
Kiss
Creatures of the Night
Produit par
1- Creatures Of The Night / 2- Saint And Sinner / 3- Keep Me Comin' / 4- Rock And Roll Hell / 5- Danger / 6- I Love It Loud / 7- I Still Love You / 8- Killer / 9- War Machine


And then, they were three...
Finalement, Ace Frehley aura eu tort d’avoir eu souvent raison...
Il a déploré le virage disco de Dynasty, critiqué la power-pop de Unmasked, refusé de s’investir tant dans le concept décalé de Music From "The Elder" puis déclaré forfait devant la fort vilaine compilation Killers (1) dont la gestation a pour le moins été particulière.
Et, à chaque fois, l’histoire a donné raison à Spaceman. Album après album, les ventes se sont écrasées, la Kiss Army a connu des défections en série et l’aura du groupe s’est mise à pâlir.
Déprimé, le guitariste a cherché refuge dans les paradis artificiels, l’alcool et les accidents de voiture. Après avoir participé à contrecœur au vote qui a exclu Peter Criss de Kiss, c’est à son tour d’être viré comme un malpropre. Par deux voix (Paul Stanley et Gene Simmons) contre une (la sienne). Considéré comme un employé, le nouveau drummer Eric Carr n’a pas été convié à la discussion.
C’est par conséquent un trio composé de Starchild, Demon et Fox qui entre en studio pour enregistrer Creatures Of the Night. Pour des raisons (bassement) commerciales, Ace Frehley sera, contre rémunération, crédité sur l’album et sa bobine figurera en bonne place sur la pochette (2) sans qu’il n’enregistre la moindre note...
Battre le fer tant qu’il est show
Le drumming est définitivement l’élément le plus marquant de Creatures Of The Night. Si Eric Carr n’avait pas été spécialement mis en valeur par Bob Ezrin sur Music From "The Elder", la magnifique captation de son jeu par Michael James Jackson pour ce nouvel album va révéler un musicien monstrueux.
Autant Peter Criss était inspiré par le jeu jazzy de son idole Gene Krupa, autant Anton Fig était motivé par les dollars pour jouer tout et n’importe quoi, autant Eric Carr s’inscrit clairement dans la lignée des cogneurs versatiles et exaltés à la mode de John Bonham.
Pour pallier l’absence de Spaceman, le groupe fait appel à pas moins de quatre guitaristes qui se partageront les neuf pistes.
Le plus convaincant des quatre, Vincente John Cusano (alias Vinnie Vincent), finira par prendre officiellement la place de Ace Frehley pour la tournée qui suivra l’album. Nul ne sait qui aura l’idée de le transformer en guerrier égyptien sous un maquillage redoutablement idiot.
The Ankh Warrior, pire character de l’histoire de Kiss, ne durera heureusement que ce que durent les roses puisque le 18 septembre 1983, le groupe va (pour de vrai, cette fois) tomber les masques.
In love with my Carr
Michael James Jackson, épaulé par Stanley et Simmons à la production, bâtit un mur de son absolument assourdissant. Littéralement porté de bout en bout par la batterie atomique d’Eric Carr, c’est assurément l’album le plus puissant jamais enregistré par le groupe (à cette date du moins).
Il comporte quatre plages absolument létales pour cinq titres plus génériques. L’ensemble, dopé à l’enthousiasme et à l’esprit de revanche, marque un réel retour aux affaires après un sévère coup de mou.
"Creatures Of The Night" est du pur Paul Stanley archétypal. Starchild a déniché son inspiration dans un livre destiné aux enfants - I Can Read About Creatures Of The Night – signé par le prolifique auteur David Cutts (3).
Nous ne savons pas où nous allons
Nous savons seulement d’où nous venons
Et, souviens toi, quand sonnent les douze coups de minuit
Les maudits gagnent toujours...
Starchild s’acquitte en outre de la meilleure power-ballad jamais enregistrée par Kiss. "I Still Love You" marquera souvent le climax des concerts à venir.
Pour ne pas être en reste, Demon propose ses meilleures compositions des eighties avec le monolithique "I Love It Loud" et le très effrayant "War Machine" (4)
Envie de mordre la main qui me nourrit
Envie d’inverser les rôles
De libérer les démons et les voir s’envoler
D’abattre celui qui veut me diriger
Prendre sa place
Venger l’humanité
Faites gaffe, je suis une machine de guerre
L’apocalypse n’est qu’une question de temps…
Parmi les titres moins emblématiques, "Rock And Roll Hell" et "Danger" tirent honnêtement leur épingle du jeu, sans vraiment marquer durablement les esprits.
Être et avoir été
Malgré l’accueil chaleureux que lui réserve la presse spécialisée (avec des cotes oscillant entre 7 et 8 sur 10), Creatures Of The Night aura de la peine à (re)conquérir le public qui n’avait pas digéré les errances du groupe. Il faudra attendre douze ans avant que l’album ne soit certifié disque d’or.
Peut-être était-il venu le temps pour les créatures de la nuit de ramper jusqu’à leurs cercueils pour réapparaître ensuite sous l’apparence de gens normaux…
Peut-être.
Ou pas...
Sélection
Les petits rockers pressés écouteront prioritairement "Creatures Of The Night", "I Still Love You" et "War Machine"...
(1) Publiée le 15 juin 1982, la compilation (qui est très loin d’être un "best of") est révélatrice du "football panique" pratiqué par l’entourage du groupe. Face aux ventes médiocres des dernières productions, Mercury (qui a hérité des contrats de Kiss après la mort de Neil Bogart de Casablanca Records) décide de sortir un album composé à la hâte de quatre nouvelles compositions de Paul Stanley (épaulé, entre autres, par Bryan Adams), de sept titres extraits disparates d’albums studio et d’un titre live. En l’absence d’Ace Frehley, c’est Bob Kulick qui enregistre discrètement les parties de guitare sur les quatre titres inédits. La pochette présente une photo de Starchild, Demon, Spaceman et Fox dans leurs costumes modernisés de Music From "The Elder". Pour la petite histoire, Killers sera uniquement destiné à la vente hors-USA, si fait que le vinyle sera recherché comme une pièce de collection importée par les fans américains. Et pour l’extrême anecdote, il culminera à la sixième place dans les charts… en Norvège.
(2) Creatures Of The Night sera republié avec une pochette alternative en 1985, présentant le groupe démaquillé avec – surprise ! – Bruce Kullick (qui n’a pas joué une note sur l’opus) en quatrième membre. Pas facile à suivre, d’autant plus que l’ordre des titres est modifié avec une inversion de face pour "Killer" et "Saint And Sinner".
(3) La pochette de l’album, œuvre du Français Bernard Vidal (artiste et chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres), est une plaisante réécriture de la couverture originale du livre.
(4) Servi par une imagerie de plus en plus sophistiquée au fils des années, "War Machine" sera joué jusqu’à la dernière prestation du groupe, figurant à ce titre plus de six cents fois (!) dans les set-lists des concerts entre 1982 et les ultimes "au revoir".
Cette 154ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 97,81 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac et sans alcool.
Je remercie sincèrement les adorables petits rockers et petites rockeuses qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend (en grommelant) que Gene Simmons arrête de hurler dans le poste...


















