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Compte-rendu de concert

Didier Super


Date : 03/11/2010
Salle : La Bellevilloise (Paris)
Première partie :
Maxime, le 08/11/2010
( mots)
Voilà plus de 10 ans que Didier Super passe au Karcher chargé à l’acide le petit univers de la chanson française bien pensante et propre sur elle. Après avoir passé au crible les petites gens, la religion et les puissants de ce monde (de la mémère à caniche à Dieu, en passant par Johnny Optic 2000 Hallyday) le long de trois albums, pissé devant le siège d’Universal et vandalisé quelques standards franchouillards en les défigurant à la sauce anarcho-punk avec ses potes de Zeu Discomobile (La merde des autres), le trublion nordiste se devait de trouver un nouveau terrain de jeu où il pourrait exprimer pleinement son absence totale (et revendiquée) de talent. Alors que sortent une BD narrant sa vie trépidante (La vraie vie de Didier Super, Delcourt) ainsi qu’un best-of seulement disponible en vinyle rien que pour faire chier (Le moins pire de Didier Super), le binoclard a décidé cette fois de profaner le genre de la comédie musicale, exercice très prisé par les hurleuses fadasses et les bellâtres de la glotte depuis le succès de Notre-Dame de Paris. Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ? vient transformer cette usine à niaiserie en jardin à étrons en plantant son décor de carton pâte à la Bellevilloise.

Une petite centaine de personnes vient remplir les lieux en ce deuxième soir de représentation. Tous se frottent les mains alors que résonnent les tubes frelatés des spectacles de Luc Plamandon et consorts. Il était temps que quelqu’un nous venge de ce flot de guimauve déversé en continu par la télé et la radio, de ces clones de Patrick Fiori, Hélène Segara et Garou qui ont fait tant de mal à la musique de ce pays, des chorégraphies pathétiques de Kamel Ouali, des opéras lamentables écrits avec les pieds par Pascal Obispo, bref, de toute cette litanie insupportable qu’on nous a imprimé de force dans le cortex sans demander notre avis. La riposte sera proportionnelle à la violence de l’outrage subi pendant tant d’années. Dans un décor rachitique composé de trois panneaux, quelques accessoires fauchés et d’une poignée de costumes cheap, Didier Super débarque dans sa légendaire panoplie (monture culs de bouteille et col roulé en acrylique serré au ras du nombril) et entonne un rageur "On va tous crever" en guise d’introduction. Le bonhomme est flanqué de deux musiciens sanglés dans des t-shirts Iron Maiden délavés, deux choristes, dont l’une présentée comme sa sœur, l’autre comme un modèle de conformisme bien pensant (ouverte, cultivée et artiste polyvalente) et d’un comparse pathétique un peu neu-neu désigné comme le fils incestueux de la première. La situation est plantée.

Avec un accent ch’ti soigneusement prononcé, Didier Super dévoile le squelette narratif qui servira de cadre à l’heure et quart qui va suivre, voyage éberlué et caustique dans les tréfonds de la société contemporaine, façon Richard Cocciante perdu au pays de Confessions Intimes. Après une cascade de vélo qui rappellera aux fans l’époque des Têtes de Vainqueurs, Didier se remémore un accident survenu il y a deux ans, à la suite duquel il avait perdu toute rage contre la société. Que faire sans cette haine profonde quand on est un chanteur engagé bien décidé à continuer de profiter du système, de la célébrité et des groupies afférentes ? L’artiste déchu va donc se lancer, avec l’aide du nounours de son enfance, à la recherche du plus grand salaud de la Terre, la cause principale des maux qui touchent la planète afin de reconquérir son mojo. Cet embryon d’intrigue ne servira que de point de départ pour lancer l’action (qui s’en souciera ?), prétexte à déballer la kalachnikov et tout arroser à la mitraille sarcastique. Evacuant presque d’emblée la cible Sarkozy qu’on pressentait comme le candidat le plus attendu au rôle de Grand Méchant absolu, Didier Super préfère rester généreux et orienter son tir de barrage vers l’humanité toute entière. Pas un n’en réchappera, le premier comme le dernier, les pauvres comme les milliardaires, les musulmans comme les juifs, les racailles de banlieue comme les populations des lotissements pavillonnaires. Partisans et contradicteurs, conformistes et rebelles sont tous renvoyés dos à dos (on signalera une hilarante diatribe sur les différences entre la droite et la gauche), car le rire acerbe de Didier Super prend au fond la forme d’un haussement d’épaule blasé.

Reposant davantage sur les saillies du troubadour déjanté (zigzaguant entre racisme, misogynie et une pointe d’homophobie) que sur sa dimension strictement musicale (on frôle l’indigence pure), le spectacle est vif, enlevé, on ne s’ennuie jamais. Seuls les espèces d’intermèdes au cours desquels la troupe surjoue un peu son côté amateuriste (texte mal restitué, décors qu’on oublie d’installer) semblent surperflus tant ils cassent le rythme de l’ensemble. Pour le reste, le collectif explore avec une jubilation assez communicative la limite ténue séparant anarchie salutaire et foutage de gueule éhonté. Voilà bien un spectacle auquel on n’apposera jamais l’étiquette Un évènement Télérama mais qui aurait certainement fait gondoler la rédaction de Fluide Glacial. Seule restriction pour les âmes sensibles : avoir un sens du quinzième degré solidement chevillé aux tripes.


Du 2 au 13 novembre à la Bellevilloise (Paris)
http://www.didiersuper.com
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