
Van Der Graaf Generator
Still Life
Produit par
1- Pilgrims / 2- Still Life / 3- La Rossa / 4- My Room (Waiting for Wonderland) / 5- Childlike Faith in Childhood's End


Il semble qu’en 1976, Still Life vienne confirmer ce que Godbuff avait exprimé haut et fort en 1975 : la deuxième période de Van Der Graaf Generator dépasse en qualité et en inventivité la première. Cette assertion définitive et un brin provocante mérite nuance : d’une part, elle n’est pas partagée par l’ensemble des fans du groupe qui pour une part, préfèrent la trilogie initiale ; d’autre part, je ne suis personnellement que très modérément enthousiasmé par Still Life malgré sa belle réputation - et sa superbe pochette flamboyante.
Ce sixième opus est intimement lié à son prédécesseur puisque le groupe, très inspiré, avait accumulé les compositions lors des sessions de 1975. Cette filiation est particulièrement sensible sur "La Rossa", qui prolonge avec un peu plus de bonne humeur l’expérience de Godbluff, dans une ambiance toute aussi clinique et avec des variations très bien agencées. Elle l’est peut-être encore plus sur "Childlike Faith in Childhood's End", le plus long titre de l’opus – le plus énergique et électrique également, qui dispose de nombreuses transitions et variations en son sein, parfois franchement expérimentales – soit une écriture très progressive jouant le contraste entre les moments tristement apaisés et l’interprétation furieuse d’Hammill.
Néanmoins, Van der Graaf regarde également en arrière : l’introduction de "Pilgrims" semble vouloir retourner vers le début de la décennie et les sonorités évoquent les belles heures du rock progressif naissant, avec un côté Gentle Giant ou Emerson Lake & Palmer, ainsi que celles des premières œuvres du groupe. Malgré de petites surprises, notamment une insécurité mélodique saisissante et légèrement jazzy, "Pilgrims" s’avère être un titre somme toute classique. Plus introspectif, "Still Life" n’en est pas pour autant une nature morte, notamment une fois que les orgues et le chant lancinant laissent place à des passages plus rythmés et à une interprétation plus agressive. L’arrivée du saxophone et son osmose avec les claviers apportent même quelque chose de joyeux et léger qu’on aurait pu trouver chez Chicago. À l’inverse, le saxophone cotonneux et le piano tamisé de "My Room (Waiting for Wonderland)" pourraient être l’œuvre d’une version alambiquée de Lou Reed.
En comparaison à Godbluff, Still Life offre donc une image plus heureuse et légère de cette seconde période du groupe. Mais bien que très appréciée par les amateurs et par l’infime part du grand public ayant été touchée par Van der Graaf Generator, cet opus me laisse dubitatif. Tout se passe comme si en 1975, le combo avait sélectionné toutes les pistes représentatives d’une nouvelle esthétique pour composer Godbuff, en laissant de côté celles qui étaient moins inspirées ou celles qui étaient encore marquées par la première période sur laquelle reposait leur réunion, mais qu’ils avaient finalement décidé de les publier sur Still Life. Il n’en reste pas moins un héritage important et une postérité indéniable : en 1999, Opeth choisit d’intituler son quatrième album Still Life, et étant donné l’érudition de Mikael Akerfeldt, nous sommes fondés à y voir a minima un clin d’œil, sinon un hommage.
À écouter : "La Rossa", "My Room (Waiting for Wonderland)"


















