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Chronique Livre

Rock et Religion : Dieu(x) et la musique du diable


Auteur : Fabien Hein
Editeur : les Cahiers du Rock
Date de Sortie : Août 2006


Langue : Français
" Alors le Rock : veau d'or ou vache à lait ? "
Christine, le 02/06/2011
( mots)
Nouvelles attaques contre le Hellfest, pétition aux prétextes fallacieux de souci écologique contre le Freewheels, comme chaque année le printemps voit refleurir son lot d'anathèmes. L'histoire n'est pas récente, le Rock est riche de vocables issus de la terminologie religieuse et les artistes entretiennent depuis toujours des relations complexes avec le sacré. C'est l'objet de ce livre paru aux éditions les cahiers du rock en 2006 : que diable se passe-t-il entre le rock et la religion ?

Fabien Hein, son auteur, est bien connu dans le milieu musical Rock et Metal : Docteur en sociologie, il enseigne actuellement à l’université Paul Verlaine à Metz. Ses travaux de recherche portent principalement sur "les réalités concrètes des pratiques artistiques et culturelles dans le domaine des musiques populaires" (ouf ! ). Ancien bassiste d'un groupe Metal lorrain, critique musical, il a longuement collaboré avec plusieurs fanzines. Il a écrit entre autres Hard Rock, Heavy Metal, Metal… Histoire, cultures et pratiquants (Mélanie Séteun/Irma, 2003, coll. Musique et Société), petite bible du genre, bourrée de références. C'est donc un milieu qu'il connait particulièrement bien, pour en être issu et l'avoir déjà longuement étudié.

Ce petit bouquin de 160 pages, au format pratique, donne l'impression d'être strict, voire froid, au premier abord , mais il se lit vite et facilement, plus facilement que d'autres études parfois rébarbatives par leur complexité sémantique où l'abondance des références noie les lecteurs. Ceci dit, une étude sociologique n'a pas vocation non plus à être appréhendée comme un roman, mais revenons à nos agneaux..pardon, à nos moutons.

Avant propos et introduction situent le débat et donnent quelques clés d'entrée. Les constats sont les suivants : outre le vocabulaire, le rock et la religion ont d'autres traits communs : multitude de genres (ou d'églises), ensembles de pratiques, qui ont vocation à créer du lien, des rapports sociaux et des rites de reconnaissance entre les pratiquants, acteurs aux rôles bien précis (apôtres, adeptes, disciples), objets de culte, etc....

Structuré comme un texte sacré en chapitres et versets, Rock et Religiondébute bien sûr par une...genèse.
Et sans remonter à la naissance de l'art qui, quel que soit le média avec lequel il s'exprime, a souvent été diabolisé et accusé de pervertir l'âme, Fabien Hein nous rappelle que tout çà a commencé avec les bluesmen : ils ont utilisé le mythe faustien en clamant qu'ils avaient vendu leur âme au diable en contrepartie de l'inspiration. La guitare électrique étant de plus considérée comme l'instrument du diable...la messe était dite.

Fabien Hein mène une réflexion sur les personnages qui évoluent dans les deux systèmes : les stars, évidemment, déifiées ou auto proclamées divinités, du paradis ou de l'enfer. Elvis étant le prophète de la religion révélée du rock, l'apostolat est aussi une mission fréquemment endossée par nos musicos préférés. Les comportements sont parfois paradoxaux, entre attitudes artistiques, déclarations et actes dans la vraie vie , et le classement n'est jamais définitif. Des "satanistes" se rachètent une conduite en changeant leur missel d'épaule, d'autres "good boys" au contraire plongent (parfois avec l'aide de l'alcool ou de produits stupéfiants) dans les abîmes dantesques de l'enfer et de ses adeptes. Des exemples viennent illustrer les propos, et on peut si on ne s'en était pas inquiété avant, faire quelques découvertes sur les engagements de certaines rock star : Marylin Manson, prêtre honoraire de l'Eglise de Satan, Sinead O'Connor aka Mère Bernadette Marie dans une branche dissidente de l'Eglise catholique...

Les disciples n'ont pas le plus petit rôle : Les adorateurs fréquentent des lieux cultes (la tombe de Jim Morrison, Graceland, le Chelsea Hôtel...), partagent et propagent leur foi : fanzines, collection, merchandising...et créent finalement ces dieux vivants. Et c'est ainsi que certains artistes repentis restent prisonniers de leur réputation : lorsqu'ils tentent de mettre à jour une fumisterie mercantile, point de rédemption, le jansénisme est de rigueur chez les fans : sataniste tu es, sataniste tu resteras, ou tes concerts on te pourrira !

Les rapports entre le Rock et le religieux sont décryptés à la lumière (ou l'obscurité) de plusieurs religions, établies ou à dérive sectaire et à travers quelques cas pratiques : la conversion fracassante de Brian "Head" Welch, ex- Korn, le rasta Bob Marley, Cat Stevens converti à l'islam, Van Morrison et la scientologie, mais aussi Hare Krishna, pas toujours aussi peace and love que voulait bien le laisser penser Georges Harrison. Le milieu hardcore a par exemple vu se développer une tendance krishnacore très extrémiste et rétrograde. D'autres églises plus étatsuniennes, notamment liée au Hip-Hop sont décrites, parfois un peu longuement quand on se sent peu concernés.

Le passage obligatoire par les réactions engendrées par la musique métal et ses détournements d'archétypes religieux nous fait forcément sourire. L'ouvrage est une étude, une analyse, donc à ce titre assez froid dans ses constats. Mais s'il y a une chose que Fabien Hein déteste, c'est bien l'étroitesse d'esprit et l'intolérance. On retrouve à travers ses lignes la passion déjà démontrée dans son précédent livre sur le Metal et la lecture de ces pages est assez jubilatoire !

Et on s'en doutait, producteurs et maisons de disques aiment à entretenir ces mythes sur les relations divines de leurs poulains qui, à défaut de garantir la vie éternelle, se révèlent très rémunérateurs lors de leur passage terrestre...Peur de l' Apocalypse et message d'espoir font bon ménage, en musique comme en religion.
Mais le rock peut aussi être instrumentalisé. Face à la tendance conservatrice des églises qui le condamnent, une nouvelle tendance progressiste au sein du monde chrétien se dit que la musique populaire 1- n'est pas incompatible avec la foi, 2- peut la servir. Fabien Hein fait là le choix de développer certains aspects qui peuvent nous paraitre anecdotiques, parce qu'on en parle très peu finalement : long chapitre sur le rock chrétien, par exemple.

"Rock et religion" est parfait pour accompagner un après midi de printemps ensoleillé sur un hamac : il permet d'éclaircir et de structurer des réflexions déjà présentes mais confuses. Pas de grandes révélations, mais une lecture plaisante. Après, sur le fond, on se doute bien que tout çà n'est en général qu'une affaire de gros sous et de prosélytisme, sans négliger ou dénigrer le réel engagement spirituel de certaines de nos rock stars.

Et puis de toute façon, vous et moi, on le sait bien, il n'y a que deux vérités fondamentales dans le Rock :
On doit béatifier Patti Smith,
Et Dieu, c'est Clapton.
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