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Compte-rendu de concert

AC/DC


Date : 29/05/2016
Salle : Stade de Suisse (Bern)
Première partie :

Let there be rock...

Etienne, le 02/06/2016
( mots)

Rock Or Bust Tour. La tournée "Rock ou crève" n'a jamais aussi bien porté son nom. Car voilà un AC/DC émoussé par les polémiques et les démêlés médico-juridiques qui aborde cette tournée européenne. On ne va pas vous refaire l'histoire: Brian Johnson est hors de course, Axl Rose a repris sa place, Phil Rudd est en cabane pour de sombres affaires de tueur à gages et Malcolm a perdu la tête. De quoi poser la question de la légitimité d'une telle tournée. Depuis plusieurs semaines où le venin coule à flot sur la bande à Angus (et même après le concert, cf l'article vomitif "Rose de honte" d'un quotidien suisse), l'image du groupe mythique, véritable institution du rock 'n roll, est écornée. Salaud, avare, égocentrique, on a tout lu sur le guitariste à costume le plus célèbre du monde. Les coeurs les plus durs se sont livrés une bataille absurde à grands coups de superlatifs tous plus déplorables les uns que les autres pour dénoncer la course présentée folle d'un homme lancé dans la quête inavouable d'une éternelle jeunesse. En ce 29 mai 2016 et au crépuscule de la tournée européenne la plus médiatisée du groupe depuis belle lurette, il était temps de laisser le rock 'n roll écrire lui-même sa réponse.

AC/DC a toujours eu une manière particulière d'aborder ses concerts, ce qui a contribué à alimenter une certaine défiance à l'égard du groupe notamment de la part de la critique (ah les articles-pamphlets de Télérama...). Les shows des australiens ont toujours été une parfaite mécanique: ordonné, préparé, parfaitement huilé, il n'y a jamais de surprises à un concert d'AC/DC. Commençons par les setlists qui sont les mêmes pour chaque leg: à l'exception de deux titres interchangés entre 2015 et 2016 ("Playball" et "Baptism By Fire" ont été troqués au profit de "Got Some Rock & Roll Thunder" et "Given The Dog A Bone"), voilà 2 ans que le groupe joue tous les soirs la même chose. La base des chansons n'a d'ailleurs que peu évolué depuis 25 ans: seuls 4 titres datent d'après 1981 pour ce Rock Or Bust Tour en la présence de "Thunderstruck" (The Razor's Edge, 1990), "Rock N Roll Train" (Black Ice, 2008), "Rock Or Bust" et "Got Some Rock N Roll Thunder" (Rock Or Bust, 2014). Depuis toutes ces années, les effets de scène sont identiques: la poupée gonflable géante sur "Whole Lotta Rosie", la cloche retentissante de "Hells Bells", les flammes scintillantes d'"Highway To Hell", les canons détonnants de "For Those About To Rock". Même les frasques d'Angus sont devenues aujourd'hui des classiques: sa cravate, sa casquette et sa veste finissent rarement le concert, son épique solo sur "Let There Be Rock" est conçu de plans déjà joués des centaines de fois auparavant et ses galipettes multiples, Gibson SG à la main, répondent à un rituel finement structuré depuis 40 ans maintenant.

Dire qu'aujourd'hui "AC/DC ayant embauché Rose" est devenu une machine à fric qui ne fait que recycler sa vieille gloire, c'est clairement omettre ce qui fait l'histoire même de ce groupe. C'est omettre qu'on ne va pas voir AC/DC pour un moment plein de surprises. On traîne pas ses guêtres dans une fosse écrasée, nauséabonde, humide, mouvementée, véritable jungle mouvante, pour des surprises. Et ça, chaque aficionado du groupe en est parfaitement conscient. Celui qui veut des surprises n'a qu'à aller voir Pearl Jam ou Bruce Springsteen, ils changent de setlists tous les soirs. Voir AC/DC est avant tout une question d'instinct, l'instinct du rock. Celui procuré par le plaisir simple de trois accords déclinés sous toutes les formes parfaitement imaginables et d'un solo crasseux qui parcourt une gamme blues ultra-classique. Tout le monde le sait, AC/DC rejoue la même chose - à quelque chose près - depuis des années maintenant et ce indépendamment des disques qu'ils sont censés défendre sur la route, qui peuvent eux se révéler bien plus aventureux et courageux (Stiff Upper Lip et l'excellent Ballbreaker) que ne le laissent entrevoir leur régularité scénique. De toute façon, la relation d'AC/DC avec son travail en studio est aux antipodes de ses concerts, et il n'est pas question de l'aborder ici. Aller voir AC/DC en concert, c'est vivre tout un pan de l'histoire du rock, trembler sous les coups de boutoir de ce blues plus gras, plus fort, plus rapide qui ne ressemble à aucun autre. C'est beugler lors de refrains emphatiques qu'on connaît par coeur, transpirer avec son voisin dans cette fournaise électrique qu'est un parterre de fans, sauter sur des rythmes qu'on a tapé du pied des dizaines de fois en voiture, au bureau, dans son lit. On vient entendre "Highway To Hell", "Thunderstruck", "Back In Black" ou encore "T.N.T." comme c'est le cas depuis que chacun de ses morceaux est joué. Point-barre. AC/DC est aujourd'hui encore, Axl Rose ou Brian Johnson à bord, fidèle à lui-même et tirer à boulets rouges sur le groupe depuis la venue de Rose est une profonde injustice. Si AC/DC est honteux aujourd'hui, si sa tournée n'est qu'une mascarade orchestrée pour remplir les caisses, alors tout ça est vrai depuis 25 ans. Or personne n'a jamais crié au scandale de la sorte à ce moment-là.

Personne n'a dégommé le groupe au moment de l'annonce du remplacement de Phil Rudd par, certes, l'excellent Chris Slade. Pourtant, sous ses airs binaires basiques, taper la mesure du répertoire australien relève d'une exercice métronomique que peu peuvent prétendre exécuter à la perfection. Rudd est de ceux-là et c'est lui - avec Cliff - qui charpente admirablement tous les tubes des boys pour laisser la meilleure place possible au génie des frères Young. Personne non plus n'a moufté au moment où Angus a annoncé le retrait de son frère Malcolm, l'artisan d'AC/DC, le maître à penser de ce groupe culte, celui qui a extirpé mille et un riffs des enfers avec une discrétion exemplaire, laissant bien soin à son petit frère de faire le zouave sous les feux des projecteurs. L'immense Malcolm était la tête d'AC/DC, il incarnait l'esprit du groupe au travers du travail minutieux qu'il étoffait en studio. Cette tête partie, ne reste d'AC/DC que le coeur d'Angus, un coeur peiné, meurtri par ce frère parti ailleurs. Tout le monde hurle au scandale mais personne n'a ne serait-ce qu'une once de tristesse pour l'épreuve terrible subie par Angus Young depuis quelques années. Comment endurer la perte progressive d'un grand frère avec qui on a tout vécu ? Comment supporter de voir une passion si forte s'effacer à mesure que la raison s'évanouit dans les tourments de la maladie ? Comment combler le vide angoissant laissé par celui qui vous a tout donné depuis votre plus jeune âge ? Angus l'a avoué à demi-mot il y a peu dans une courte interview: "Malcolm voulait que je continue". Car AC/DC a toujours été un groupe discret, accordant peu d'interviews, ne surfant jamais sur les vagues des polémiques, n'ayant jamais un mot plus haut que l'autre. On a appris tard la maladie de Malcolm. Le groupe s'est peu exprimé sur les ennuis judiciaires de Rudd. La gestion du cas Johnson, largement critiquée, s'effectue dans la continuité logique d'une communication maîtrisée et de l'entretien d'une certaine distance avec son public. A peine quelques mois après la mort de Bon Scott, son mythique chanteur, le groupe sort Back In Black. Qui ose aujourd'hui dire du mal de l'album de hard rock le plus vendu de tous les temps ? Au vu des réactions actuelles à l'égard d'Angus et sa bande, s'ils avaient fait ça aujourd'hui, ils se seraient fait descendre en flèche et l'ami Johnson, pour qui tout le monde éprouve soudain une incroyable sympathie, n'aurait été qu'un pathétique usurpateur. Comme à chaque fois, à chaque épreuve, à chaque tourment, AC/DC n'a forgé qu'une seule et même réponse: il a joué du rock 'n roll.

Et c'est de rock 'n roll pur et dur dont il était question dimanche dernier à Berne. Oui, Axl Rose a fait un excellent travail. Les ajouts à la setlist depuis son arrivée sont rafraîchissants et parfaitement maîtrisés ("If You Want Blood (You've Got It)" et "Riff Raff"). Certes, Rose est plus à l'aise dans le répertoire Scott que le répertoire Johnson. "Hells Bells" est un morceau compliqué qui laisse Rose en délicatesse avec sa voix et "Thunderstruck" pointe les limites vocales du chanteur des Guns. Mais son humilité force le respect. Jamais Axl Rose ne s'imposera à son public éphémère. Il laisse Angus faire le show quitte à se retirer au même niveau que Cliff et Stevie. Il tape du pied - le bon, pas le cassé -, arrangue la foule et balance quelques vannes cyniques alors qu'Angus trépigne en attendant qu'on lui change sa guitare trempée. Car il a fait un temps de chien à Berne ce dimanche 29 mai 2016. Mais Angus et Axl ont tout donné et sont venus aussi souvent que possible à la rencontre d'une fosse détrempée. Rose a assuré, le groupe a envoyé en deux heures et quinze minutes précises l'essence même de son rock le plus célèbre: un énorme "Dirty Deeds Done Dirt Cheap", un "Whole Lotta Rosie" survolté, un "High Voltage" monumental, un "Shoot To Thrill" démoniaque et a même réconcilié l'auteur de ces lignes avec "Highway To Hell", morceau tellement entendu qu'il a fini par devenir lassant. Oui mais. Un Angus qui émerge de la scène sous un grondement de décibels, des flammes qui jalonnent un décor aux allures de portes des enfers, trois accords cultes et l'affaire est dans le sac. On n'osera pas vous parler du groove ravageur de "Given The Dog A Bone" et de l'incroyable "Let There Be Rock" de quinze minutes où Angus se roule sur un sol inondé, malmenant son instrument et sa santé pour le plaisir d'un public qui lui voue un culte aveugle. AC/DC n'est pas un groupe pour les têtes pensantes de la rockosphère. Il est un groupe qui parle à ceux qui veulent vibrer, qui veulent sentir leur coeur se soulever et leurs tripes vrombir. C'est à eux qu'AC/DC s'est toujours adressé. Et c'était eux qui étaient là dimanche soir, bravant une pluie battante, regrettant certes l'absence du génial Brian Johnson tout en respectant le travail méthodique d'Axl Rose - pas toujours servi par une sono capricieuse - mais honorant son groupe de coeur encore, et encore...

Tout était dans les clous, oui et encore oui. Mais tout était grandiose. Et si Angus a perdu un frère il y a peu, il en a assurément retrouvé des milliers en ces temps tourmentés. Merci les Boys et "Let there be rock...".

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