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La lente mort du heavy metal
Vient de paraître chez Observer un article des plus intéressants qui traite du vaste phénomène du déclin du heavy metal. Intitulé "The slow death of heavy metal", Bryan Reesman fait l'état des lieux d'un genre en fin de vie. Court résumé :
Reesman y aborde la mort récente des pontes du genre (Lemmy, Jeff Hanneman, Dio) et pointe du doigt la disparation des festivals majeurs de heavy metal aux États-Unis (l'Ozzfest notamment). Seul le Mayhem fait encore bonne figure au pays de l'Oncle Sam.
Évidemment, Reesman aborde le manque total de communication des plateformes "mainstream" (radios, TV) sur le heavy metal et le fait que les radios ne se contentent que de passer "de la pop anémique et du rock pour hipster". Petite charge au passage.
Étonnament, même les quelques figures de la grande scène metal actuelle mettent à mal le genre : Brent Hinds, le guitariste de Mastodon, a récemment déclaré : "Je déteste jouer du heavy." Enfin, dans un contexte plus général, Gene Simmons de Kiss (groupe archi-culte aux États-Unis) a avoué que pour lui, "le rock [était] mort".
Et même si le genre inspire encore énormément de groupes actuels, ce sont bien les pontes du heavy qui trustent toujours l'ensemble des têtes d'affiche des grands festivals européens, ce qui ajoute au déclin du heavy cette épineuse problématique de stagnation, de vivre dans un passé sans écho intelligible au XXIème siècle. Ce manque total de courage de la scène heavy renvoie à une nouvelle catégorisation peu flatteuse du genre, passant de "reliques sonores nostalgiques" à "vielleries juste bonnes pour la poubelle".
Si l'article a une certaine tendance à dégommer l'industrie musicale et ses aspirations mercantiles vomitives (maisons de disques omnipotentes, ventes massives de disques indispensables), celui-ci regorge de témoignages de qualité : Dani Filth (Cradle of Filth), Slash, Zoltan Bathory (Five Finger Death Punch) ou encore Rob Halford viennent ajouter leur grain de sel à ce constat.
Ce dernier reste d'ailleurs sceptique sur le devenir de la musique, déclarant qu'"aujourd'hui les gens écoutent la musique d'une manière complètement différente. Ils ne prennent plus le temps de se poser 30 minutes et d'écouter un disque... Qui sera le prochain grand groupe de heavy metal, c'est impossible de savoir."
Si l'importance accordée au témoignage de Bathory est complètement disproportionnée au vu de la piètre qualité musicale de Five Finger Death Punch (groupe pourtant adulé aux US), Reesman évoque aussi l'émancipation massive de tous les sous-genres de heavy metal et tient à saluer la qualité des sorties de Baroness, Periphery ou encore Ghost qui offrent au genre un sursis même si ces groupes ne s'inscrivent pas directement dans la lignée du heavy pur et dur.
Reste que si les américains semblent bouder le heavy depuis quelques années, c'est bien dans les pays émergents (Europe de l'Est, Amérique du Sud) et autres nouvelles puissances (Chine, Russie) que le message révolté porté pendant longtemps par le metal semble trouver un écho salvateur. Un vent de révolte dont les États-Unis auraient bien besoin aujourd'hui selon l'auteur.
Un papier franchement intéressant, à la signature américaine marquée on ne va pas se mentir, mais qui a le mérite de poser les bases d'un constat qu'on ne peut que corroborer.
L'article en intégralité (et en anglais donc) est ici.
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