
Inferi
Heaven Wept
Produit par
1- The Rapture Of Dead Light / 2- Feed Me Your Fear / 3- Master Of Nothing / 4- Eternally Lie / 5- Heaven Wept / 6- Atonement Denied / 7- Of Rotted Wombs / 8- Godless Sky


La cité interdite
Tandis que nous progressons dans notre exploration du territoire death-technique, un nom revient avec insistance auprès des initiés de ces terres. Un nom murmuré plutôt que proclamé, transmis comme un secret que l'on ne confie qu'aux plus déterminés. Parmi les pionniers et les incontournables du registre, il existerait une formation moins visible mais tout aussi centrale pour quiconque souhaite en sonder le style. Inferi circule ainsi de bouche à oreille parmi les fidèles. Loin des imposantes forteresses qu'incarnent Obscura ou Beyond Creation, dont la stature domine l'horizon de ces contrées comme des phares impossibles à ignorer, le quartet américain semble avoir choisi une autre voie. Non pas celle de la visibilité, mais celle de l'élévation. Et si le death technique défie déjà par nature toutes les lois de la physique musicale, Inferi est pareil à une cité comme en lévitation au-dessus de ces terres. La formation culmine à une altitude qui exige une dévotion totale pour espérer y accéder. Les albums Vile Genesis (2021) et Revenant (2018) ne font que confirmer cette réputation : des offrandes exclusivement belliqueuses, d'une radicalité qui brûle tous les ponts par lesquels on aurait pu s'aventurer à pas mesurés vers elles.
Mais en 2026, avec un cinquième opus intitulé Heaven Wept, quelque chose se déplace. Ce nouvel album s'avance différemment. Un disque de la formation de Nashville qui prend l'apparence d'un chemin enfin ouvert, sous un ciel dégagé, vers leur domaine. "Godless Sky" matérialise cet accès avec une introduction d'une générosité démentielle qui constitue rien de moins qu'un des moments marquants de cette première moitié d'année 2026 dans la sphère du metal extrême. Le morceau se referme sur un riff massif, si éloigné des émulations death-technique habituelles, son motif évoque davantage ce qu'aurait pu proposer Gojira : une ligne de force brute, immédiatement saisissable, qui achève de signaler l'inflexion. Heaven Wept se distingue de ses prédécesseurs par une palette plus ouverte, la sensation de matraquage auparavant continu se dissipe au profit de choix stylistiques immédiatement lisibles. Le titre éponyme, dense et lourd comme une pierre de fondation, s'impose comme le repère central de l'œuvre. Un morceau à l'allure d'empreinte charismatique que les chœurs, convoqués telle une amplification religieuse, viennent encore amplifier.
Cette impression d'ouverture n'avait pourtant rien d'un rejet identitaire pour Inferi. Dès "The Rapture of Dead Light", la brutalité rappelle avec fermeté que le chemin est certes praticable, mais tapie de bombes incendiaires. Un sentier de montagne plutôt qu'une plaine accueillante. "Masters Of Nothing" en constitue le passage le plus escarpé, celui qui incite presque au demi-tour, qui met à l'épreuve la résolution de l'explorateur novice. Mais la persévérance finit par porter ses fruits. "Eternally Lie" est le moment où tout se révèle : l'alchimie entre riff, solo, growl et rythmique atteint ici une cohérence absolue, organique, et l'on comprend soudain pourquoi le nom de Inferi se transmet avec cette ferveur particulière parmi les initiés du death-technique.
L'enchainement "Atonement Denied" et "Of Rotten Wombs" ouvre alors des portes que l'on croyait inatteignables. On culmine enfin dans la cité suspendue au solo de "Feed Me Your Fear" telle une démonstration sensationnelle, un moment de grâce suspendu qui scelle définitivement la conversion.
Nous voilà néo-fanatiques, désormais prêts à nous retourner vers les offrandes antérieures d'une formation définitivement à part.
A écouter : "Godless Sky" ; "Eternally Lie" ; "Feed Me Your Fear"


















