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Critique d'album

Nirvana


In Utero


(13/09/1993 - DCG - Grunge - Genre : Rock)
Produit par Steve Albini

1- Serve the Servants / 2- Scentless Apprentice / 3- Heart-Shaped Box / 4- Rape Me / 5- Frances Farmer Will Have Her Revenge on Seattle / 6- Dumb / 7- Very Ape / 8- Milk It / 9- Pennyroyal Tea / 10- Radio Friendly Unit Shifter / 11- Tourette's / 12- All Apologies
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Le petit frère sale et boiteux, l'apogée des paysagistes musicaux made in 90's. "
Geoffroy, le 23/04/2012
( mots)

Etrangement, le Grunge n’a pas apporté grand-chose de nouveau à l’esthétisme rock. Des musiques bruyante et dépressives, tirant sur le punk mais cherchant la mélodie, on en connaissait déjà en ces années nuques longues quand il fallait creuser les scènes alternatives sans l’aide du net pour espérer dénicher l’Arche de Noé et échapper au déluge de solos réverbérés et de chanteurs à paillettes. La scène de Seattle y ajoutait juste un certain style vestimentaire et ce côté moisi qui vient de l’humidité. Mark Arm, chanteur de Mudhoney, s‘est récemment confié: "Ce n’est pas comme si nous avions inventé quelques chose… Les moches n’avaient pas le droit de faire du rock avant. Sub Pop a mis en avant le style "loser"." Il est clair que le Grunge fut la totale représentation musicale d’un état d’esprit de losers, d’une jeunesse désabusée et pessimiste, tout comme le Krautrock a été dans les années soixante-dix le moyen d‘expression d‘une relève allemande voulant se démarquer de son triste passé. L’intégration du Grunge dans un contexte, une époque et un lieu précis en fait quelque chose d’exceptionnel, la synesthésie d’une effervescence, d’un style de vie et d’un paysage commun à tous ces musiciens.

In Utero n’est en rien une suite logique. Il n’est pas le nouvel opus d’un groupe qui cherche à assoir son succès en utilisant la même formule qui a fait le carton du précédent. Il ne reprend pas les choses là où son prédécesseur les a laissées. Car là où Nevermind a révolutionné l’approche de la musique moderne en ouvrant grand la porte du rock à des millions d‘âmes perdues cherchant une nouvelle fascination dans un paysage morne, In Utero s’est écrasé, trainant dans l’ombre du grand frère comme tous les vilains petits canards dont Nirvana avait l’habitude d’accoucher, dans l’ombre de ce fils parfait. Superbe, réfléchi, direct sans être geignard et loin de la prétention. Comment aurait-il pu se douter qu’un jour tout lui retomberait sur la gueule ? Comme tous ces albums intemporels qui vous changent la vie de centaines et de milliers d‘êtres, il est une chose à laquelle ils ne peuvent plus jamais toucher une fois leur premier élan dissipé, une chose qui ne se nomme pas mais qui se perçoit au fil du temps, quand les auditeurs se font plus curieux, qu’ils découvrent dans l’essence pleine d’une musique ce qu’ils ne retrouveront plus en Nevermind. Des morceaux certes exceptionnels, une thématique intrinsèque lourde de sens, ancrée dans son époque et mise en forme dans un son aux relents sales et pourtant impeccable, léché à la limite de la pop, mais qui mène à une question : Nevermind n’apporte-t-il pas tellement à l’auditeur qu’il finit par en devenir chiant ? 

Scandale. Et pourtant, bien que son importance soit capitale pour nombre d’entre nous, on en vient facilement à lui préférer de plus en plus de disques et notamment son cadet, le boiteux à la gueule de travers, dégueulasse et bourré de défauts, celui qui suinte la douleur, chiale comme une merde et hurle à la mort, le rendant étrangement attirant. Pourquoi ? Tout simplement car il est celui qui ressemble le plus à son géniteur dans son malaise post adolescent. Il n’est pas anodin de réaliser que le groupe le plus marquant de ces vingt dernières années ait été mené par un blondin rachitique et lunatique, bloqué depuis des lustres en pleine jeunesse torturée et incapable d’assumer son rôle d’adulte. Un déséquilibré sur le fil du rasoir jusqu’à ses vingt sept ans, se foutant en l’air au sommet sous le poids d’un succès qui ne l’aura pas sauvé, à la fois désiré mais tellement insupportable, trop lourd pour des épaules trop maigres. Non, Cobain n’est pas un ange, ni un modèle à suivre, mais sa sensibilité et la puissance de son expression sont les plus sincères et les plus intenses que le monde du rock ait connu depuis… 

Enfanter d’un monstre que seuls les francs et les justes pourront aimer pour ce qu’il est en profondeur et pas pour sa surface, une surface qui sera rêche, cassante et acérée, laissant les imposteurs sur le carreau. Fini le succès auprès de tocards si longtemps détestés, et surtout, plus jamais de "Smells Like Teen Spirit". Steve Albini, producteur indie aux idées et à la technique brutes, est le genre de mec qui sait comment faire sonner un groupe puisque le superficiel le dégoûte. Pas de concessions, des directives claires pour envoyer se faire mettre Geffen. Après tout, la vache à lait est devenu le nouveau messie, alors les gros bonnets n’auront qu’à la boucler. Deux petites semaines suffiront à mettre en boite et mixer les treize titres qui composeront In Utero, Albini travaillant vite pour conserver une touche de spontanéité nécessaire à ce que désire Cobain, des sonorités live, rugueuses, qui ne donneront pas la becquée aux oisillons. Malgré quelques désaccords sonores entre les têtes fortes que sont les deux hommes, seuls les deux singles seront remixés.
 
Trois coups de baguettes du bucheron et premier accord crado qui résume à lui seul l’identité sonore de In Utero. "Teenage angst has paid off well, now I’m bored and old." Seule cette première phrase suffit à descendre Nevermind aux oubliettes. La ligne de guitare de "Serve The Servant" est poisseuse et dissonante, le lit parfait pour un Cobain qui ressasse son passé et y allonge ses échecs de jeunesse, réglant ses comptes avec un père trop absent à renfort de sentences assassines ("I tried hard to have a father but instead I had a dad") pour finir par écraser son traumatisme du divorce dans un final pathétique. "Such a bore"… Le ton de la maturité. La puissance monstrueuse qui s’échappe de "Scentless Apprentice" est fulgurante, le témoignage pur des racines que Nirvana voulait sentir se dégager de cet album, racines enfouies d’un Bleach sous estimé auxquelles viennent se greffer une superbe identité mélodique, le fait étant que Cobain n’aura jamais pu choisir entre les Beatles et les Melvins. Tout aussi représentée par des furies rageuses comme "Tourette’s" l’écorchée ou l‘ironiquement prétentieuse "Very Ape", sans oublier ce "Doll steak, Test meat" d’un "Milk It" à la violence sourde malsaine, une douleur aigue et abrasive se détache de presque tous les instants de ce disque quand ils ne sont pas ceux d’une douceur moite à laquelle il avait rarement habitué ses auditeurs. 

Car In Utero possède les chansons les plus touchantes que la large vague grunge a engendré aux côtés des perles noires de Alice In Chains. Des morceaux délicieusement écrits comme "Dumb" et "Pennyroyal Tea" (cette voix de fantôme dans l‘oreille gauche du casque au deuxième refrain), voyant étinceler Cobain dans un songwritting à fleur de peau et aux encens aigres-doux de pourriture, relevé d’arrangements subtils de violoncelle ou simplement d’accords de guitares maladroits. Une écriture qui sent la maturité, une forme d’acceptation des choses, une tristesse joyeuse qui s’apparente parfois à un havre de paix au centre de noirs tourments : un "Heart Shaped Box" tout aussi poignant que viscéral, atteignant des sommets de sentiments contradictoires qui en font un monument d’émotions belles et glauques en lieu et place d’une ballade qui aurait pu puer la naïveté, et "All Apologies" où Cobain se repend aux genoux du monde sous une mélodie à chialer, suintant presque un soupçon de plénitude dans les paroles d’une apaisante coda. "All in all is all we are." Une douceur enfermée dans la profondeur insondable d’un chaos où se mêlent vapeurs de souffre et désirs de vengeance. Les prophéties de "Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle" en feraient presque flipper dans cette classique mais rarement aussi bien sentie formule : couplet tendu, refrain écartelé et break de malade. Quant aux provocations salaces de "Rape Me" et l‘autodérision de "Radio Friendly Unit Shifter", elles claquent le beignet aux requins et aux imposteurs, la première dans un contraste de morceau rock formaté et de paroles hautement subversives, la seconde dans un enchevêtrement de larsens et de riffs furieux.

C’est à se demander finalement si un quelconque critère musical pourrait venir entacher cette œuvre, d’une trop rare profondeur pour un album de rock. La beauté artistique se trouve parfois dans une part de laideur, dans la saturation, la dissonance, l’écorchure. Ca frappe au cœur, c’en est brûlant et laisse des traces indélébiles, quelque chose de sale à l’intérieur, une impossibilité de marche arrière, une innocence brisée à l’odeur de viol, de fleurs fanées et de bébé prématuré, le tout expectoré en technicolor. In Utero est la pleine essence d’un groupe qui n’aura jamais su être comme les autres, allant jusqu‘à cracher sur sa propre réussite. Les détracteurs de Nirvana se retrouvent donc n’être que des allergiques au moindre succès commercial et des frustrés n’ayant jamais accepté la canonisation selon eux illégitime du trio dans un mouvement qui a engendré tant de formations exceptionnelles, de Pearl Jam à Mudhoney, en passant par Jesus Lizard et Alice In Chains. Le bon endroit au bon moment ? Certes et comme souvent puisque tout est rarement calculé à l’avance. Ce qui est certain, c’est que Nirvana a définitivement changé la perception musicale de nos contemporains et a rempli son rôle de catalyseur avec brio avant de s’éteindre au sommet de sa gloire et s’offrir une postérité royale. Plus qu’un groupe de rock, l’Art incarné dans ses penchants les plus crades. L’ange de la pochette les aura bien mérité, ses ailes.

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