
Chelsea Wolfe
The Dark
Produit par
1- Cold / 2- Seethe / 3- Humours / 4- Swallower / 5- Halo / 6- The Dark / 7- Turn The Key / 8- I'm Not There / 9- Death Is Not the End / 10- Dancer In The Sky


Il faut le dire d’entrée de jeu, les mélomanes habitués à la noirceur viscérale de l’univers développé par Chelsea Wolfe risquent fortement d’être désarçonnés par ce nouvel opus.
Comme le suggère la pochette de l’album présentant la silhouette de la chanteuse américaine dans un decorum lumineux, The Dark sort de la torpeur ténébreuse du précédent opus pour une orientation plus pop et solaire, née d'une sobriété retrouvée et de la volonté de se débarrasser du poids des relations toxiques. Ce combat exposé dans She Reaches Out To She Reaches Out To She semble avoir été remporté par l’Américaine qui apparait beaucoup plus extravertie et apaisée dès l’entame acoustique "Cold" qui met en valeur une performance vocale puissante et lyrique dans un écrin acoustique qui ne dépareillerait pas sur un album d’Adèle…
La collaboration avec Jennifer Decilveo, habituée à travailler avec des artistes sur une fibre plus pop et immédiatement accessible, entérine ce changement de paradigme esthétique au niveau de la production. Chelsea Wolfe ne dissimule plus sa voix derrière d'épais et mystérieux voiles de réverbération et ne superpose plus des textures grouillantes et anxiogènes sur une électro cauchemardesque. Les expérimentations darkwave laissent la place à des titres très épurés qui mettent en avant l'interprétation mélancolique de la chanteuse en particulier sur le délicat "Halo" et le titre éponyme qui brille par son éclatant final saturé.
Délaissant les recoins tortueux, l’écriture de ce nouvel opus est également bien plus directe. Les vrombissements électro de "Seethe" évoquent plus un énergique tube radio-friendly qu’une angoissante descente dans les ténèbres tandis que "Swallower" nous assène un motif lancinant et puissant pour un titre également très accrocheur. Plus intimiste, "Humours" fait parler la sensibilité de la chanteuse avec une interprétation théâtrale à fleur de peau et un titre qui déploie progressivement son emphase et "Death is Not the End" débute par un chuchotement à peine perceptible, expiré autant que chanté, avant de convier des guitares frondeuses.
Si le caractère sombre et oppressant des précédents opus revient par instants, en particulier sur "Turn the Key" qui trouve son point d’orgue dans un refrain libérateur emmené par des arpèges distordus avant un pont émouvant, l’album trouve une nouvelle fois sa conclusion dans une ambiance plus légère. On retrouve ainsi le piano et les chœurs qui montent haut sur "Dancers in the Sky" pour boucler la boucle avec le titre d’ouverture.
The Dark nous hantera certainement moins longtemps que son bouleversant prédécesseur et pourra égarer les fans de la première heure, mais il a le mérite de ne pas enfermer Chelsea Wolfe dans une caricature d’elle-même. Une transformation qui va de pair avec son statut plus affirmé d’icone, là où ses consœurs Emma Ruth Rundle et A.A Williams restent encore dans l’ombre, au propre comme au figuré.

















