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Critique d'album

Body Count


Bloodlust


(31/03/2017 - Century Media - Rap Metal - Genre : Hard / Métal)
Produit par Will Putney

1- Civil War (feat Dave Mustaine) / 2- The Ski Mask Away / 3- This Is Why We Ride / 4- All Love Is Lost (feat Max Cavalera) / 5- Raining Blood / Postomortem 2017 / 6- God, Please Believe Me / 7- Walk With Me... (feat Randy Blythe) / 8- Here I Go Again / 9- No Lives Matter / 10- Bloodlust / 11- Black Hoodie
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Politiquement incorrect"
Etienne, le 28/04/2017
( mots)

2017, année plus que jamais politique. Alors que l’Europe entérine définitivement le Brexit, que le monde prend doucement le pouls du cirque américain « Version Donald » et que la France s’apprête à se ruer dans les isoloirs avec l’enthousiasme d’une troupe de pandas en pleine sieste, l’ami Ice-T et sa troupe de francs tireurs du rap/metal reviennent avec un tout nouvel album, un tout nouveau brûlot politique arrosé au napalm, un tout nouveau cri du coeur tiré des tripes. Comme pour nous sortir de la torpeur ambiante et de l’abattement permanent d’une situation échappant à tout réel contrôle populaire, les américains canardent dix nouveaux hymnes révoltés en pleine poire, avec cette recette inaltérable à base de distorsion chirurgicale tranchée par les punchlines ravageuses du maître. De quoi évacuer frustration et dégoût face à la cacophonie de la lutte pour le trône de France…

Body Count n’a jamais caché ses intentions et ce dès ses débuts avec un éponyme dynamité en 1992 par un single évocateur, écho du malaise noir-américain alors en pleine période "Bush Père", "Cop Killer". Bloodlust n’échappe pas à cette tradition engagée en catapultant un premier titre carnassier et fédérateur, "No Lives Matter", inspiré du mouvement Black Lives Matter né après les multiples décès de noirs-américains suite à des interpellations policières musclées. Le discours d’Ice-T en préambule du déchainement de riffs incendiaires et de rythmique éléphantesque pose un décor contestataire et désespéré car finalement "aucune vie ne compte" - en version courte. Dès ce premier titre, monumental et surpuissant, Body Count se montre hargneux avec un son ultra-précis dopé par une production du tonnerre, des guitares titanesques, une rythmique massive, des samples à tout-va, et plonge sans ménagement tout son monde dans cette Amérique gangrenée par le bruit incessants des sirènes et le clignotement persistants des gyrophares. Pour sûr, Bloodlust n'a rien de reposant ou d'apaisant. Il est un cri de rage d'une troupe vengeresse qui n'hésite pas à bien s'entourer pour l'occasion.


Si Bloodlust diffère de ses prédécesseurs par sa durée sensiblement écourtée - 40 minutes dont une reprise ("Raining Blood" de Slayer) et un passage parlé ("God Please Believe Me"), alors que les albums précédents tournent principalement autour des 50 minutes et plus - ce sixième effort accueille trois monstres du metal en guest, deux chanteurs et un guitariste en la présence, respectivement, de Max Cavalera (Soulfly), Randy Blythe (Lamb Of God) et Dave Mustaine (Megadeth). Ce dernier, venu posé quelques riffs fantomatiques sur un "Civil War" angoissant - de toute façon il ne sait plus chanter - est beaucoup plus discret que ses deux comparses qui, eux, se fendent de passages vocaux de bonne facture (l'énorme "All Love Is Lost" pour Cavalera et le plus poussif "Walk With Me..." pour Blythe), apportant une identité forte aux titres concernés et contrebalançant les phrasés syncopés et frénétiques d'un Ice-T en très grande forme. Car si Ernie C et ses sbires délivrent une partition irréprochable à coups de riffs aussi simples qu'efficaces ("Black Hoodie", "No Lives Matter"), c'est bien Ice-T, rappeur qu'on ne présente plus et acteur de séries policières à zapper, qui se taille la part du lion dans ce Bloodlust à la prose musclée.

Qu'on soit clair: il n'est pas question de prendre parti sur les questions d'ordre racial, sociétal et plus largement politique soulevées par le rappeur et sa troupe à l'écoute de Bloodlust. Si à l'époque, Cop Killer - premier effort du groupe - avait été retiré des bacs en raison de son titre jugé trop violent et inapproprié puis renommé sobrement Body Count, Ice-T a depuis largement prouvé qu'il n'appelait en rien aux meurtres des forces de l'ordre, allant même jusqu'à incarner au sein de la série Law & Order depuis plus de 15 piges à l'écran... un flic. Mais Ice-T est une grande gueule du rap, et de la musique à plus large spectre, qui s'abreuve des maux du peuple opprimé pour alimenter une plume vigoureuse et sans filtre qui s'est toujours voulu dans la continuité d'un esprit vif et acerbe. Ice-T a toujours eu des choses à dire, à chanter, et il continue de le faire. Libre à nous d'en apprécier la tenue et la mise en musique sans pour autant prendre ça au mot. Dit-on d'un film retraçant la vie d'un assassin qu'il appelle au crime ? Dit-on des jeux vidéos plébiscités par des milliers d'adolescents se trucidant à grands coups d'armées virtuelles qu'ils incitent à lever dans l'heure un bataillon de soldat pour mener sa Blitzkrieg et envahir le pays voisin ? Dit-on enfin d'un livre si bien écrit que le lecteur se projette facilement dans l'imaginaire qu'il est la cause de nombreux troubles de la personnalité ? Non. Il en va de même pour Ice-T et ses mots durs, envers les institutions, les forces de l'ordre, les hommes eux-mêmes. Apprécier Body Count n'est pas un acte militant. C'est juste la preuve d'un goût certain pour la bonne musique, pour ce "No Lives Matter" et son énergie débordante, ses mélodies immédiates, son refrain explosif; ce "Black Hoodie" démentiel, aux confins du hardcore, usant d'un "son de la police" bien connu; ce "Civil War" glaçant de réalisme; ce "Ski Mask Away" tétanisant façon The Purge, ce film de James DeMonaco où le gouvernement autorise chaque année une nuit de "purge" où tous les crimes sont permis. Fascinant de réalisme, Bloodlust réussit son pari et dresse le portrait inquiétant d'une Amérique cauchemardesque sans foi ni loi.


A y regarder de plus près, Bloodlust aurait pu être un "gros EP" contenant tout au plus 5 titres: "Civil War", "The Ski Mask Away", "All Love Is Lost", "No Lives Matter" et "Black Hoodie". Le reste de l'album est lui beaucoup plus anecdotique ("Here I Go Again" trop itératif, "Bloodlust" et sa mécanique un peu rouillée) voire ridicule ("Raining Blood", voyons Ice-T tu vaux mieux que cette plaisanterie Slayer !). Mais avec une bonne moitié d'album tonitruante, Body Count réveillera à coup sûr les révoltés, les dépités, les indécis, les modérés, les forcenés de la rime, les enragés du riff, les pro, les anti, les je m'en foutiste, autour d'un seul et même credo: qu'il est bon parfois d'être politiquement incorrect.

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