
Journey
Look Into the Future
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1- On a Saturday Nite / 2- It's All Too Much / 3- Anyway / 4- She Makes Me (Feel Alright) / 5- You're On Your Own / 6- Look into the Future / 7- Midnight Dreamer / 8- I'm Gonna Leave You


De prime abord, le nom de Journey évoque à tout mélomane un parangon du rock FM américain, des scarabées volants multicolores (leur animal totem présent sur chaque pochette) et les synthés de "Don’t Stop Believin’" en guise de bande son. Or, le groupe californien connaît une première vie dans des eaux proches du rock progressif, aussi surprenant que cela puisse paraître au petit rocker en formation.
Initialement, le projet musical derrière Journey était celui d’un back-up band de prestige dont l’aura devait irradier la Californie – une identité géographique affirmée dans l’adoption du nom du Golden Gate Rhythm Section. Les membres de ce dernier avaient un curriculum vitae déjà remarquable, en ayant joué auprès de Santana (Neal Schon à la guitare et Gregg Rolie aux claviers), de combo psychédélique Frumious Bandersnatch (George Tickner et Ross Valory), une liste encore allongée avec l’arrivée du batteur anglais Aynsley Dunbar qui avait accompagné John Mayall, Frank Zappa et David Bowie.
Très vite, les objectifs évoluent vers la mise en place d’un groupe à part entière, Journey, qui fait ses armes sur scène à San Francisco et même Hawaï, avant d’enregistrer un premier album qui paraît en 1975. Celui-ci est particulièrement ambitieux si bien que plusieurs titres adoptent une tournure franchement progressive, voire jazz-rock, tout en maintenant une orientation classic voire hard-rock qui évoque parfois Kansas. Ainsi, Journey fait partie des pionniers du rock progressif à l’américaine, une scène réduite qui s’empare de la grammaire d’un genre musical européen en lui donnant une coloration locale (là où les premiers groupes prog’ américains avaient privilégié l’imitation des gloires anglaises).
Très vite, Journey souhaite offrir une suite à ce premier essai, même si le guitariste George Tickner abandonne ses compagnons de route avant l’enregistrement de Look into the Future. Bien nommé, cet album semble chercher la direction à prendre pour l’avenir du groupe. Ainsi, la première face présente des titres beaucoup plus calibrés, ouvrant même sur une reprise des Beatles ("It’s All Too Much"), avec laquelle ne dépareillent pas le slow "Anyway", le très convenu (et grand public) "On a Saturday Night" ou encore le saturé et recommandable "She Makes Me (Feel Alright)". Cette première partie d’album semble être un produit d’appel où seuls quelques mouvements d’ "You’re On Your Own" présentent un peu d’audace (non sans rappeler "I Want You").
C’est donc la deuxième face qui offre son lot de satisfactions progressives : les élucubrations jazz-rock et le solo de claviers ampoulés de "Midnight Dreamer", les exploits heavy-prog’ de "I’m Gonna Leave You" semblant anticiper "Carry On My Wayward Son". Surtout, l’album culmine avec le mélancolique "Look to the Future", un slow magnifique à la charnière entre rocks classique et progressif aux mélodies touchantes et aux développements instrumentaux très fins (notamment le solo). Il s’agit peut-être du plus bel exemple du genre.
Néanmoins, Look into the Future sonne bien comme une révision de leur orientation esthétique qui sera confirmée avec Next en 1977 : Journey s’éloigne petit à petit des sentiers progressifs jusqu’à rompre définitivement avec cette influence sous l’impulsion de Steve Perry lors de la sortie d’Infinity en 1978. La suite est connue de tous, étant donné le succès commercial de l’opération.
À écouter : "Look to the Future", "I’m Gonna Leave You", "She Makes Me (Feel Alright)"
















