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Critique d'album

Dire Straits


Dire Straits


(07/10/1978 - Vertigo Records - - Genre : Rock)
Produit par Muff Winwood

1- Down To The Waterline / 2- Water Of Love / 3- Setting Me Up / 4- Six Blade Knife / 5- Southbound Again / 6- Sultans Of Swing / 7- In The Gallery / 8- Wild West End / 9- Lions
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Premier album des sultans du rock : humbles et virtuoses"
Julien, le 16/02/2021
( mots)

Londres, quelques parts dans la seconde moitié des années 70. Un jeune Ecossais pousse la porte d’un pub obscur de la capitale anglaise. L’assemblée est constituée de quelques poivrots qui se moquent bien du groupe de jazz à l’allure pittoresque qui est en train de jouer ce soir-là : “ce n’est pas ce qu’ils appellent du rock’n’roll”. Le natif de Glasgow lui “se sent bien en entendant cette musique résonner”, il regarde Georges (Georges Young, frère de Angus du groupe AC/DC), celui qui connait tous les accords (“he knows all the chords”). Lorsque l’heure est venue pour le pub de fermer, le chanteur du groupe s’adresse une dernière fois à ses spectateurs : “Thank you goodnight, now it’s time to go home… We are the Sultans Of Swing”.
Mark Knopfler repart de cette soirée, sourire en coin, songeant  au paradoxe  des membres de ce groupe aussi argentés qu’une cuillère en bois et qui se font appeler les Sultans, comme un écho cynique à sa situation personnelle en cette fin d’année 1977. A cette époque celui qui allait être baptisé “the quiet man of rock” a abandonné tour à tour ses emplois de journaliste et de professeur d’anglais pour se consacrer à la guitare qu’il pratique au sein de la formation Café Racers. Accompagné par son frère David Knopfler, de John Illsley à la basse et du batteur Pick Whiters, il publie une démo en hommage au groupe Sultans Of Swing qui sera le nom donné au morceau. Le titre est diffusé sur Radio London et quatre producteurs se bousculent pour signer le groupe et c’est la maison de disque Phonogram qui décrochera finalement la palme. 


Le groupe change alors de nom et devient Dire Straits, que l’on pourrait traduire par « être complètement fauché » : une manière de signifier que le passé et les années de galères ne seront pas éludées mais bien être ancrées définitivement au travers du nom même du groupe. Si les fondateurs de Dire Straits n’oublient pas leur propre histoire, ils n’oublient pas non plus celle du rock. Lorsque que leur premier album éponyme est publié en 1978, le monde, et plus particulièrement l’Angleterre, croule sous la musique punk et new wave. On est bien loin des intentions musicales du quatuor Britannique qui lui puise sa musicalité dans l’héritage blues et la musique country autour d’artistes comme The Shadows, J.J. Cale ou Chet Atkins. On retrouve ces mêmes influences dans le jeu de guitare, tout aussi caractéristique qu’il est devenu légendaire, de Mark Knopfler. Sa technique tout en “fingerpicking” (un jeu exclusivement réalisé aux doigts caractérisé par l’alternance des basses avec le pouce) apposera sa signature si distinctive sur l’ensemble de ses compositions. Cette approche alliée à une maitrise technique hors du commun font de Knopfler un des virtuoses de l’instrument. Dans toute la modestie qui le caractérise, il balaye les compliments sur son talent de guitariste en répondant : “ma façon de jouer ferait bondir n’importe quel professeur de guitare : je tiens le manche comme un plombier”.
Il est acquis que Dire Straits ne sera pas un groupe qui empile les solos, et Knopfler n’abusera jamais de son art à des fins purement technique dans le but de faire saliver n’importe quel guitariste amateur. Son approche a toujours pour but d’insuffler un élan supplémentaire au morceau : les solos s’inscrivent dans le prolongement mélodique du propos orignal, personnifiant l’instrument qui se meut alors en propagateur de l’émotion quand il ne catalyse pas l’atmosphère et les ambiances distillées. 


Ainsi s’ouvre l’album sur des échos entendus dans le lointain avant qu’un riff tentaculaire ne vienne saisir l’auditeur pour l’entrainer dans les rythmes chaloupés de “Down To the Waterline”. Un premier morceau qui met d’emblée en valeur la qualité musicale des britanniques de par l’ingéniosité dont les musiciens font preuve tout au long des 4 minutes qui composent ce titre d’une incroyable fluidité. La chanson suivante se charge de refermer complètement les portes du réels pour nous faire contempler l’un des nombreux horizons que proposent le premier effort de Dire Straits : “Water Of Love” nous imprègne d’une chaleur désertique rendue envoutante au gré des slides et du son utilisé par Knopfler. L’album éponyme du groupe retranscrit magnifiquement leurs influences, entre country sur un “Setting Me Up” affublé d’un solo une fois encore démentiel ou encore “Southbound Again” et son riff qui tire sur le rockabilly.
Bien évidemment la renommée de Dire Straits s’articule autour de la pièce centrale de l’album, le célébrissime “Sultans Of Swing”. A lui seul, le premier single du groupe rend grâce à toutes les qualités de son auteur. Le titre est bâti autour d’un riff imparable qui fait presque office de refrain. Mélodie et harmonie se lient tout au long du morceau à l’allure ascensionnel pour arriver à son point culminant sur son solo légendaire, totalement mis au service du propos orignal de la composition, qui la fera entrer dans une dimension supérieure, intemporelle.
L’album propose des titres aux allures plus posée, rendus possédés par leur interprétation. Non content d’être un guitariste hors-pair, Knopfler habille son art de quelques lignes du plus bel effet comme sur “Six Blade Knife” :
Took a stone from my soul when I was lame. Just so you could make me tame. You take away my mind like you take away the top of a tin”. (“Tu as dénoyauté mon cerveau quand j'étais à terre. C'est comme ça que tu m'as asservi. Tu as fait fuir ma raison comme tu jettes le couvercle d'une conserve”).
Un registre dans lequel on retrouve “Lions” et “Wild West End”, deux titres malheureusement éludés de la discographie de Dire Straits. “Lions” s’avance dans un registre très particulier, presque psychédélique, où la guitare accompagne la superbe mélodie de son chanteur. L’instrument devient ici un être supplémentaire distillant ses pleurs et sa peine pour une fin d’album grandiose à l’image de ce disque. Nous ne terminerons pas sans rendre grâce au titre “Wild West End”, à sa douceur magnétique qui mêle admirablement les chœurs et une descente d’arpèges des plus radieuses. Un morceau d’une richesse renversante, tout en délicatesse, caressée par la magie atmosphérique et technique de ses auteurs. 


Bien que cet album ait connu un succès certain, il le doit quasi exclusivement à “Sultans Of Swing”. Il est dommage de résumer cet album éponyme à ce seul fait d’arme. S’il est acquis que le premier album de Dire Straits résonne comme le synonyme d’une entrée en matière réussite il restera cependant dans l’ombre du géant Brother In Arms publié en 1985. Pourtant, il ne faut pas se tromper, l’insouciance de la genèse d’un premier effort à conduit Knopfler et sa bande à nous livrer un album à l’atmosphère prenante, singulière et d’une rare profondeur dans laquelle se trouvent quelques trésors qui méritent d’être déterrés et apprécier à leur juste valeur. Un disque à l’image de son chanteur : talentueux, humble, porteur de ses influences musicales. Dire Straits ne prendra pas le temps de contempler son premier succès puisque huit mois plus tard paraitra leur second opus : l’intimiste Communiqué

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