
No-Man
Flowermouth
Produit par
1- Angel Gets Caught In The Beauty Trap / 2- You Grow More Beautiful / 3- Animal Ghost / 4- Soft Shoulders / 5- Shell Of A Fighter / 6- Teardrop Fall / 7- (Watching) Over Me / 8- Simple / 9- Things Change


Après un premier album à tendance électro baptisé Loveblows & Lovecries, Steven Wilson et Tim Bowness réclament une liberté artistique totale à leur label afin de mettre en orbite une musique encore plus expérimentale et aventureuse, véritable déclaration d'intention en décalage avec toute velléité commerciale. Le groupe dépense alors ses maigres avances d'enregistrement dans un studio numérique à la pointe du progrès qui permet à Steven Wilson de faire ses premières armes en tant que producteur.
Alors que le duo se sépare du violoniste Ben Coleman – qui enregistre quand même quelques très belles pistes – Robert Fripp fait savoir au groupe son intérêt pour participer à l'enregistrement de ce second album, bientôt suivi par son camarade de King Crimson, le flûtiste et saxophoniste Mel Collins. Le fondateur du groupe Nucleus, la chanteuse du groupe Dead Can Dance, le trompettiste Ian Carr ainsi que les futurs membres à temps plein de Porcupine Tree Richard Barbieri et Colin Maitland participent également à l'aventure.
Au carrefour de la pop psychédélique, du trip-hop, de l'électro expérimentale et de l'ambient, No-Man réalise un album particulièrement ambitieux, la voix suave de Tim Bowness s’alanguissant sur des constructions rythmiques répétitives bénéficiant d'une grande finesse d’arrangements amenée par chaque musicien invité. De la merveille de flûte gracieuse signée Mel Collins sur le fragile "Animal Ghost" aux boucles de chant de Lisa Gerrard sur le mystérieux et inquiétant "Simple" en passant par les paysages sonores oniriques dessinés par Robert Fripp, chacun contribue à apporter une coloration particulière aux compositions. Le titre d'ouverture, le plus long de l'album, traduit parfaitement cet élan collectif mis au service d'un esprit romantique et désabusé. Achevée après quatre années de réflexion, ce premier morceau synthétise musique classique, jazz et ambient alors que la superbe mélodie est portée par la majesté du piano, des cordes, de la trompette et du saxophone soprano sans oublier les fameux "Frippertronics" du guitariste de King Crimson.
Les boites à rythmes typées années 1980 façonnent le cœur de certains titres à l'instar du technoïde "Teardrop Fall" et les colorations trip-hop prédominent sur "Soft Shoulders" ou "You Grow More Beautiful" dotés de refrains aériens et popisants. Robert Fripp laisse Steven Wilson briller sur le tendre "Watching Over Me" et ses belles textures de guitare, tandis que "Shell Of A Fighter" retient l'attention avec ce motif entêtant au violon de Ben Coleman avant un final électro plus abrasif diligenté par les effets de Richard Barbieri. Enfin, le titre conclusif joue sur le contraste entre sa progression lente et cotonneuse et sa sortie de route véhémente marquée par le solo de violon électrique déformé de Ben Coleman à la fin de Things Change, aussi brutal qu'inattendu.
Plombé par leur label qui leur reproche leur absence de visée commerciale et qui leur coupe tout financement promotionnel (annulation du single, du clip et de la tournée) Flowermouth est l'album qui marque l'éclosion créative de la paire Wilson-Bowness et qui cantonne paradoxalement pendant longtemps le groupe au rang de projet cryptique et nébuleux. Ce constat amène amène Steven Wilson à se recentrer sur son autre projet Porcupine Tree, mieux organisé et armé pour le live, et à y consacrer davantage d'énergie et de moyens tout en changeant de référentiel stylistique. Un an plus tard, sortait The Sky Moves Sideways, la grande référence floydienne de Steven Wilson. Un album culte qui contribue alors définitivement à reléguer No-Man au rang de side-project et à affirmer la place de plus en plus centrale de l'arbre porc-épic dans la discographie de Steven Wilson.


















