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Critique d'album

David Bowie


Eart hl i ng


(30/01/1997 - - - Genre : Rock)
Produit par

1- LIttle Wonder / 2- Looking for Satellites / 3- Battle for Britain (The Letter) / 4- Seven Years in Tibet / 5- Dead Man Walking / 6- Telling Lies / 7- The Last Thing You Should Do / 8- I'm Afraid of Americans / 9- Law (Earthlings on Fire)
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Drum, Bass & Distorsion"
Arthur, le 13/08/2026
( mots)

Après Outside et les cauchemars obscurs, David Bowie reprend son envol vers une autre planète, celle des clubs londoniens et des boîtes de tech. "Little Wonder" est l’excitant single et première piste qui donne tout de suite le ton. Rythmes de breakbeat effrénés qui emmènent le couplet s’écraser contre un mur de guitares dans un refrain spectaculaire. Bowie fait un cocktail des genres à la mode en 1997 qu’il s’approprie et par-dessus lesquels il pose sa voix comme marque de fabrique indélébile. Le "filtre Bowie" comme on a pu désigner ce procédé qui lui a valu toutes les critiques que connaîtront Earthling à sa sortie. Bowie fait ce qu’il a toujours fait, il va d’une ambiance à l’autre, assimilant ce qui est dans l’ère du temps sans complètement appartenir au mouvement. Cette forme d’appropriation musicale est sans doute l’une des raisons pour lesquelles son œuvre demeure un objet qui suscite à la fois fascination et méfiance. Au programme ici : hard rock, drum’n’bass, grunge au Tibet et autres mélanges de fin de siècle.


Toujours dans la foulée de ses questions existentielles, c’est un Bowie vêtu d’un long manteau Union Jack qui survole l’univers de la techno souterraine en embarquant avec lui son guitariste rescapé de l'expérience Tin Machine Reeves Gabrels à la coproduction et en y incorporant aussi un soupçon de rock industriel. Nine Inch Nails a le vent en poupe et Trent Reznor figure sur le clip de "I’m Afraid of Americans". Il y joue le rôle de Johnny, l’inquiétant américain qui poursuit Bowie dans les rues de New-York.


Un peu moins satirique, "Looking for Satellites", juste après l’entrée en matière, raconte la rencontre difficile entre une intériorité spirituelle et un monde extérieur transformé par la modernité. Les petites bêtes dans le ciel sont-elles nos nouvelles idoles ? Sans elles pas de connexion internet, pour rappel.


"Looking for satellites,


Where do we go to now?


There’s nothing in our eyes


Puis, c’est l’heure de la bataille "The Letter" qui rappelle en effet le fameux manteau. Un seul accord, distordu par des myriades d’effets, fait office de sample posant le cadre. La tension monte progressivement, car c’est le calme avant la tempête. Il y a quelque chose dans l’air qu’agite cette musique. Avant que les synthétiseurs ne mitraillent sur le refrain. C’est l’occasion pour l’artiste de livrer ses doutes dans cette adresse à un confident qui ne doit pas trop s’inquiéter quand même.


"Don’t let my letter get you down"


En parlant de paix intérieure, "Seven Years in Tibet" renvoie au bouddhisme pour lequel Bowie avait songé à abandonner la musique juste avant que sa carrière ne décolle des années en arrière. Le titre est une allusion directe à l’ouvrage du même nom écrit par l’alpiniste autrichien Heinrich Harrer, qui en son temps évita de peu de se retrouver du mauvais côté de l’histoire. Ceci n’est pas notre sujet. Se présentant d’abord comme un groove élégant, le morceau est à nouveau un quiet-loud en puissance. On connaît la recette. Il y a quelque chose des Pixies qui joueraient sur le sommet des montagnes.


Dans la lignée de ces titres abrasifs, "Dead Man Walking" chante la jeunesse éternelle d’un rocker dans un corps vieillissant. Preuve en est qu’une figure comme Neil Young n’a pas rendu les armes trente ans plus tard en 2026. Bowie avait peut-être pressenti cela en voyant le cowboy sur scène lorsqu’il soutint son initiative en se produisant à deux de ses concerts de charité en 1996. Le morceau est l’occasion d’un détour rapide par la dance à l’instar de ce qui avait été fait sur The Buddha of Suburbia ou Black tie White Noise.


Les quatre morceaux suivants conservent plus ou moins la même adrénaline, calibrant parfaitement la distorsion des guitares avec le déferlement de rythmes en spirale et des bourdonnement électroniques. Mention tout de même, une nouvelle fois, à "I’m Afraid of Americans" qui est le troisième single de l’album dont plusieurs versions ont été remixées par les membres du groupe de Trent Reznor mais dont la variante plus guitaristique est celle qui figure sur l’album.


En écoutant Earthling, on peut avoir l’impression que tout parte dans tous les sens, ce qui n’est pas nécessairement faux, les rythmes synthétiques déchaînés n’y sont pas pour rien. Force est de constater que la production au "filtre Bowie" réussit à harmoniser l’ensemble comme par magie ou par manque d’objectivité. Il semble que son nouvel alliage musical ait été conçu pour toucher un nouveau public, la jeunesse de l’imminent nouveau millénaire, par sa véhémence et sa fusion folle entre la fougue des DJs mixant la jungle et la hargne des guitares boueuses d’un rock lui-même en transition. Quoi qu’il en soit, de nombreuses oreilles sont restées imperméables à cette proposition bowiesque. On ne peut pas faire plaisir à tous les terriens.

Commentaires
François, le 10/01/2025 à 15:47
Neuf ans déjà... Je ne possède que deux disques du "mince duc blanc", "Station to station" et ce "daté" (mais je m'en fiche !) et très efficace "Earthling", sorti pour ses 50 ans et marqué par la drum'n'bass incontournable à l'époque et les guitares hard de Reeves Gabrels. Une renaissance après des années 80 très pénibles.