
Kiss
Unmasked
Produit par
1- Is That You? / 2- Shandi / 3- Talk To Me / 4- Naked City / 5- What Makes the World Go 'Round / 6- Tomorrow / 7- Two Sides Of The Coin / 8- She's So European / 9- Easy As It Seems / 10- Torpedo Girl / 11- You're All That I Want


Avis critique
- Un album de merde…
- Mou et plutôt nul…
La première phrase est de Gene Simmons. La seconde de Paul Stanley.
Il se raconte souvent que le destin d’un groupe durant une décennie en devenir est gravé dans le premier album qu’il y publie. Les rares petits rockers qui ont eu (ou qui auront) la patience d’écouter de bout en bout Unmasked – effectivement un album de merde – comprendront vite que les eighties seront tout sauf une période bénie pour Kiss.
La communication préalable fut néanmoins un coup de génie. Casablanca Records savait que les die-hard fans recherchaient des photos (vraies comme moins vraies) de leurs idoles démasquées (1). N’importe quelle image floue certifiée authentique avait plus de valeur qu’un fragment de bois de la sainte croix de Jérusalem.
Annoncer un album nommé Unmasked a évidemment enflammé les imaginations des petits rockers.
Mais la découverte de l’artwork a généré une horrible déception. Bien sûr, il y a ce bon vieux gag du masque sous le masque (digne, en termes d’innovation, de la blague dite "de l’arroseur arrosé") mais la pochette reste une catastrophe dans la discographie du groupe. Et cette bande dessinée n’est certainement pas ce que l’illustrateur de Brooklin Victor Stabin a fait de mieux dans sa (par ailleurs) jolie carrière.
Chaos and creation…
C’est, une fois encore, dans une ambiance infâme que Unmasked est enregistré et produit. Peter Criss n’intervient en rien dans l’album, le drumming étant de nouveau confié aux bons soins du mercenaire Anton Fig.
Et les trois autres opèrent chacun dans leur coin, veillant à se croiser et converser le moins possible. C’est finalement le producteur Vini Poncia qui va diriger la manœuvre, imprimant une marque désespérément "power-popisante" au rock du combo.
Le résultat est pour le moins effrayant. Si l’on excepte le très correct "Naked City" de Simmons, le bon "Tomorrow" de Stanley et un pont musical phénoménal (2) sur "Two Sides Of The Coin" de Frehley, tout le reste ne mérite même pas de voler aux orties.
Des gens seuls qui cherchent quelqu'un
Des gens seuls qui suivent leur propre chemin
Des gens seuls, au regard égaré
Je ne cherche plus l’amour
Je suis perdu dans cette nuit… (3)
C’est exactement ça, Gene ! Perdu dans la nuit noire, sombre et très obscure...
La plage introductive "Is That You ?" est putassière à souhait et le single "Shandi" (4) est sucré au point de coller du diabète à un pot de miel.
Démoli par une presse rock unanime, Unmasked décroche un score amusant de 0,8/10 dans les pages du magazine Pitchfork. Le chroniqueur Jason Josephes écrira – avec un humour adorable – qu’il n’avait pas pu discerner à quel point Unmasked était mauvais avant de l’avoir entendu mais que, réflexion faite, il aurait préféré rester dans l’ignorance absolue jusqu’à la fin de sa vie.
Je partage son analyse. Complètement.
Fired !
Justement, parlons à nouveau de l’épouvantable "Shandi" !
Absolument sinistre (en plus d’être extrêmement cheap), le clip vidéo consacré au titre est d’une tristesse abyssale. C’est à peine si on entrevoit l’actrice Amanda Bearse (5) au gré d’un scénario qui se termine dans les loges à l’issue du "spectacle".
Le clap de fin résonne encore sur le tournage lorsque Peter Criss (qui traîne un ennui profond sur chaque plan) s’entend signifier son licenciement. "T’es viré !"
Il se raconte que le batteur n’a rien dit et qu’il est parti sans se retourner en emmenant simplement le beauty case qui contenait son précieux make-up de Catman.
Shandi, puisse cette nuit durer toujours
On se dit bonne nuit et on rentre à la maison
Shandi, puisse cette nuit durer toujours…
Tu parles, Charles...
Appel du 18 juin
Matin du lundi 18 juin 1979 : Jayne Grodd, la secrétaire de Bill Aucoin, le manager historique de Kiss, remarque dans le courrier une lettre orange fluo. Elle est signée par un certain Paul Charles Caravello. La démarche amuse Jayne qui place la missive bien en vue sur le bureau de son patron.
Dans cette lettre orange, Paul Charles – qui a appris que Kiss cherchait un batteur – écrit : "Je suis batteur mais je sais aussi jouer de la guitare, de la basse, des claviers et de l’harmonica. Mon jeu de batterie s’adapte à tous les styles. Je peux jouer du rock, du plus hard au plus pop. Mes influences sont John Bonham, Ringo Starr et Keith Moon."
Convoqué le lendemain, Paul Charles devient immédiatement le nouveau batteur du groupe. Il se choisit un pseudonyme – Eric Carr (6) – et dessine lui-même son masque de renard. Il sera The Fox sur la tournée qui suivra la sortie (et l’échec commercial) de Unmasked.
Mais ça, garçons, c’est une autre histoire...
(1) Ma quête personnelle était d’autant plus idiote que le groupe se promenait souvent incognito à deux rues de l’endroit où je travaillais à Bruxelles. Paul Stanley avait en effet de la famille dans ce secteur défavorisé de la capitale belge (Schaerbeek, près de la gare du Nord) et le groupe passait dans le quartier quand un concert était programmé à Forest National.
(2) Ses détracteurs ont souvent dit qu’Anton Fig était un batteur régulier mais peu inspiré. Le Sud-Africain démontre sur ce pont qu’il peut faire preuve d’imagination quand le producteur lui laisse la bride sur le cou. Les derniers fans obstinés qui pensaient que Peter Criss était encore derrière les fûts ont dû se rendre à l’évidence. Jamais Catman n’aurait pu assurer un drumming aussi perché.
(3) Extrait de "Naked City".
(4) Le titre, bâti sur des mélodies chères à The Hollies, serait un hommage à la Sandy dont parle Bruce The Boss Springsteen dans "4th Of July, Asbury Park (Sandy)".
(5) Amanda Bearse est connue pour quelques navets, pour son rôle dans le feuilleton Mariés, deux enfants et pour son courageux militantisme lesbien.
(6) Caravello avait tout d’abord choisi Rusty Blade en guise de pseudonyme, ce qui avait épouvanté Paul Stanley. Finalement, le choix s’est porté sur Eric Carr, c’est à dire deux syllabes pour le prénom et une syllabe pour le nom, comme Peter Criss. Histoire de conjurer le sort, probablement...
Cette 153ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 97,81 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac et sans alcool.
Je remercie sincèrement les adorables petits rockers et petites rockeuses qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend en grommelant que le silence revienne dans sa pièce de vie.


















