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Critique d'album

All Them Witches


House Of Mirrors


(29/05/2026 - - Blues, stoner, psyché - Genre : Rock)
Produit par Eddie Spear

1- Red Rocking Chair / 2- Culling Line / 3- Aethernet / 4- Hold Up, Say What? / 5- Go-getter / 6- Starting Line / 7- Turn On The Light / 8- Angel On The Wayside / 9- The Welterweight / 10- Saturn Song
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"A découvert"
Julien, le 07/06/2026
( mots)

Six ans. C'est le temps qu'il aura fallu patienter depuis Nothing As The Ideal (2020) pour retrouver All Them Witches avec un nouvel album ; de loin l'intervalle le plus long de leur discographie. Un chiffre trompeur, toutefois, tant la formation de Nashville n'a pas chômé : une tournée colossale, puis une série de concerts sur trois soirs où le groupe interprète un album par soirée, et surtout le projet Bakers Dozen, au cours duquel une composition inédite est publiée chaque mois de l'année 2022. Entre pièces purement expérimentales et compositions plus abouties, cette série déroule toute la palette stylistique du groupe depuis ses origines. Une sorte de bilan identitaire dont on retrouve inévitablement l'empreinte dans ce House Of Mirrors.


Une fois la première écoute achevée, le constat est relativement évident : ce septième album assume pleinement l'idée de mettre en lumière chacune de ses couleurs, mais en les exposant cette fois de manière indépendante, lisible, accessible. Ainsi, pour la première fois depuis trois albums, les longues plages quasi improvisées : ces moments de grâce, transcendés qui insufflaient leur âme à des titres comme "Internet" ou "Harvest Feast" sont absents. All Them Witches fait ici le choix de l'ouverture, d'une musique presque aérée. Un pari globalement réussi, mais qui se paie d'un sacrifice : cette atmosphère marécageuse et chamanique, cette obscurité si délicieusement lugubre qui caractérisait Nothing As The Ideal, s'est évaporée. C'est sans doute le point faible le plus sensible d'un album qui, en cherchant à conquérir, renonce à une partie de ce qui rendait le propos de la formation de Nashville si singulier.
Dans cet élan, "Turn On The Light" prend une résonance particulière. Une composition étonnante qui flirte par moments avec les sonorités de AM des Arctic Monkeys en particulier avec cette basse groovy qui porte la première partie avant que le morceau ne décolle dans une symphonie électrique assumée. Plus déroutant encore, "Hold Up, Say What?" s'ouvre dans un dénuement presque a capella avant de se transformer en déflagration rock chargée d'une énergie frôlant le punk. C'est là que le nouveau batteur Christian Powers fait des merveilles, verrouillant sa frappe sur la rythmique du chant de Charles Michael Parks, dont la progression vocale, album après album, continue d'impressionner. Le single "Starting Line", lui, incarne peut-être le visage le plus immédiat de All Them Witches : ce phrasé étiré qui prend son temps pour ensorceler, un refrain qui fait voyager, et ces ruptures malicieuses qui claquent comme des uppercuts. Reste enfin, ces paroles chargées de sens :  "I just want to shine, shine, shine. So I cannot fall back to the starting line" ; tel le reflet de cet album qui privilégie l'évidence sur l'opacité. Une orientation qui apparait complètement assumée par ses auteurs. "Go-getter", en revanche, peine davantage à tenir la comparaison avec les sommets minimalistes d'illustres prédécesseurs comme "Open Passageways" ou "The Children Of Coyote Woman". Heureusement, "The Welterweight" vient effacer ce léger accroc : chargé d'une émotion palpable sur toute sa durée, le titre culmine dans les fulgurances vocales de Parks, dont la dernière ligne droite laisse une impression durable.
Côté esthétique, le groupe dévoile ses composantes stylistiques avec une frontalité qu'on lui connaît peu à ce degré de clarté. L'ouverture "Red Rocking Chair", reprise d'un standard blues, satisfera les amateurs de stoner cru avec une lourdeur rappelant les moments de grâce du morceau "When God Comes Back". "Aethernet" s'enfonce quant à lui dans les racines blues de manière explicite dans une maîtrise si insolente qu'elle ferait pâlir The Black Keys. "Culling Line" vient asseoir les intentions psychédéliques du groupe, mais c'est surtout Ben McLeod qui marque le titre avec un solo magistral. Le guitariste qui marque également l'ensemble de l'album de son empreinte, distillant des riffs immédiats et sachant les faire évoluer avec une cohérence et pertinence mélodique rare à l'image du travail remarquable proposé sur "Angel On The Wayside".


House Of Mirrors voit All Them Witches  regarder vers l'extérieur là où ses prédécesseurs sondaient l'intérieur. Il y gagne en clarté, en immédiateté, en générosité même en exposant en pleine lumière chaque facette stylistique du groupe, sans détour. Il y perd, en contrepartie, une part de ce mystère organique, cette sorcellerie crépusculaire qui rendait si singulière la musique du groupe de Nashville. Reste une collection de titres solides, portés par une formation au sommet de sa maîtrise technique et dont l'appétit créatif, six ans de gestation aidant, ne s'est jamais émoussé. Une pièce centrale ouverture sur l'extérieur plutôt qu'un miroir qui sera parfait pour découvrir le quatuor américain.


 


A écouter : "Hold Up, Say What?" ; "Culling Line" ; "The Welterweight".

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