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Billet Albumrock

Edito mars 2017 : pretty hate production


Nicolas, le 15/03/2017

Trouver un sujet d’édito n’est pas toujours chose aisée, d’autant plus lorsque l’actualité musicale ne représente pas, à l’époque donnée, une source d’inspiration insurpassable. C’est qu’en deux ans, nous avons eu l’occasion d’aborder maints sujets, et il est de bon ton, pour le rédac’ chef, de ne pas sombrer dans la redite commode. Tout à mes tergiversations, me voilà à potasser paresseusement le dernier numéro de Rock N’ Folk en ne manquant pas de râler une nouvelle fois sur la une consacrée aux Stooges - tu parles d’une actu - alors que nombre de jeunes pousses mériteraient certainement qu’on les mette davantage en lumière. De toute façon, dès que Manoeuvre peut balancer les Stooges ou les Stones en première page, il ne se prive pas de le faire. Quand on parle de commodité… Non pas qu’Iggy et ses potes ne comptent pas dans le firmament du rock, loin de là. Ayant eu la chance de les voir en live à Quimper (surréaliste mais vrai) dans leur configuration Raw Power (à savoir avec John Williamson), je peux témoigner qu’assister à un concert des Stooges fut une expérience unique, aussi physique que sensorielle. Et je me doute qu’on était bien loin de leurs grandes heures, à l’époque ou les natifs de Detroit se produisaient exclusivement en territoire américain dans des sous-sols miteux et qu’ils déchaînaient des assistance autrement plus dangereuses. N’empêche qu’à un moment, il faut aussi savoir tourner la page.

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Mes souvenirs extatiques de ce concert stoogien me poussant à allumer ma platine et à y insérer leur galette éponyme, que n’ai-je pu m’effrayer du contraste existant entre la violence inouïe de leurs prestations live et un premier album studio au final très convenu, très lisse sur le plan sonore, ou disons pas assez rugueux. Non, on ne me fera pas dire qu’“I Wanna Be Your Dog” sonne sur platine. En revanche, que dire de Fun House qui, là, explose dans toute son ire et sa brutalité ? Pourtant, il s’agit du même groupe, des mêmes instrumentistes, et les deux disques ont été enregistrés à moins d’un an d’intervalle. Alors quoi ? Pourquoi une telle différence ? La réponse tient en un mot, un seul, un gros mot pour certains. Production. John Cale, en charge de la mise en boîte de The Stooges, n’a pas su saisir l’essence de l’Iguane et de ses potes camés, leur bestialité, leur rage vitale, alors que Don Gallucci, lui, a réussi cette gageure. C’est tout le paradoxe de ce poste technique et artistique à la fois indispensable mais souvent décrié, surtout lorsque le boulot est mal fait. Là-dessus, des querelles de clochers éclatent à la rédaction à propos du dernier Temples, et très vite, alors que là encore le groupe n’a pas fondamentalement changé en deux ans, on comprend que c’est la production qui est en grande partie responsable des divergences d’opinion accompagnant un Volcano qui ne manquera pas de faire parler de lui, en mal comme en bien. Et ne parlons pas du dernier Shins ! Heartworms est le parangon de l’album surproduit qui dénature le songwriting pourtant toujours aussi sublime de James Mercer. Dès lors, avant de régler nos comptes avec les disques en question par critiques interposées, penchons-nous quelques instants sur cette interface entre le rocker et l’auditeur, une interface que l’on voudrait parfois pouvoir occulter mais qui, malgré tout et peut-être aujourd’hui plus qu’hier, occupe une place prépondérante dans le succès ou l’échec d’un disque.

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La production est une discipline mixte : elle est à la fois technique et artistique, et c’est là toute sa difficulté. On peut être un arrangeur fameux et un piètre ingé son, ou à l’inverse connaître ses consoles sur le bout des doigts et ne pas avoir un pète de jugeote musicale, le résultat sera le même : raté. On ne compte plus les disques massacrés par une production médiocre, The Stooges donc mais aussi Wretch de Kyuss, Born Again de Sabbath, St Anger de Metallica, Movement de New Order, etc etc, on ne va pas non plus y passer la nuit. Et il ne s’agit pas que d’une question d’intention. On pourra toujours relever l’argument suivant : les Stooges sont crados, des punks avant l’heure, c’est normal que leurs disques soient crados. Faux, archi faux. Les Clash étaient punks, et leurs disques sonnaient du feu de dieu. Pareil pour Nevermind The Bollocks. At The Drive-In fait du post hardcore garage, et bon sang, la prod’ de Relationship Of Command est monstrueuse - d’ailleurs, celle du très attendu in•ter a•li•a est bien partie pour suivre le même chemin. Par ailleurs, ne confondons pas production ratée et production datée. Certains disques, quoique parfaitement couchés sur bande à l’époque de leur sortie, souffrent aujourd’hui de leur esthétique surannée, on pensera en particulier à l’abjecte vague eighties qui sévissait en particulier dans le heavy rock. Se repasser un disque hair metal 80’s, de Bon Jovi ou de Mötley Crüe par exemple, indépendamment de l’immonde racolage FM-MTV sciemment appliqué à ces galettes, relève de l’épreuve tant ces sonorités kitch, ces claviers bontempi, ces batteries lointaines et réverbérées ont mal vieilli. Pareil pour Black Sabbath : essayez un peu de réécouter Headless Cross sans vous rouler par terre de rire, gageure assurée. À ce petit jeu, on s’étonne à peine qu’Appetite For Destruction des Guns N’ Roses, avec sa mise en boîte rugueuse à l’ancienne, ait pulvérisé tous les scores de vente, même s’il s’agit là d’un item parmi tant d’autres susceptibles d’expliquer pourquoi Axl Rose et sa bande ont ringardisé tous ces glam rockers d’opérette avant de se faire à leur tour ringardiser par Kurt Cobain et ses succédanés.

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On peut évidemment concevoir que sur un plan purement sonore, les opinions vont forcément diverger en fonction du ressenti personnel de chacun : parmi les adorateurs des Pixies, il y en aura autant à chanter les louanges de Surfer Rosa que d’autres à porter aux nues Doolittle, même si l’avenir confirmera que Black Francis et ses sbires reconduiront Gil Norton - responsable du second - plutôt que Steve Albini - en charge du premier. À titre personnel, je trouve que le parti pris d’Albini, avec un rendu sec et un duo voix - batterie mis en avant au détriment des cordes, épouse autant le côté abrasif des lutins qu’il peine à mettre en valeur leurs qualités mélodiques. Il y a ainsi du bon et du moins bon dans chacune des photographies musicales de ce même sujet. Quant aux choix d’arrangement et à l’habillage cosmétique, la question est toute autre. Je ne doute pas que des millions de personne aient adoré les atours fluorescents de Brian Eno sur le Viva La Vida de Coldplay. L’album a fait un carton, après tout, même si avec du recul on comprend maintenant qu’il n’était que la première étape d’un processus de mainstreamisation aboutissant au pathétique A Head Full Of Dreams, épouvantable épitaphe pop étincelante de plastique et de toc. En cela, Brian Eno a certainement su saisir, non pas la sensibilité de Chris Martin et ses sbires, mais leur volonté de percer auprès du grand public et de jouir d’un succès de masse. On peut ainsi affirmer sans fard que le travail a été fait et bien fait, mais à quel prix ?

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Il est un fait qu’un producteur peut totalement transformer la musique d’un groupe de rock. Exemple typique avec Bob Rock et Metallica : l’abysse séparant ...And Justice For All et le Black Album est sidérante, tant sur un plan purement sonore - avec le rendu clair et ample de Rock qui tranche avec la raucité des quatre disques précédents des Four Horsemen - que d’un point de vue structurel - le mid tempo fédérateur reprenant ses droits sur le thrash frondeur et alambiqué de leurs débuts. L’album noir fut un succès, mais l’emploi des mêmes méthodes formelles sur les quelques trois disques suivants a eu tôt fait de se retourner contre les californiens, on aura l’occasion d’en reparler très bientôt puisque notre prochaine série de podcasts sera consacrée, roulement de tambour, au groupe de James Hetfieldeuaahh ! Transformation identique pour Mastodon, The Hunter faisant clairement figure d’OVNI clinquant au beau milieu d’une discographie beaucoup plus progressive sur le fond et garage sur la forme, fait encore confirmé par le prochain The Emperor Of Sand qui se pare d’un habillage sonore peu ou prou identique au précédent Once More Round The Sun et qui relègue au rang de (belle) curiosité la galette à la tête de cerf sur fond écarlate. Pour autant, un producteur doit aussi se mettre au service du groupe qui fait appel à lui. Sans doute peut-il le titiller, le pousser dans ses retranchements afin l’aider à se dépasser, mais il lui faut également respecter les choix et les décisions des instrumentistes qui restent maîtres de leurs œuvres. Ainsi n’est-il pas rare que les artistes les plus renommés assurent au bout du compte leur propre production, étant les plus à même de savoir ce qui leur convient le mieux. Les exemples sont légion et des plus prestigieux : Les Beach Boys via Brian Wilson, Led Zeppelin via Jimmy Page, Black Sabbath via Tony Iommi (dès Vol 4), Pink Floyd via un peu tout le monde, les White Stripes via Jack White, and so on, passons. À moins qu’un groupe puisse bénéficier d’une âme sœur, d’un membre fantôme, capable de se fondre dans l’esprit, dans l’essence de la formation, de faire osmose avec ses musiciens, sublimant ainsi leurs compositions. On pensera bien évidemment à George Martin, le cinquième Beatle, ou Nigel Godrich, le sixième membre de Radiohead. Pour le reste, tout est question de compréhension et de confiance mutuelles. Un bon producteur doit avoir une oreille pour entendre, un cœur pour ressentir et un cerveau pour retranscrire. Beau tableau, non ?

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Pour en revenir à Temples - cf la future critique de Volcano à paraître incessamment sous peu -, mon ressenti personnel était que les natifs de Kettering, malgré tout le bien que l’on disait d’eux, pêchaient par manque de limpidité formelle et souffraient, sur Sun Structures, d’une production justement trop nébuleuse qui, tout en soulignant parfaitement l’aspect psychédélique de leur pop british, pêchait en terme de lisibilité et d’intention. Ainsi, ce défaut a été totalement gommé par James Bagshaw sur la seconde galette dont l’enrobage n’a quasiment plus rien en commun avec celui de la première, même si le leader chevelu les a produites toutes les deux, phénomène assez rare pour être souligné. Par ce procédé formel tout simple, Temples est devenu accessible mais sans doute trop lisse pour certains, voire énervants dans leur recours systématique à des artifices sonores redondants qui, on le comprend, peuvent agacer. Et pour en revenir à James Mercer et à The Shins… que dire ? Voilà à l’inverse l’exemple typique du type qui avait tout bon dès le départ (Oh! Inverted World, autoproduit et magnifique) et qui se retrouve au fil du temps incapable de se driver lui-même, accumulant les bourdes au contact de professionnels de seconde zone avant de se retrouver à nouveau seul aux manettes d’un Heartworms boursouflé par des arrangements obèses et liquoreux. Comme quoi, le fait de fréquenter Danger Mouse en studio au sein de Broken Bells ne lui a pas conféré un surplus de clairvoyance. On pourra d’ailleurs mettre sur un même pied d’égalité, dans des registres totalement différents, le même Mercer et les Black Keys, tous trois placés sous la férule du même Brian Burton et qui, à son contact, perdent peu à peu pied avec les réalités, en témoigne la dérive pop fadasse d’Auerbach et Carney à mesure que les guitares des touches noires se taisent et que l’influence la souris dangereuse croît. Espérons que les Keys ne nous livreront pas un autre Turn Blue la prochaine fois, ils risqueraient de ne pas s’en remettre… et nous non plus.

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Cette place prépondérante allouée à l’emballage mainstream chez nombre d’acteurs modernes va de pair avec un phénomène purement sonore celui-là que l’on pourrait qualifier de surproduction. On ne va pas revenir sur toutes les techniques usées jusqu’à la corde depuis des décennies qui visent à améliorer le son des disques et à créer de l’ampleur, du volume, qu’il s’agisse des overdubs ou du fameux wall of sound de Phil Spector, et qui ont fait avancer, par bien des aspects, le rendu sonore de nos chers albums. N’empêche : la sursaturation de l’espace auditif a atteint au début des années 2010 un seuil critique qui a fait que notre oreille n’avait même plus droit au moindre répit. Prenez une production metal standard de l'époque et observez-en le spectre des fréquences, sur Soundcloud tout particulièrement : vous verrez que la plupart du temps, la bande se réduit à un simple rectangle homogène, s’étendant en totalité de part et d’autre de l’échelle sonore. En comprimant le son à l’excès, on en est arrivé à un tel degré de saturation et de distorsion que la musique peinait alors à respirer, à se développer. Cette “loudness war”, notablement érigée en cheval de bataille par Rick Rubin (exemple typique avec Death Magnetic, encore de Metallica, mais aussi Californication des Red Hots et 13 de Black Sabbath) est fort heureusement en passe d'être perdue par les tenants pathologiques de la compression. Aujourd'hui, le milieu metal lui-même commence à faire machine arrière, et des groupes comme Anciients, Black Anvil, Code Orange ou même Gojira (Magma a été autoproduit) s'efforcent d'aérer leur son, avec succès. Suivant cette mouvance récente, on rêverait presque à l'extrême de revenir dans les années 60-70, à une époque où la musique savait s’exprimer avec plus de chaleur, un guitare plus ronde, une batterie plus mate, où chaque instrument trouvait parfaitement sa place spatiale et sonore dans les enceintes. Une prise de conscience qui va de pair avec la réhabilitation du vinyle, support le plus à même d’apporter justement de la rondeur aux chansons. On n’écoute pas un album de Led Zeppelin comme un disque de Royal Blood, et quelque part, tout n’est que question d’habitudes à prendre ou à reprendre. Les professionnels entendront-ils cet appel ? Au moins la question se pose-t-elle depuis peu, et soyez-en assurés, nous avons tout lieu de nous en réjouir.

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