
Ash Ra Tempel
Ash Ra Tempel
Produit par
1- Amboss / 2- Traummaschine


Des litres d’encre ont été épuisés au sujet du Krautrock, pour essayer d’en définir les caractéristiques, les limites temporelles et esthétiques, pour s'y retrouver au sein d’une épopée foisonnante et hétérogène. Les débats restent vifs, de premier intérêt, mais il est possible de se mettre d’accord sur le fait que le Krautrock soit a minima une scène, qui rassemble des protagonistes dont les trajectoires se croisent, comme en témoigne le projet Eruption actif entre 1970 et 1972 à Berlin Ouest, principalement dans le club Le Quartier Latin.
Fondé par Conrad Schnitzler, Eruption est conçu pour offrir un espace libre à l’improvisation, à l’expérimentation et à l’éclectisme musical – un concentré du Krautrock berlinois, en somme, qui rassemble plusieurs acteurs de formations clefs de la scène allemande. En effet, on y retrouve selon les dates, des membres d’Agitation Free, de Cluster (le groupe de Schnitzler), ou d’Ash Ra Tempel qui nous intéresse ici. Tout comme Eruption et Cluster, Ash Ra Tempel est le produit de la dislocation de Tangerine Dream après la sortie d’Electronic Meditation en 1970 : Conrad Schnitzler et Klaus Schulze abandonnent Edgar Froese, qui demeure alors l’unique Morphée du rêve mandarine, sans renoncer à la poursuite de leurs explorations musicales.
Pour Klaus Schulze, le véhicule créatif est Ash Ra Tempel, qui naît de sa rencontre avec deux autres musiciens, le guitariste Manuel Göttsching et du bassiste Harmut Enke, compagnons de route depuis plusieurs années dans plusieurs groupes et avec lesquels une osmose se met rapidement en place. Si Schulze commence par jouer de la batterie comme dans Tangerine Dream, il passe enfin aux claviers et au synthétiseur modulaire où il s’illustrera ensuite tout au long de sa carrière. Le potentiel créatif est aperçu par Rolf-Ulrich Kaiser d’Ohr, duquel Schulze s’est rapproché, et qui signe le premier album intitulé Ash Ra Tempel.
Ce dernier se compose de deux longues pistes, deux faces d’un même groupe qui illustrent les différentes voies du Krautrock encore naissant. La première, "Amboss", voit s’imposer la guitare, l’improvisation qui confine au délire, la puissance du bruit qui domine la mélodie : si l’introduction joue beaucoup sur l’ambiance d’une atmosphère inquiétante, le substrat psychédélique demeure sensible à la manière de Guru Guru ou Amon Düül II. À l’inverse, "Traummaschine" laisse libre court aux nappes hypnotiques et angoissantes, qui met en musique la pochette dont l’inspiration égyptienne (présente aussi dans le nom du groupe) souligne un tropisme oriental également présent chez Agitation Free. On y explore parfaitement la dimension cosmique du Krautrock, notamment dans sa première partie, même si des interventions rythmées ou des lignes de guitare incisives confèrent des péripéties à un titre très contemplatif.
Carrefour musical du Krautrock, Ash Ra Tempel est également une étape cruciale dans la carrière de Klaus Schulze, qui lui permet de se découvrir en tant que virtuose inventif des machines et d’imaginer une carrière en solo laissant libre court à son inspiration électronique avec succès. Quant au reste du groupe, il continuera son chemin sous une forme ou une autre, en essayant d’exister sans Klaus Schulze.
À écouter : "Traummaschine"
















