
Horslips
The Book Of Invasions - A Celtic Symphony
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Après avoir marqué les esprits avec Dancehall Sweethearts (1973), pièce majeure du rock celtique, Horslips avait connu un passage à vide en divisant d’une manière inconsidérée les deux pans de son esthétique. Comment ne pas être déçu par le (hard)rock convenu de The Unfortunate Cup of Tea (1975) et par la rigueur traditionnelle de Drive the Cold Winter Away (1975), après avoir tant vibré aux mélodies de "King of the Fairies" ?
Fort heureusement, le groupe comprend qu’il ne doit pas séparer son identité irlandaise de sa fougue rock et que sa force provient justement de cette fusion ô combien séduisante. Plus encore, il décide d’apporter une dimension épique et marginalement progressive, en faisant de son sixième opus un album concept fondé sur le Lebor Gabála Érenn, ici traduit en Book of Invasions. Il s’agit d’un recueil de poèmes médiéval qui narre la genèse mythique de l’Irlande à travers les six migrations successives des peuples fondateurs semi-divins. De la même manière que le goût pour les musiques traditionnelles, l’attrait pour les légendes anciennes est typique du renouveau celtique des années 1970.
Le sous-titre de l’album annonce une "symphonie celtique", découpée en trois mouvements, qui annonce l’épopée en fanfare au son des trompettes et des lignes solennelles de guitare "Daybreak", l’un des nombreux instrumentaux de l’opus qui ponctuent les péripéties en mêlant habilement les genres (ici, les claviers modernes et le feadòg). Vient alors le premier grand moment de l’album : le reel "March Into Trouble", nouvel instrumental de rock celtique progressif absolument somptueux, introduit "Trouble (With a Capital T)", qui articule la dynamique rock aux aspérités celtiques (notamment la flûte) tout en proposant une belle chanson. Il en ira de même quand, plus loin, "Warm Sweet Breath of Love" regardera clairement du côté de Thin Lizzy, mais avec une mandoline et une introduction au concertina en prime.
Le meilleur de l’opus arrive quand le combo monte en puissance sur le heavy "The Power and the Glory" dont l’introduction tonitruante aux claviers (aux sonorités que d’aucun jugerait kitsch) s’estompe au profit des mélodies saturées et de passages glorieux, notamment les dialogues entre le chant et la guitare ou le superbe solo de violon. Le titre contraste avec la légèreté pop des arpèges de "The Rocks Remain". L’intermède "Dusk" sonne le retour des synthés solennels ponctués de violons dansants qui pavent la voie au hard-rock celtique "Sword of Light" dont la saturation est associée à la joie communicative des antiennes à boire et à danser. Conclusion du premier mouvement (et de la première face), l’instrumental "Dark" est une variation sur l’un des thèmes de cette d’épopée, favorisant ainsi l’unité du propos.
Le second mouvement s’ouvre sur l’instrumental chaloupé "Fantasia (My Lagan Love)", au rythme militaire et à la guitare mélodique, dont le thème est ensuite repris d’une façon plus apaisée pour la transition vers "King of Morning, Queen of Day", une pièce d’abord cotonneuse, qui devient un hymne celte aux mélodies attendues mais tellement saisissantes – le jeu de contraste est très bien mené. Le slow progressif "Sideways to the Sun" confère un peu de mélancolie, tandis que la musique traditionnelle est mise à l’honneur "Drive the Cold Winter Away" en guise de bref clin d’œil à l’album précédent. Enfin, "Ride to Hell" referme l’opus en mêlant le folklore irlandais au hard-rock à orgues, non sans mouvements progressifs.
Certes, la seconde face de The Book of Invasions est un peu moins grandiose que son premier mouvement, mais pris dans sa globalité, l’album s’avère magistral et demeure une pièce centrale du répertoire rock celtique – et l’une des plus belles réalisations du rock irlandais.
A écouter : "March Into Trouble / Trouble (With a Capital T)", "The Power and the Glory", "King of Morning, Queen of Day"
















