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Compte-rendu de concert

Oasis


Date : 03/03/2009
Salle : P.O.P. Bercy (Paris)
Première partie : Glasvegas
Maxime, le 09/03/2009
( mots)
Oasis se construit depuis plus de dix ans sur une momification du désir. On est toujours très content de revoir les frères Gallagher et leur backing band, mais cette joie est loin de se confondre avec de l’excitation. On sait exactement ce qu’on vient y chercher. On connaît à l’avance les trois quart de la set list et les pitreries des frangins sur le bout des doigts. On vient communier sur les vestiges de notre jeunesse passée, quand elle nous a appris le goût du rock à coup de "Supersonic" et "Wonderwall". Se déplacer pour voir Oasis en 2009 n’est ni plus ni moins qu’un rituel nostalgique. On retrouve donc Bercy avec sa façade immonde en verre et faux gazon, ses conditions acoustiques atroces, ses sièges qui font mal au cul et sa bière à 7 euros (argh !). On s’assied sur les gradins, porte O, rangée 9, siège 45, entre un trentenaire tardif achevant son hot-dog et quatre jeunes filles gloussant en permanence en envoyant des textos. Premier aperçu sur la population : beaucoup de couples, d’anciens enfants des années 90 (vingtaines tardives, jeunes trentenaires), pas mal de quadras, de jeunes cadres dynamiques à peine rentrés du boulot accrochés à leur Blackberry comme Moïse sur ses tablettes divines. Tout ce petit monde s’agite sans ardeur excessive. On est bien loin de l’effervescence populaire qu’entraîne chaque passage des rentiers de Manchester Outre-Manche. C’est un peu l’ambiance d’un match de Ligue 1 contre celle d'une rencontre de la coupe de l’UEFA.

S’il y a bien une constance chez Oasis, c’est celle de collectionner les premières parties médiocres. Glasvegas ne fera pas exception à la règle. Le chanteur a une tronche à mi-chemin entre Joe Strummer et Pete Doherty. On a l’impression qu’ils sont allés chercher le premier joueur de fléchettes du coin et qu’ils l’ont traîné du pub vers la scène pour se charger de la basse. Quant à la batteuse, elle ressemble à une Josiane Balasko version Emo. Son kit n’est composé que de deux toms et d’une cymbale. Il n’en faut de toute façon pas plus pour déverser ce rock héroïque, pompeux et impersonnel, avec ses rythmes pachydermes et ses grosses rasades de riffs informes noyés dans l’écho. De la musique parfaitement calibrée pour les stades, mais quand on n’a pas le son dont dispose la tête d’affiche, c’est tout simplement pitoyable. Au bout du quinzième Woh-oh-oh-oh, on perd patience et on quitte pour un moment cette ambiance très "Sunday Bloody Sunday" pour aller se resservir une seconde pinte. Le seul incident propre à faire lever un sourcil reste le chanteur qui, excédé par les quolibets qu’il reçoit depuis les gradins à sa gauche, pose tranquillement sa guitare et vient déclarer sèchement aux trublions avec un accent à couper à la tronçonneuse que s’ils veulent des explications, il sera ravi de les donner dans les loges après le gig. Ok. Le concert a duré trente minutes, mais le groupe avait déjà tout dit au bout de deux.

La mécanique parfaitement huilée se poursuit à 21 heures pile avec l’arrivée des héros de la soirée sous l’indéboulonnable "Fuckin’ In The Bushes". Puis place à l’habituel "Rock’n’Roll Star" pour lancer les hostilités comme on rentre dans ses chaussons. Les constantes demeurent : Gem Archer et Andy Bell gratouillent imperturbablement avec le charisme d’un sole meunière, Chris Sharrock met à profit son expérience de martelage de fûts pour arénas aux côtés de Robbie Williams sans avoir le peps rock’n’roll d’un Zack Starkey. Côté Gallagher, rien ne change non plus : Noel reste immobile, les yeux rivés sur ses pédales ou ses cordes, Liam fanfaronne dans un parka boutonné de bout en bout, claque son micro avec son tambourin (trois fois en tout), fait monter une jeune fille du premier rang sur scène et se plante les poings dans les poches, scrutant fixement la foule, le plafond ou les écrans dès qu’il n’a plus rien à chanter. Côté chant justement, c’est plus satisfaisant qu’on l’avait craint en entendant les premiers échos de cette tournée. Liam chante plutôt juste même s’il n’a plus les capacités vocales d’antan, ce qui se révèle criant dès qu’il faut maintenir la note. Un "Rock’n’Roll Star" sans un sunshaïïïïïïïïïïne ou un "Wonderwall" sans un Coz Mayyyyyyyyyyyyyyybe occasionnent quelques pincement au cœur. Décidément le passé restera bien le passé. On comprend que le gaillard ne s’essaye plus aux illustres "Roll With It" ou "Some Might Say" dorénavant.
 
La nouveauté reste bel et bien ce Dig Out Your Soul prétendument inspiré par le S-F Sorrow des Pretty Things (on a toujours pas pigé la relation), franche incursion du combo mancunien en terres "psychédéliques", avec tous les guillemets qui s’imposent. C’était clair sur disque, c’est confirmé sur scène, "The Shock Of The Lightning" est un putain de single, braillard, nasillard, du pur concentré de Gallagher dans ce qu’il peut offrir de meilleur. "To Be Where Is Life", bel exercice hindouisant à la sauce sixties violé par une morgue de lad assoiffé. Pour le reste, Noel amuse toujours avec ses plagiats éhontés. Qui d’autre que lui peut pomper à ce point le "Five To One" des Doors ("Waiting For The Rapture") ou refaire pour la énième fois le coup du pastiche de "Tomorrow Never Knows" ("Falling Down") ? En revanche, on aurait bien troqué la ballade pataude "I’m Outta Time" pour le plus frontal "Bag It Up" ou encore l’autrement plus réussi "(Get Off Your) High Horse Lady". Côté mise en scène, là encore, prise de tête minimale. Quatre écrans suivent modestement les musiciens, se contentant de recycler des effets kaléidoscopiques clichés (genre l’œil clignant sous des couleurs criardes à la 2001) pour souligner les passages "psychédéliques" (les guillemets restent plus que jamais de rigueur). Mais pour l’essentiel, ce nouvel effort passe plutôt bien la rampe en live.

Côté set list, la colonne vertébrale reste constituée par l’axe Definitely Maybe/Morning Glory (avec l’absence remarquée et tout simplement inadmissible de "Live Forever"), ignorant superbement Be Here Now et Standing On The Shoulder Of Giants et grappillant les maigres singles des opus suivants. Le seul grain de sable viendra de la sono qui plante au beau milieu de "To Be Where Is Life". Problème de delay nous dit-on, ce qui vaudra aux deux frères le seul échange verbal de la soirée. Le groupe est obligé de s'arrêter de jouer et de quitter la scène pendant que l’on règle l'incident, puis reprend mécaniquement les choses là où elles avaient arrêté. Tout se passe bien quand quatre titre plus tard, boum patatrac, rebelote au début de "Slide Away". Une scorie qui aurait autrefois fait sortir l’aîné Gallagher de ses gonds, boxer son benjamin à coup de manche de Gibson, cracher au visage de l’ingé son. Il se contentera d’arborer une moue irritée et d’interpeller la régie son avec un sourire badin sur le mode maintenant les gars, vous avez une foutue pression sur vous, z’avez pas intérêt à redéconner. Décidément le passé restera bien le passé.

Le rappel s’ouvre sur une version dépouillée de "Don’t Look Back In Anger", et on en viendrait presque à chialer sa jeunesse, son indolence et son innocence perdues tellement que c’est émouvant, à moins que ce soit la troisième pinte ingurgitée à jeun qui commence à faire son effet. Suit une version un poil bâclée du pourtant formidable "Champagne Supernova" puis un ultime extrait de Dig Out Your Soul avant d’enquiller sur le règlementaire "I Am The Walrus" sabordé en un fracas terminal en guise d’au revoir. Même déroulé que les concerts provinciaux. Paris ne sera pas privilégié. Les Gallagher s’en foutent, déploient le même plan de bataille, qu’ils jouent à Tokyo ou à Barcelone. Doux ron-ron de la routine brit-pop. Tout risque, tout sens de l’impromptu a déserté l’équipage. Mais Oasis n’a de toute façon jamais été un monstre scénique. On n’a pas vu passer cette heure trois quarts, cela dit. On en ressort satisfait et un peu honteux, comme après une séance de masturbation sur un poster de Britney Spears. Satisfait d’avoir revu ces têtes de cons de Gallagher sans lesquelles le cirque rock tournerait décidément moins rond, mais un peu agacé à l’idée d’avoir déboursé 57 euros pour un spectacle dont on ne gardera pas d’intense souvenir, tout comme le prochain qu’on ne manquera pas d’aller voir dans 2-3 ans. Car c’est sûr on y retournera. Parce que ces types ont quand même composé des trucs du calibre de "Live Forever", "Columbia", "Champagne Supernova" ou "Wonderwall", ce qui leur vaudra notre affection et notre soutien éternels. Et les lascars le savent. Pourquoi aller se défoncer sur les planches alors qu’il suffit juste d’agiter les spectres de ce que l’on a été pour abattre le boulot ? Voilà ce qui fait d’un concert d’Oasis quelque chose d’aussi formidable que pathétique.
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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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