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Billet Albumrock

Edito décembre 2015 : l'aigle qui tirait le diable par la queue


Nicolas, le 30/11/2015

A l’approche des fêtes de Noël et alors que la France se remet comme elle peut des attentats meurtriers qui ont ébranlé sa capitale en ce vendredi 13 novembre de sinistre mémoire, un certain nombre de propos mêlés d’incompréhension et de peurs circulent sur le net, se faisant écho par voie numérique d’idées semblant encore nettement répandues dans la population générale étrangère au milieu du rock. Je profite donc de la tribune qui m’est offerte pour essayer de remettre posément quelques points sur les i.

Un petit aparté pour commencer. J’avançais dans mon édito spécial d’il y a quinze jours que les attentats de Paris ne visaient pas explicitement un concert de rock, mais une salle de concert au sens large. Il semble malheureusement que je me sois trompé à la lumière d’une interview de l’ex juge anti-terroriste Marc Trévidic qui confirme bien que l’un des fanatiques interrogés par ses soins quelques mois plus tôt lui avait clairement signifié qu’il existait une réelle volonté terroriste de faire un carton à un concert de rock. Une révélation de funeste augure qui attire forcément la question du pourquoi.

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Vous avez certainement dû entendre parler de cette histoire de prêtre catholique exerçant à la basilique de Fourvière qui a été relevé de ses fonctions par l’Archevêque de Lyon en raison de propos offensants à l’égard des victimes du Bataclan. On se méfiera toujours de phrases citées hors contexte, et je ne peux donc que vous enjoindre à lire cette tribune publiée sur le site Riposte Catholique et titrée “Les aigles (déplumés) de la mort aiment le diable !”. Néanmoins, citons le paragraphe faisant polémique. “Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… (...) Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt !” Et plus loin : “130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour (Ministère de la Santé – merci Orwell !). Où est l’horreur, la vraie ?”

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Passons sur la dernière citation, certes totalement déplacée et scandaleuse dans ce contexte dramatique mais qui s’éloigne assez largement de mon propos et des sujets à traiter dans un webzine rock. On imaginerait bien évidemment un tout autre discours si les fous d’Allah s’en étaient pris à une église chrétienne et à ses paroissiens - ce qui, soit dit en passant, risquerait tout aussi bien d’arriver - mais que voulez-vous, l’occasion était trop belle pour certains de ruer tête la première dans les poncifs. D’autant que l’objet du délit, la fameuse chanson des EODM intitulée “Kiss The Devil”, a été “choisie” par les terroristes pour sonner le glas de leurs actes de barbarie au Bataclan. Là encore, il faut évidemment citer les paroles de la chanson en question qui, visiblement, en ont horrifié plus d’un sur la toile. “Who'll love the devil?... / Who'll love his song?...  Who will love the devil and his song?...  I'll love the devil!...  I'll sing his song!...  I will love the devil and his song!...”. Etc etc, je passe sur la suite qui s’enferme dans une tranquille redondance.

Bien.

S’il est un fait que le sens de l’humour ne doit pas être la vertu la mieux partagée parmi les terroristes, on ne peut pas forcément en dire autant chez les rockers. En l’occurrence, en ce qui concerne Jesse Hughes, le sens de l’humour est comme une deuxième peau. Oh certes pas un humour des plus finauds, mais un sens de la dérision, de la jovialité, qui invite tout simplement à rire sans forcément prendre le propos au pied de la lettre. Il n’échappera pas aux connaisseurs que, bien évidemment, les Eagles of Death Metal ne sont pas un groupe de metal, encore moins un groupe de death metal et encore encore moins un groupe de satanistes. “The Devil”, ici, ne représente pas le Diable en tant que tel, mais… Hughes lui-même. Ce n’est rien d’autre qu’un surnom donné par son pote et bandmate Josh Homme alors qu’ils étaient encore tous les deux à l’école primaire, après que le rouquin de service ait été témoin des frasques et des plaisanteries pendables de son petit camarade qui, en retour, l’affublait alors du sobriquet “Baby Duck” que Homme conserve toujours aujourd’hui (cf l’interview des EODM suite aux terribles événements de Paris). A la lumière de ce “détail”, il n’échappera donc à personne que la chanson en question, si elle joue bien évidemment sur une ambiguïté hautement provocatrice, se pose davantage comme l’une de ces harangues nombrilistes et égotiques dont nombre de rock stars tapageuses ont le secret que comme un appel à vénérer les forces occultes. Là-dessus, on peinera à trouver une quelconque référence au malin dans les autres chansons des Aigles du death metal. Et pour cause, il n’y en a aucune. Ne parlons même pas du fait que le prêtre destitué oublie commodément de citer un “Save A Prayer” - certes une reprise de Duran Duran - qui fait plus que rétablir la balance en faveur des bonnes intentions du moustachu natif de Greenville. En définitive, Hughes aurait-il pu un jour imaginer que des fous furieux allaient prendre le texte de son “Kiss The Devil” au pied de la lettre et s’en servir comme prétexte pour massacrer des innocents ? On peut évidemment se permettre d’en douter. Toujours est-il que le Diable, lui, le vrai, doit être en train de rire à gorge déployée.

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Pour autant, le rock doit-il être dédouané de toute responsabilité, non pas quant aux attentats récents - soyons sérieux une minute - mais quant à la diffusion d’idéologies potentiellement dangereuses ? Je ne préfère même pas parler d’immoralité tant ce terme revêt des significations et des degrés d’interprétation aussi divers que le nombres de cultures présentes sur cette planète. Si l’on s’en tient à la scène rock traditionnelle (à laquelle appartiennent, encore une fois, les Eagles of Death Metal), il est un fait que les messages et les valeurs transmis aux auditeurs par sillons interposés s’avèrent dans leur immense majorité conformes à une vie communautaire sereine et équilibrée. Nonobstant la thèse avancée par le prêtre mis sur la touche, les EODM n’aiment ni le diable, ni la mort, ni la violence, et il en va de même pour la quasi-totalité des groupes dans le circuit. Le rock n’est ici que le reflet d’un mode de pensée occidental certes déchristianisé, ou pour le moins areligieux, mais non moins sensible aux préceptes défendus des siècles durant par les penseurs et les philosophes humanistes. Néanmoins, il faute rester très prudent dès lors que l’on aborde le milieu du metal, et si une très grande majorité, là encore, des groupes sur la place ne véhicule pas d’idéologies déviantes, on gardera en mémoire que plusieurs formations satanistes prônent ouvertement le meurtre et la destruction, ce qui a conduit notamment le Hellfest à annuler la participation de certaines olibrius plus que borderline et flirtant avec le nazisme, notamment Satanic Warmaster. A ce titre, un groupe comme Slayer qui revendique explicitement jouer sur la provocation et ne pas adhérer aux thèmes soulevés dans ses propres chansons devrait faire preuve de davantage de retenue afin d’éviter que certains morceaux, “Angel of Death” ou “Jihad” pour les plus significatifs d’entre eux, ne soient interprétés au pied de la lettre. Entre provocation et incitation, il n’y a parfois qu’un pas, et tout n’est alors qu’une question de tonalité et d’interprétation...

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Mais la question qui se pose en fin de compte est de savoir en quoi le rock serait d’une quelconque manière responsable de la dérive sociétale pointée du doigt par certains. Oui, c’est un fait, la religion disparaît du champ de pensée occidental, et avec elle le levier moral et spirituel qu’elle exerce sur les individus. On ne va évidemment pas refaire l’histoire, et on se contentera seulement de renvoyer le christianisme à ses propres errements récents et à une mutation sociétale qu’il n’a pas su convenablement appréhender pour asseoir son implantation dans le paysage intellectuel contemporain. Pour autant, le rock n’est en rien l’acteur de ce fait. S’il s’est un temps érigé au rang de contre-culture face à un pouvoir solidement établi, s’il s’est fréquemment livré à des critiques religieuses comme morales, politiques et intellectuelles - et s’il continue de le faire, quoiqu’à la marge - il n’a évidemment pas vocation à se substituer à une idéologie ou à une morale, qu’elle soit forte ou déclinante. Au même titre que les films que l’on regarde ou que les livres que l’on lit ne remplacent pas la nécessité d’établir son propre schéma de pensée sur les valeurs nécessaires à l’épanouissement de l’individu comme de la société. Il n’est pas interdit, en observant la lente descente aux enfers de Walter White dans Breaking Bad, de prendre progressivement ses distances avec un individu initialement sympathique mais dont les choix dérangeants et immoraux deviennent de plus en plus indéfendables. De même, écouter de la musique, écouter un message véhiculé par un artiste, ne revient pas à y adhérer passivement sans faire preuve d’un minimum d’auto-critique et de réflexion. Enfin, n’oublions pas que le rock demeure un divertissement au même titre que les derniers exemples cités, et l’on n’ose espérer que l’identité de tout un chacun se résumerait exclusivement à la somme de ses loisirs. Bien sûr, comme tout média, le rock diffuse des images, sons, textes vecteurs de sens, valeurs, idéaux portés par leurs auteurs et proposés aux adeptes que nous sommes. À nous de nous les approprier ou de prendre de la distance avec eux, en notre âme et conscience et au besoin en nous aidant d’un éclairage extérieur, qu’il soit philosophique, politique, humaniste voire religieux. And after all, it’s only rock n’ roll, isn’t it ?

Preuve ultime que le rock ne saurait en tant que tel être le messager du malin, le souverain pontife lui-même vient tout juste de sortir un album pop rock intitulé Wake Up! et dont la musique, illustrant des extraits de discours traitant de paix, de fraternité et d’environnement, a été réalisée par Tony Pagliuca, fondateur du groupe de rock progressif italien Le Orme. Libre à chacun d’aller l’écouter et d’adhérer (ou non) au propos en question. Comme en celui de Jesse Hughes dont la portée, en comparaison, semble pour le moins dérisoire...

 

En savoir plus sur Eagles of Death Metal, Slayer
Commentaires
Etienne, le 03/12/2015 à 09:29
Un bel édito qui remet les pendules à l'heure. Well done !
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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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