
The Contortionist
Language
Produit par Jamie King
1- The Source / 2- Language I: Intuition / 3- Language II: Conspire / 4- Integration / 5- Thrive / 6- Primordial Sound / 7- Arise / 8- Ebb & Flow / 9- The Parable


Certains albums ne payent pas forcément de mine aux premières écoutes, mais se révèlent véritablement avec le temps. Voilà maintenant plusieurs années que je tourne autour d’un groupe comme The Contortionist - qui a pourtant, sur le papier, tout pour me plaire - sans jamais réellement parvenir à accrocher à sa formule. Puis, récemment et de manière assez inexplicable, le déclic a eu lieu avec l’album Language. Toute l’écoute a alors sonné comme une évidence, comme si toutes les pièces du puzzle s’étaient enfin assemblées pour dévoiler un somptueux décor que l’on n’aurait jamais soupçonné de prime abord.
Il faut dire que la musique de The Contortionist est loin d’être la plus accessible. Ambitieuse, technique et résolument hybride, elle est le fruit de plusieurs années de réorientations stylistiques et de changements d’effectif - trois chanteurs se sont notamment succédé avant que le groupe ne trouve une réelle stabilité. Formé en 2007 dans l’Indiana sous le nom d’At the Hands of Machines, le groupe évolue alors dans un registre deathcore sur son premier opus (Exoplanet, 2010), avant de migrer progressivement vers le djent, puis d’aboutir avec Language à un metal progressif à l’approche plus atmosphérique. Les influences djent, hardcore, post-rock et jazz viennent alors enrichir une musique déjà particulièrement dense, renforçant sa variété rythmique et son imprévisibilité.
Il suffit d’ailleurs de se pencher sur les deux parties du titre "Language" pour comprendre à quel point le groupe aime brouiller les pistes : sa structure en constante évolution bifurque entre passages planants et véritables déferlements deathcore à la rythmique indomptable. Rien n’est vraiment là où on l’attend, et c’est précisément cette absence de repères qui peut expliquer pourquoi l’album m’avait, dans un premier temps, laissé relativement indifférent.
Vous êtes prévenus : avec cet album, le combo américain n’a donc pas l’intention de se livrer facilement. Impossible ici de se raccrocher à une quelconque forme de convention : la traditionnelle structure couplet/refrain n’existe tout simplement pas. Les morceaux, oscillant généralement entre six et huit minutes, se construisent par paliers d’intensité - pas nécessairement selon une logique crescendo - et prennent le temps de développer leurs différentes idées. Il faut accepter de se perdre un peu avant de commencer à comprendre où le groupe cherche à nous emmener.
Et c’est finalement là que réside toute la force de Language. L’album fonctionne comme un véritable labyrinthe sonore dans lequel on avance à tâtons, sans toujours savoir ce qui se cache derrière le prochain virage. Puis, presque par surprise, surgissent des sections mélodiques d’une grande beauté, qui prennent une dimension toute particulière après avoir traversé un ensemble initialement massif et hermétique. Puis, alors que l’on pense avoir enfin trouvé ses repères, le groupe n’hésite pas à opérer de brutaux changements de tonalité, enchaînant passages techniques et sections plus ou moins ravageuses ("Integration").
On passe ainsi globalement par toutes les émotions, à l’image de l’excellent "Thrive", morceau particulièrement riche en propositions, qui nécessitera lui aussi un peu de temps avant de révéler toutes ses subtilités.
Toute cette mécanique ne serait certainement pas aussi redoutable, sans un chanteur comme Michael Lessard, véritable vecteurs d’émotion, dont le chant clair, aérien et mélancolique contraste en permanence avec la virulence de la section rythmique. Si les quelques passages au vocodeurs ne s’avèrent pas toujours très convaincant, le vocaliste américain excelle dans les montées en intensité, alternant refrains solaires à la TesseracT et chant guttural savamment distillé, utilisé avec parcimonie pour mieux en décupler l’impact.
Il aura donc fallu plusieurs années et un déclic inattendu pour que Language révèle enfin ses qualités à mes oreilles. Derrière son apparente complexité se cache un album d’une grande finesse, capable de conjuguer virtuosité, atmosphère et émotion sans jamais sacrifier l’un au profit de l’autre. The Contortionist signe ici une œuvre exigeante, mais surtout profondément gratifiante pour qui accepte de s’y perdre. Et parfois, les meilleurs albums sont justement ceux qui prennent le plus de temps à nous trouver.
A écouter : "Language I/II", "Thrive", "Arise"



















