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Critique d'album

Death Cab For Cutie


Kintsugi


(31/03/2015 - Atlantic - Indie Rock Américain - Genre : Pop Rock)
Produit par Rich Costey

1- No Room In Frame / 2- Black Sun / 3- The Ghosts of Beverly Drive / 4- Little Wanderer / 5- You've Haunted Me All My Life / 6- Hold No Guns / 7- Everything's A Ceiling / 8- Good Help (Is So Hard to Find) / 9- El Dorado / 10- Ingénue / 11- Binary Sea
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Kintsugi, ou l'art de recoller les morceaux. Une pop rock de grande classe, Death Cab à son meilleur."
Nicolas, le 07/04/2015
( mots)

Avertissement : vous ne lirez nulle par ailleurs une critique aussi enthousiaste sur le dernier né de Death Cab For Cutie, l’immense majorité des avis se retranchant derrière l’écran convenu d’un disque sympa mais sans plus. Toute la difficulté va être de vous démontrer que ce sont les autres qui ont tort. Ben voyons.


Il n’est pas toujours simple de rendre une critique dans des délais corrects. Parfois l’album nous parvient trop tardivement, parfois on manque de temps pour rédiger son article, parfois encore le disque se révèle trop retors pour un avis réactif. Néanmoins, le seul élément capable d’expliquer le retard (relatif, tout de même) de cette chronique sur Kintsugi tient uniquement en un élément somme toute paradoxal : sa trop grande qualité. Car oui, publier une chronique revient par la force des choses à enchaîner sur un autre disque, et il y en a certains qui sont si grisants qu’on ne peut se résoudre à les quitter. Alors on fait durer le plaisir, encore un peu, un jour de plus. “Allez, demain, je m’y mets”.


Il est un fait que ce neuvième album de Death Cab For Cutie a longuement tourné via les services de streaming NPR puis Spotify, au point que la critique aurait pu être mise en ligne dès le début de la semaine dernière. Il est un deuxième fait que Benjamin Gibbard semble enfin avoir accouché d’un digne successeur à Plans - encore un disque d’exception n’ayant pas soulevé d’émoi particulier au sein de la pop-rockosphère - après une carrière en dents de scie chez Atlantic, une carrière dans la cour des grands pour cette formation qui aime à se qualifier comme “le plus grand des petits groupes de rock au monde”. Et un troisième que Gibbard n’est jamais aussi bon que quand il a le coeur brisé. L’intéressé s’agaçait d’ailleurs, à l’époque de la sortie de son album solo, Former Lives, de ce poncif ressassé par des journalistes musicaux mettant clairement en parallèle la piètre qualité du disque - ce qui est loin d’être exact, du point de vue de l’auteur de ces lignes - et le bonheur clairement affiché par le natif de Washington nouvellement arrivé à Los Angeles au bras de sa pétulante épouse, Zooey Deschanel. N’empêche : deux ans plus tard, après un divorce traumatisant géré dans une certaine discrétion et après avoir plié bagage pour Seattle, l’enfant chéri de l’alt rock ricain, se définissant lui-même comme “dévasté émotionnellement”, semble avoir retrouvé les firmaments de son art. Ce d’autant que Gibbard a également dû essuyer le douloureux départ de Chris Walla, guitariste et producteur historique de Death Cab. Mais paradoxalement, ce départ est sans doute la meilleure chose qui soit arrivée au taxi mortel.


On était resté mi-figue mi-raisin à l’écoute de Codes and Keys, précédent album s’essayant à davantage de claviers et partageant les crédits du songwriting avec le grand barbu. Ce dernier étant désormais hors course, Ben Gibbard reprend intégralement les rênes de son groupe et de son coeur brisés tout en tâchant d’en recoller les morceaux. C’est l’essence même de ce nom bizarre, Kintsugi, qui désigne en japonais les tessons d’une poterie que l’on tente de reconstituer. Quoi de mieux, alors, que de revenir aux fondamentaux. Gibbard l’affirme lui-même : “J’ai voulu faire un album pour que ceux qui nous suivent depuis longtemps se souviennent de ce que le groupe était auparavant.” Pari à 100 % réussi, car à tous points de vue, Kintsugi semble faire suite au fascinant Plans, tant dans la tonalité de ses arrangements que dans la force poétique de son songwriting.


Les non anglophones ne l’appréhendent peut-être pas, mais Benjamin Gibbard est un faiseur de chansons particulièrement doué. Il sait trousser des mélodies captivantes, les mener là où il souhaite, les agrémenter instrumentalement avec justesse et surtout écrire des textes magnifiques. A ce titre, “Black Sun” est un véritable trésor de rimes exotiques sur fond d’environnement urbain et humain délétères, une juxtaposition d’images exprimant la relativité de l’existence et des sentiments. Les textes de Kintsugi s’avèrent désenchantés, désabusés, extrêmement critiques envers une L.A. à laquelle Gibbard ne s’est jamais acclimaté et qui lui a volé son âme. La mégalopole californienne, quoique quasiment jamais citée, hante l’album dans un camaïeux de clairs-obscurs saisissants, tandis qu’à d’autres occasions se voient taclées les personnalités superficielles qui refusent les conversations approfondies et/ou qui ne jurent que par les réseaux sociaux. Le frontman, après avoir lui-même fermé ses comptes Twitter et Facebook et s’être reclus dans la Seattle chère à son coeur, sait encore et toujours magnifier la beauté de l’homme et les sentiments amoureux contrariés ou impossibles. Mais, et c’est là où Gibbard surpasse les autres songwriters, jamais il ne verse dans le pathos complaisant et nombriliste. Ses chansons semblent pouvoir s’adresser à n’importe qui, et plus fort encore, la mélancolie initiale n’est toujours qu’un vecteur conduisant à asseoir à nouveau l'équilibre psychique et le bonheur.


Le reste ne pourrait être qu’une accumulation de superlatifs, mais tâchons tout de même de garder une certaine contenance. Car Death Cab For Cutie est incapable du moindre accident dès lors que la feuille de route se révèle irréprochable. On retrouve une tonalité d’arrangements proche de ceux de Plans, moins musclés que pour Narrow Stairs, moins synthétiques que pour Codes and Keys. Du rock, oui, mais tranquille, doux et méticuleusement édifié. Même si Ben Gibbard ressasse son amertume de son timbre traînant si caractéristique, cela ne l’empêche pas de mettre du rythme dans ses titres, de marteler un binaire pimpant en l’introduisant par un crescendo parfaitement maîtrisé (“No Room In Frames”, idéale entrée en matière), d’asséner quelques riffs secs quand il le faut avant de dérouler de beaux arpèges onctueux sur une basse qui gratte et des percussions qui claquent (“The Ghosts Of Beverly Drive”), allant même jusqu’à adopter une rythmique délicieusement funky sur le turbulent “Good Help (Is Hard To Find)”, là encore marqué de cet arôme doux-amer qui caractérise tout le disque. Le chanteur plonge souvent sa tristesse dans un bain de couleurs 80’s savamment maîtrisé, presque typé Depeche Mode sur le résigné “Little Wanderer”, très réminiscent des premières balades glam nonchalantes de Placebo (“Ingenue”), resortant par petites touches les synthés pour accompagner ses cordes quant il faut se faire plus songeur (“Everything’s A Ceiling”), avec même une petite pointe d’électro à la Postal Service dans les rythmiques cliquetantes d’un “El Dorado” qui se serait sans cela engoncé dans une torpeur hébétée. Et même dans le dépouillement, Ben Gibbard reste parfaitement en phase avec son disque, piano en mode farewell good bye sur “Binary Sea”, arpèges folks graves et sifflements aériens sur “You’ve Haunted Me All My Life”, ou même acoustique minimaliste sur “Hold No Guns”, et il faut être sacrément gonflé pour oser la complainte triste, à poil en plein milieu d’un album, parce que si ça plante, ça flanque tout le disque par terre. Rien de ça ici, évidemment.


On n’osera aborder une nouvelle fois le superbe “Black Sun”, l’une des plus belles oeuvres issues de la plume de Gibbard, sans en reprendre quelques vers : “There is a desert veiled in pavement / And there's a city of seven hills / And all our debris flows to the ocean / To meet again, I hope it will // How could something so fair / Be so cruel / When this black sun revolved / Around you”. C’est beau, touchant, superbement mis en musique et parfaitement interprété. Une preuve parmi tant d’autre de l’excellence dont a fait preuve Death Cab For Cutie avec ce disque splendide, l’un des bijoux de ce premier trimestre 2015 sur lequel on ne peut que vous conseiller de vous jeter avidement. Et tant pis pour Sufjan Stevens, encensé au delà du raisonnable en d’autres colonnes que les nôtres : la critique de Carrie & Lowell suivra mais ne brillera certainement pas d’autant d’éloges que pour cet album magistral. C’est dit.

Note de 3.5/5
Subtil et envoûtant, le dernier Death Cab émeut autant qu'il fascine. Hautement recommandable.
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