit un enchainement de titres à toute allure peu digeste. Dommage car avec seulement quatre membres, le groupe se pose en très bel ersatz de Periphery, qui souffre malgré tout un peu trop la comparaison avec la tête d'affiche du soir. C'est donc non sans une pointe d'impatience, après ces deux premières parties en demi-teintes, que les six mercenaires du Maryland viennent faire ronfler un Substage chaud bouillant.

Periphery s'arme d'une scène des plus sobres, sans décoration apparente, afin de permettre une circulation facile et une déambulation naturelle des cinq musiciens pedestres de ce concert, surtout quand on connait le goût prononcé de Spencer Sotelo pour des cabrioles scéniques au plus près de son public. Les guitaristes du groupe (Mark Holcomb, Jake Bowen et Misha Mansoor) sont des perfectionnistes du rendu sonore, en atteste le nombre incroyable de pré-amplis et d'equalizers surplombant leurs amplis classiques, garanties d'un signature sonore impeccable et travaillée même en concert. Et d'emblée le constat acoustique est des plus flatteurs tant les ambiances instrumentalisées englobent l'audience autant que chaque protagoniste sonne avec clarté et précision. Mieux encore, Sotelo est dans une forme olympique alternant avec une facilité déconcertante chant hurlé et naturel, à tel point qu'on se demande comment pourrait-il tenir plus d'une heure. La réponse fut envoyée manu militari, et en pleine face...

Entamant son set par une triplette colossale extraite de Periphery II ("Muramasa", "Ragnarok", "Masamune"), Periphery frappe très fort et assène coup sur coup trois de ces titres les plus durs, les plus lourds où les riffs de Mansoor & Co sont soutenus par une martèlement rythmique éléphantesque d'un Halpern facile et décomplexé qui torture ses cymbales sourire en coin et casquette à l'envers. L'aisance du groupe est palpable et même si les titres sont pointus et techniques, Periphery est chirurgical sans pour autant oublier d'interagir avec un public monté sur ressorts. Dès l'entame de ce concert, la climat a viré au tropical à Karlsruhe.

Passé maître dans l'art de varier les plaisirs, le groupe entonne "Psychosphere", premier représentant de l'imposant diptyque Juggernaut, paru en début d'année. Parfaitement structuré, l'une des pièces maitresses d'Alpha tempère les ardeurs d'une fosse intenable en proposant des variations mélodiques éthérées et quelques vaporeux phrasés de guitares appelant un public fédéré à accompagner les "To Lay Low" et "Kill Them Slow" de Bowen à gorge déployée. Une quiétude régénératrice avant un "The Scourge" oppressant et d'une urgence massive, grave, où Sotelo hurle son échec au cours d'un "I Have Not Tried" transperçant et crie sa rédemption au travers d'un "Survive" impeccable supplanté par un trio de tapping spatial qui subjugue l'assemblée. Ce passage-clé est un moment très fort de la prestation de Periphery tant il asseoit la technicité du groupe, atomise les craintes et ennoblit des morceaux déjà très réussis.

Après ces deux morceaux plus calmes, l'ambiance tourne vite au déluge de décibels quand le groupe entame "Make Total Destroy" (consigne assez bien reçu par l'assemblée), morceau phare du groupe qui explose les limites sonores du Substage. Les corps tremblants entre dans un état semi-conscient porté par les vagues telluriques qui déferlent sur une fosse assomée par tant de puissance: l'un des grands moments de ce concert, que le groupe arrive toujours à nuancer avec de sublimes passages instrumentaux cotonneux et délicats. L'enchainement avec "Icarus Lives!", seul rescapé du premier album éponyme de Periphery, achève l'élévation des esprits hypnotisés quittant leurs enveloppes charnelles suffocantes, s'abrogeant alors de toute bienséance lors de pogos infernaux qui donne à ce concert une dimension physique hors-norme. Alors que "The Bad Thing", extrait de Omega, explore à nouveau des contrées plus progressives et plus tempérées, Periphery prérare en douce son coup le plus fumant de la soirée avec un enchainement magistral des deux morceaux majeurs du Juggernaut, alliant à merveille la force titanesque du groupe avec un lyrisme passioné des plus fédérateurs.

"Alpha" (Juggernaut: Alpha) et "Graveless" (Juggernaut: Omega) sont des moments intenses de communion entre Sotelo et son public, le chanteur n'hésitant pas à affronter le parterre de fans face-à-face pour se gargariser des vocalises impromptus d'un premier rang un peu décontenancé par la situation. Qu'importe, "Alpha" est une réussite totale qui brille encore plus en concert que sur disque, sûrement à cause d'un refrain célébré d'une même voix par l'assemblée. La montée sur scène de Lukas Magyar, le chanteur de Veil Of Maya, ne fait qu'ajouter à cette ambiance de fête totale ce soupçon de bonne humeur humain et sincère grisant. On n'en demandait clairement pas tant. Surtout que "Graveless", moins direct avec ce refrain montant au lyrisme ascensionnel entrecoupé de couplets destructeurs et endiablés, dynamite l'audience pour s'évanouir peu à peu dans des épanchements instrumentaux syncopés hypnotisants, comme les quelques fumées éparses stagnantes après un incendie ravageur.

Incendie vite ravivé par un "22 Faces" sciant de technicité, alternant vocalises expulsées et phrasés de guitare liés avec un feeling quasi-charnel, dont le pont magistralement amené et construit prend aux tripes avec une aisance peu commune. Complètement relâché, les trois guitaristes s'adonnent avec un plaisir communicatif à une improvisation chaleureuse où Bowen échange sa guitare avec Mansoor et Holcomb balance ses médiators à tout le premier rang qui ne manque pas de l'arranguer allègrement, ce qui semble plaire au principal intéressé. Il est plaisant de voir à quel point Periphery remet la guitare au centre du style "djent" et allie avec merveille son utilisation incisive à base de riffs tranchants et de rythmiques démesurées, et des créations d'ambiance subtiles et enveloppantes. La synergie entre ces trois-là est totale et on peine à imaginer le groupe dans une autre configuration, en atteste l'instrumental "Four Lights" qui introduit un "Stranger Things" long et torturé, un peu plus poussif pour Sotelo mais qui reste parfaitement conforme au show monumental du groupe délivré ce soir à Karlsruhe.

Il est clair qu'on aurait aimé en entendre plus ("Scarlet" notamment), mais la confiance engrangée par le groupe durant sa tournée européenne avec Devin Townsend lui a ouvert un voie royale dans laquelle il s'est engoufré sans tergiverser outre mesure. Periphery propose aujourd'hui un show cohérent, puissant, bien construit, à l'acoustique impeccable qui ravira les amateurs de metal lourd commme les fans d'ambiances progressives alambiquées. Sotelo s'est mué en véritable leader, impliqué dans les échanges avec son public et le groupe fait la part belle à la six-cordes d'une manière moderne et sobre ce qui n'est clairement pas à négliger tant son traitement est trop souvent archaïque et réduit à quelques prouesses de solistes d'un autre âge. On ressort du Substage heureux d'avoir assister au concert de la meilleure formation du genre "djent" qui non contente de se rattacher à ce courant novateur, intègre de nombreux éléments progressifs dans sa musique. Un bonheur pour les oreilles, un groupe proche de son public et une puissance scénique tonitruante auront eu raison du peu de méfiance qui occupait l'esprit avant de venir voir Periphery en concert. Les murs du Substage de Karlsruhe tremblent encore...

 

Periphery Setlist Substage, Karlsruhe, Germany 2015, Best Friends Tour

Commentaires
Soyez le premier à réagir à cette publication !
Application Albumrock

Albumrock sur mobile


Retrouvez votre webzine sur Android & iOS


Publicité

Annoncez sur Albumrock


Votre publicité pour 50€/semaine


Album de la semaine
À lire également