
Gong
Shamal
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Alors que la trilogie "Radio Gnome Invisible" touche à sa fin, l’heure du Gong a sonné pour Daevid Allen et Gilli Smyth qui quittent le vaisseau amiral pour prolonger leurs aventures en compagnie des Espagnols d’Euterpe (en 1976, l’illustration de l’album Good Morning de Daevid Allen & Euterpe reprend la figure du pothead pixie). Les Baléares auront été une base d’alunissage plus attrayante que la Planète Gong – on ne saurait leur donner tort.
Pour le reste du groupe, le départ de leader australien conduit forcément à une vacance du pouvoir dont profite Pierre Moerlen pour imposer une nouvelle direction musicale. Les délires psychédéliques sont mis au second plan tandis que la dimension jazz-rock accroît son emprise : Steve Hillage, alors concentré sur carrière solo (Fish Rising est sorti en 1975), n’a ni les épaules ni la volonté pour résister à son collègue percussionniste.
Ainsi, Shamal doit être considéré comme un album de transition entre le premier et le second Gong, celui de Gazeuse! et de Pierre Moerlen's Gong qui s’inscrira totalement dans l’esthétique jazz-rock dont les premiers signes sont ici dessinés. Cependant, puisqu’il marque justement la transition, Shamal possède également quelques spécificités qui font tout son charme et qui expliquent sa belle postérité.
Il faut avant tout signaler un tropisme marqué pour les musiques du monde, dont témoigne la flûte andine et les quelques jeux rythmiques de "Wingful Of Eyes". Sur ce titre, les mélodies pop au chant évoquent bien l’Ecole de Canterbury de même que la dimension jazz est bien présente, alors que l’ensemble demeure très rock par les asperges et les fioritures solistes d’Hillage. L’attrait pour l’exotisme est particulièrement affirmé sur le méditatif "Bambooji" où les saveurs extrême-orientales se retrouvent mêlées à des élans jazzy et des effluves sud-américaines.
Néanmoins, c’est bien le tournant jazz-rock qui est l’élément significatif de l’opus, en témoigne la pièce jazz-rock par excellence qu’est "Shamal", funky et répétitif du fait de lignes de basse et de plans de synthés chaloupée, semblant hybrider le groove d’Herbie Hancock avec un saxophone plus tamisé digne de Weather Report, avant que ne se succède au chorus les différents instruments (voix, vibraphone, violon). Un peu plus libre encore, "Cat In Clark's Shoes" s’inscrit pleinement dans le registre jazz-rock des 70s et en propose même toutes ses variations, non sans quelques drôleries Gong-esques. Ces dernières sont également présentes sur le final de "Chandra" dont L’ambiance est globalement plus tamisée. Les passages au vibraphone lui confèrent une dimension plus ethnique, un instrument qui fait d’ailleurs des merveilles sur "Mandrake" en entrant dans une osmose parfaite avec la flûte.
À la manière de Saint-Exupéry, le vaisseau Gong a fini par atterrir dans un désert dont il ne se libère qu’en assumant un décollage complet vers le jazz-rock : de fait, les étendues sablonneuses ne retrouveront leur dimension planante et psychédélique, quasi space-rock, qu’en Californie dans les années 1990.
À écouter : "Mandrake", "Bambooji", "Shamal"



















