
Blue Öyster Cult
Agents of Fortune
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Les connaisseurs estiment souvent que l’âge d’or de Blue Öyster Cult – le BÖC pour les intimes – correspond aux trois premiers albums, les plus fidèles représentants du hard-rock américain originel. À l’inverse, les Metalheads restent fidèles aux 80s et préfèrent le Heavy spatial et progressif de Fire of Unknown Origin (1981), notoirement connu pour avoir intégré la BO de Heavy Metal (1981). Cependant, le grand public semble davantage séduit par Agents of Fortune qui, en 1976, marque les esprits pour comporter le plus grand tube du groupe : "(Don't Fear) The Reaper", aux arpèges aussi cultes que sa cowbell est irrésistible. Son sous-texte d’hymne potentiel au suicide, ses très belles lignes de guitare – notamment le pont puis le solo grandiloquents – et plus globalement, son écriture très subtile jusqu’au final imparable, font le reste pour rendre le titre définitivement historique.
L’illustration participe aussi à rendre cet album mémorable, tant la représentation du prestidigitateur belge Servais Le Roy (plus réputé pour sa maîtrise de la lévitation que de la cartomanie) est entrée dans les annales des plus belles pochettes de l’histoire du rock.
Enfin, Agents of Fortune trouve les grâces d’un public élargi à la faveur d’une musique souvent plus accessible, même si le groupe n’oublie en rien son identité hard-rock en imposant, dès le départ, "This Ain't the Summer of Love", un titre plutôt réussi qui associe riff Heavy et relents rock’n’roll. Or, ce morceau entre immédiatement en contraste avec son successeur, "True Confessions", soit la pièce la plus pop de l’album, allant jusqu’à fonder son développement autour d’un piano cadencé et de passages cuivrés. Une direction poursuivie plus tard sur des titres désormais oubliés à tort – l’efficace "Sinful Love", doté de très belles interventions de guitare, "Morning Final" avec un léger côté prog’ mais surtout une touche extrême-orientale et des lignes de chant mélodiques. Côté saturation, le groupe investit les thèmes du cinéma de genre avec "Tattoo Vampire" et avec l’excellent "E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence)", qui parvient à être très rock tout en cédant aux innovations du temps (la talkbox) voire en anticipant le futur du genre (la modernité du refrain lui donne des airs de rock alternatif). Les compositions d’Agents of Fortune sont donc solides, sauf peut-être "Tenderloin" qui reste un peu moins marquant.
De plus, Blue Öyster Cult approfondit sa collaboration avec Patti Smith, une artiste qui venait de se révéler à la fin de l’année 1975 avec son premier album, Horses. Cette alliance relève aussi bien des dynamiques de l’écosystème musical newyorkais, que des relations nouées avec certains membres du groupe (en particulier Allen Lanier avec lequel elle entretient une romance). Ce travail commun s’avère plutôt réussi sur le brumeux "The Revenge of Vera Gemini" et sur le final un peu pompier "Debbie Denise".
Album culte s’il en est, Agent of Fortune est loin de se résumer au seul "(Don't Fear) The Reaper", mais il atteste au contraire de la volonté du groupe à évoluer pour parvenir à une identité unique, entre pop ésotérique et hard-rock.
À écouter : "(Don't Fear) The Reaper", "This Ain't the Summer of Love", "E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence)"



















